Environnement, International, Société

1986 – 2020 : Tchernobyl ou l’éternelle catastrophe écologique ?

L’information en pleine crise mondiale du coronavirus est presque passée inaperçue, mais un incendie de forêt s’est déclaré dans le secteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl le 4 avril 2020, provoquant une hausse record de la radioactivité dans la région. Les flammes ont ravagé plus de 100 hectares de la parcelle forestière située autour de la centrale accidentée, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale, Kiev. Ceci équivalait à la fin du mois d’avril 2020 à quelque 57 000 hectares, soit 22 % de la zone d’exclusion autour du réacteur allant jusqu’à 4 km du sarcophage isolant le réacteur qui avait explosé en 1986, voilà 34 ans.

Tout ceci nous ramène en effet à l’actualité toujours vivace de la terrible explosion du quatrième réacteur nucléaire de cette centrale du 26 avril 1986 en Ukraine qui était encore à cette époque soviétique. À l’époque, cela avait entrainé la contamination de 40 % du territoire européen. Michael Gorbatchev, nouveau chef de l’État soviétique qui avait accédé au pouvoir en mars 1985, soit un peu plus d’un an avant la catastrophe, se trouva alors confronté à l’un des premiers défis de son mandat à la tête d’une URSS qui allait entrer dans une crise sociale et politique.

Le plus rapidement possible, des mesures d’urgence devaient être prises et les autorités avaient alors dû évacuer des centaines de milliers de personnes en à peine trois jours, dont les 50 000 habitants de Pripiat, la ville construite spécialement dans les années 1970 pour loger les ouvriers et les familles qui travaillaient à la centrale de Tchernobyl. Un vaste territoire couvrant plus de 2 000 kilomètres carrés devait ainsi rester à l’abandon jusqu’à aujourd’hui.

Les trois autres réacteurs de la centrale ont cependant continué à fonctionner après le drame, le dernier ayant été seulement arrêté en 2000, soit 14 ans après la catastrophe, marquant alors la fin de toute activité industrielle à Tchernobyl. Tout cela fut suivi des opérations de coffrage du réacteur défectueux. Ce dernier a été recouvert d’un premier sarcophage en 2005, puis d’un second en 2016, le premier étant devenu défectueux.

Il n’en demeure pas moins que Tchernobyl est là pour nous rappeler les dangers d’une telle catastrophe écologique qui continuent à nous menacer durant la crise sanitaire que traverse actuellement le monde et à laquelle cet incendie — fort heureusement désormais presque maîtrisé — vient s’ajouter. La zone de la catastrophe reste donc à haut risque. Encore en 2020, les prévisions maximales de victimes sont difficiles à chiffrer tant le nombre de cancers liés à la radioactivité va se multiplier dans les décennies à venir. On les évalue toutefois en 2020 à près de 430 000.

À ce titre, on n’oubliera pas le travail quasi héroïque de ceux que l’on a appelés les « liquidateurs » qui, immédiatement en avril 1986, furent 600 000 à nettoyer le site. 50 000 d’entre eux devaient y laisser la vie afin d’éviter que cette catastrophe ne soit encore pire.

L’incendie survenu début avril 2020 nous montre à quel point la maîtrise de cette catastrophe reste fragile, mais aussi que des catastrophes naturelles, à l’instar des gigantesques incendies immaîtrisables qu’a connu en décembre dernier l’Australie, peuvent très bien se produire en Europe et dans des zones sensibles comme Tchernobyl, s’additionnant ainsi aux risques d’un immense territoire qui restera irradié à plus ou moins forte dose pendant des centaines d’années.

À l’heure actuelle, on estime que cinq millions d’Ukrainiens, de Russes et de Biélorusses vivent encore dans des territoires irradiés à divers degrés. Or, des incendies comme celui d’avril se produisent à présent tous les ans et rehaussent le taux de radioactivité qui se répand à nouveau un peu partout. Des augmentations de ces taux, fort heureusement non mortels, avaient été enregistrées récemment en Europe occidentale.

À la suite de cette catastrophe qui reste d’actualité, l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique (AIEA) devait émettre dès septembre 1986 une Convention sur la notification rapide et l’assistance lors d’un accident nucléaire afin, espérait-on, de pouvoir mieux gérer d’éventuels drames de ce genre à l’avenir.

En 1986, Tchernobyl fut classée en catégorie 7 (le plus haut niveau) sur l’échelle internationale des événements nucléaires. Depuis, nous le savons, un autre accident de ce niveau a eu lieu en 2011 avec la destruction de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. Ce dernier événement dans un pays ultra développé a prouvé que les théories sur la vétusté du programme nucléaire soviétique que l’on avait émises à l’époque de Tchernobyl n’étaient pas la seule cause de tels drames, mais que l’on devait réfléchir à des énergies alternatives. C’est ce que le monde a commencé à faire, en espérant qu’il n’est pas trop tard.

Dr Olivier Buirette, Paris le 15 mai 2020.

1 Comment

  1. Bonsoir et merci pour cette analyse qui sort des sentiers battus vendus par les vassaux du lobby atomique qui affirment sans cesse qu’il n’y a rien à signaler suite à la catastrophe de Tchernobyl !
    Je propose aux personnes intéressées de visiter le blog de Association Internationale pour la Protection contre les Rayons Ionisants (AIPRI) et en particulier l’étude sur les incendies en zone contaminée du 22 avril 2020 sous le titre : « Le plutonium en feu dans la zone d’exclusion de Tchernobyl »
    Merci encore.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *