Société

2 Juillet 2015 : 22ème anniversaire du massacre de Sivas

Le 2 juillet 1993, 37 personnes périssent dans une attaque commise par des islamistes radicaux, à l’hôtel Madımak, dans la ville de Sivas, au centre de la Turquie. Un incident tragique qui sera retenu sous le nom de « massacre de Sivas », l’un des pires épisodes de violence civile de l’histoire récente du pays. Ce massacre est commémoré chaque année en hommage aux victimes, incluant 33 intellectuels alévis ; artistes, écrivains et musiciens, mais aussi des touristes et le personnel de l’hôtel. Réunis pour un festival culturel, les victimes ont péri dans un incendie criminel.

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Il y a vingt-deux ans aujourd’hui, à l’occasion d’un festival culturel organisé par l’association alévie Pir Sultan Abdal, un incendie volontaire s’est propagé dans l’hôtel de Sivas, tuant 37 personnes. La commémoration se déroule chaque année à Sivas, comme aujourd’hui, où les principales rues et avenues ont été fermées à la circulation pour l’occasion, mais aussi dans plusieurs villes du pays. Le leader, de confession alévie, du Parti républicain du peuple (CHP), Kemal Kılıçdaroğlu, et son vice-président, Veli Ağbaba, ont annoncé leur participation comme 60 autres députés. Une annonce similaire a été faite du côté du Parti démocratique des peuples (HDP).

Malgré les années, la tragédie reste vive dans la mémoire collective comme l’échec d’un système judiciaire à réparer la faute et le rappel d’une société discriminante envers ses minorités, comme les alévis, une branche hétérodoxe de l’islam. Aujourd’hui, l’hôtel Madımak est devenu symbole des persécutions contre la communauté alévie qui revendique toujours une reconnaissance officielle ainsi qu’une égalité de traitement avec la majorité sunnite du pays.

Le fanatisme, fléau intemporel

Début juillet 1993, l’organisation du festival culturel alévi dans la ville de Sivas, à 350 km à l’est d’Ankara, suscite des tensions dès le début de l’événement. Raison évoquée : Aziz Nesin, l’une des personnes présentes à l’hôtel était devenue la cible des fanatiques après avoir traduit en turc Les versets sataniques de Salman Rushdie. A l’instar de 51 autres personnes, il réchappera de peu au massacre au prix de graves blessures.

Après la prière du vendredi, un groupe commence à se rassembler pour protester contre le festival se déroulant non loin de leur mosquée et qui dérangerait les musulmans – sunnites – dans leur « propre quartier ». Une protestation qui se radicalise dans l’après-midi mais qui n’est pas stoppée ni par la police ni par l’armée. Encerclé par des radicaux islamistes, l’hôtel Madımak est mis à feu. Prises au piège dans l’incendie, 37 personnes périssent dans la tragédie, alors que la foule hystérique tente d’empêcher les pompiers d’intervenir. Selon Hidayet Yıldırım, membre du Comité d’organisation du festival, l’État est responsable du massacre par son inaction avant et après l’incendie, durant un assaut qui aura duré huit heures, sans aucune intervention des autorités.

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Oui, nous étions bien en 1993.

Le procès a été une longue série de controverses et n’a jamais réellement rendu justice aux 37 victimes de la tragédie. Quelques 190 suspects ont été arrêtés, dont 124 jugés pour « tentative d’établir un État religieux en bravant l’ordre constitutionnel ». La plupart ont reçu des peines de prison allant de deux à quinze ans, trente-trois suspects ont, quant à eux, été condamnés à la peine de mort. Une sentence qui a été confirmée en appel en 2001 pour 31 des condamnés. L’année suivante, alors que la Turquie abolit sa sentence capitale, les peines sont commuées en prison a perpétuité. Ces 31 détenus sont actuellement les seuls à encore purger leur peine, les autres ayant été libérés sous conditions.

Depuis l’incendie, la communauté alévie souhaiterait que l’État transforme l’hôtel Madımak en musée mémoriel. En 2010, le bâtiment est transformé en musée de la science bien que les familles des victimes continuent de réclamer un « musée de la honte ».

Chaque année, donc, une cérémonie et une veillée sont organisées pour rendre hommage aux victimes de la tragédie du 2 juillet.

Florie « Henné » Cotenceau

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