Chroniques, Le choix de la rédaction

2005-2015 : 10 ans de chroniques internationales

Cela fait donc 10 ans que je tiens de manière régulière la position de chroniqueur pour le journal. Mes articles concernent souvent le domaine de la politique internationale et le moins que l’on puisse dire est que, depuis 10 ans, la richesse de celle-ci n’a pas été en reste.

En 2005 nous étions encore dans l’immédiateté du monde « post-11 septembre » et les guerres d’Irak et d’Afghanistan étaient loin d’être terminées. En France, le président Jacques Chirac se dirigeait vers la fin de son second mandat et on savait alors que l’avenir de l’Union européenne ne passerait pas par le traité constitutionnel qui venait d’être rejeté en France et aux Pays-Bas par deux référendums. En 2005, nous étions encore dans ce monde multipolaire que la fin de la guerre froide en 1989 avait esquissé. Un monde où les nouvelles menaces nucléaires se profilaient avec l’annonce de la possession de l’arme atomique par la Corée du Nord, ou encore en raison des efforts constants de la part de l’Iran islamique de se doter d’un nucléaire dit civil tout en multipliant les propos belliqueux et inquiétant sur son voisin israélien. C’était encore le temps de ce que l’on croyait être le « nouvel ordre mondial », une époque durant laquelle la Russie était toujours en phase de transition. C’était aussi une époque pas si lointaine qui n’avait pas encore été frappée par la grande crise économique et sociale qui devait marquer profondément le début du 21e siècle, et pendant laquelle l’avant-dernier élargissement de l’UE à la Bulgarie et à la Roumanie était en cours de finalisation. Une série d’événements devait alors marquer la décennie qui s’ouvrait.

2006 devait voir se terminer le long processus de la dissolution yougoslave avec l’indépendance du Monténégro le 3 juin. Cette année-là fut aussi marquée par la poursuite des tensions au Proche-Orient, celle de la transition commencée dès 2001 avec la guerre d’Afghanistan et, grand symbole, l’exécution de l’ancien tyran irakien Saddam Hussein, pendu le 30 décembre 2006, qui ne devait pas régler pour autant le problème d’un Irak qui s’enfonçait peu à peu dans une profonde guerre civile toujours d’actualité, la moitié du pays étant à présent sous le contrôle de l’État islamique.

2007 sera pour la France une année de passage à droite avec la victoire du candidat Nicolas Sarkozy qui, pendant cinq ans, fera vivre le pays au rythme de ce que l’histoire aura retenu comme « l’hyper-présidence », un système de gouvernance qui allait rapidement être terni par la grande crise économique de l’année suivante. Cette année sera aussi celle des avant-derniers élargissements d’une Union européenne qui continuera ensuite à se chercher un avenir. On n’oubliera pas non plus la violence du fondamentalisme musulman qui n’en finit plus de prendre de l’importance avec l’assassinat en fin d’année de l’ancienne Première ministre pakistanaise, la libérale Benazir Bhutto.

2008 annonce les débuts de la grande crise économique que nous traversons encore aujourd’hui. Celle-ci commence avec une imposante crise financière à New-York. Alors que le deuxième mandat du président républicain Georges W. Bush touche à sa fin, en même temps que la politique qu’il avait instigué après les attentats du 11 septembre, un premier coup international important est mené par la Russie durant l’été, afin de ramener dans sa sphère d’influence le petit État caucasien de Géorgie dont le rapprochement de l’Occident était vu d’un mauvais œil par Moscou. Cet événement, mais personne ne pouvait encore vraiment l’analyser, devait marquer le début du mouvement de restauration de la puissance russe entamé par Vladimir Poutine après son élection comme successeur de Boris Eltsine en 1999.

L’année 2009 va voir le monde s’enfoncer dans la crise. Même si un renouveau est marqué aux États-Unis avec l’élection du premier président noir – le démocrate Barack Obama – et sa volonté de rompre avec la politique de Grand Moyen-Orient mise en place par son prédécesseur, il n’en demeure pas moins que 2009 est l’année de la poursuite des tensions avec l’avènement en Israël d’une coalition composée de la droite nationaliste et de l’extrême droite, amenée à s’opposer de plus en plus à un Iran où le conservateur Mahmoud Ahmadinejad est réélu. Dans le même contexte et pour tenter de mener à bien la fin d’une guerre de huit ans, les opérations militaires américaines contre les islamistes s’intensifient en Afghanistan, ce qui permet d’organiser des élections présidentielles débouchant sur la victoire du pro-occidental Hamid Karzai. En Europe, le Traité de Lisbonne, qui doit remplacer à minima l’échec du Traité constitutionnel de 2005, entre en vigueur. Pour la première fois, l’Union européenne a un embryon de pouvoir exécutif avec un président et une responsable de la politique étrangère : respectivement Herman Van Rompuy et Catherine Ashton. Enfin, 2009 sera aussi l’année de la pandémie mondiale de grippe H1N1, rappelant ainsi au monde le caractère global des risques sanitaires et écologiques.

On pourra sans doute se rappeler 2010 comme l’année de la prolifération des problèmes mondiaux. En effet, redoublant d’intensité, la crise s’étend cette fois-ci à tous les secteurs de la société et notamment aux banques qui bénéficieront de plans de renflouement massif. C’est aussi le début de politiques de rigueur et d’économie parmi les plus importantes depuis des décennies. Au mois d’avril, l’irruption d’un volcan islandais paralyse pendant des semaines le trafic aérien de l’ensemble du continent européen. Le 28 novembre éclate l’affaire WikiLeaks, qui sera bientôt suivie des affaires Assange et Snowden, révélant d’immenses scandales dans le domaine du renseignement et y impliquant les États-Unis.

2011 sera l’année dite des révolutions arabes. En début d’année, l’ensemble des pays de la région dont ceux dirigés par des tyrans laïcs avaient été soutenus par les occidentaux ; ils perdent ensuite leurs soutiens au profit de l’organisation d’élections libres. Le début 2011 est vraiment historique puisque, dès le 14 janvier, la Tunisie se débarrasse de Ben Ali et la révolution dite du jasmin met en place un gouvernement de transition. Le 11 février, c’est au tour de l’Egypte avec la démission du président Moubarak après la révolution de la place Tahrir. Enfin, du 15 au 16 février c’est le président libyen Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, qui est destitué puis exécuté par son propre peuple le 23 août 2011. Ces mouvements restent cependant à relativiser et ceci pour plusieurs raisons. La première est que partout les mouvements islamistes s’imposent dans les processus de transition, sauf en Tunisie où un équilibre semble avoir été trouvé. La seconde est que certains pays ne basculeront pas dans ce mouvement de révolutions arabes comme le Maroc, l’Algérie, ou encore la Syrie qui, au prix d’une terrible guerre civile toujours en cours, restera entre les mains de Bachar el-Assad. Certains pays ont même fait machine arrière à l’image de l’Egypte, qui est revenue à un régime militaire avec l’élection du maréchal al-Sissi et avec l’élimination des Frères musulmans, mouvement islamiste qui avait pour un temps pris le pouvoir. Les risques globaux sont de retour cette année-là, toujours plus inquiétants avec le tsunami qui frappe le Japon le 11 mars, entrainant de surcroît une catastrophe nucléaire avec la destruction d’une centrale provoquant l’incident le plus grave depuis Tchernobyl en 1986.

En 2012, après les faillites d’usines et d’autres secteurs de l’économie, et l’augmentation en flèche du chômage, une phase supplémentaire est franchie avec le risque de faillite de certains États eux-mêmes. C’est ainsi que la Grèce, suite à la crise qu’elle n’arrive plus à surmonter, va connaître le premier cas de plan de rigueur et de mise sous tutelle de l’Union européenne. Ces plans drastiques concerneront également d’autres pays européens comme l’Espagne, le Portugal et l’Irlande. Plus à l’est, l’année sera estampillée par le triomphe politique de Vladimir Poutine avec sa réélection et, le 28 mars, par la victoire en Ukraine du candidat favori de Moscou : Viktor Ianoukovitch. Enfin, en mai, avec l’élection de François Hollande face à un Nicolas Sarkozy qui ratera ainsi le renouvellement de son mandat, c’est le premier interlude socialiste depuis 2002, le PS retournant aux affaires pour la première fois depuis lors.

Les années 2013 et 2014 refléteront une agravation des problèmes. Notamment en France en 2013, avec l’échec quasi-immédiat face à la crise des politiques d’alternance mises en place par François Hollande. Cependant, on retiendra aussi de 2013 le passage de l’Union européenne de 27 à 28 membres avec l’adhésion de la Croatie le 1er juillet. En 2014, les résultats des élections européennes illustrent fortement la montée des partis eurosceptiques, qui ont bénéficié des conséquences de la crise économique dont l’Europe est jugée en partie responsable par les opinions publiques. En Ukraine, on retiendra aussi le début de la crise puis de la guerre civile qui, par-delà les belligérants, oppose la Russie de Poutine aux occidentaux. Entre temps, l’annexion de la Crimée par la Russie et l’autonomie des provinces pro-russes de l’Est de l’Ukraine ont manifestement été entérinées.

2015 a été marquée en janvier par les attentats islamistes en France, avec les conséquences que l’on sait, et par la victoire en Grèce de l’alternative aux plans de rigueur européens face à la crise : le triomphe d’une extrême-gauche proposant une politique dont le succès sera révélé ou non ce printemps.

On conclura ce panorama de la décennie 2005-2015 par les grands enjeux qui, selon moi, vont structurer notre monde :

Depuis la fin de l’URSS le 25 décembre 1991, la Russie subit une longue période de transition qui se termine le 31 décembre 1999 avec l’arrivée au pouvoir du successeur de Boris Eltsine. Ce dernier s’emploiera jusqu’à aujourd’hui à relancer d’une part l’économie russe, mais aussi à tenter de restaurer son ancienne puissance militaire. La crise ukrainienne en est la principale manifestation.

Les États-Unis restent alors l’hyper puissance capable de tenter de réguler les problèmes mondiaux. Il en résulte que depuis 2001, toutes administrations confondues, les États-Unis ont été impliqués dans de multiples conflits. L’ennemi qui a succédé au communisme de la guerre froide est l’islamisme radical, et, de la guerre contre le terrorisme de G.W. Bush à celle contre l’État islamique menée par Barack Obama, c’est toute la politique étrangère nord-américaine qui est désormais tournée vers cette cible.

L’Europe avait de son côté poursuivi sa construction avec les élargissements du milieu des années 2000 mais le rejet du traité constitutionnel en 2005 a été le premier frein à la poursuite de la construction européenne, le second étant la crise économique de 2008 ayant impacté très durement les pays du Nord.

De leur côté, l’Asie, l’Extrême-Orient et l’Amérique latine émergent de plus en plus avec en premier lieu la montée en puissance de la Chine, mais aussi avec la constitution de liens entre ces zones géographiques au travers notamment du BRICS, un mouvement réunissant les grandes puissances émergentes : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud.

L’Afrique reste le principal défi de ces nouvelles relations internationales du 21e siècle. A la vieille influence des ex-pays colonisateurs succèdent celles des États-Unis et de la Chine qui rivalisent dans leur exploitation du continent noir. L’avenir des principaux États africains est désormais ombragé par les défis de modernisation de ces sociétés et, surtout, par la lutte contre la corruption et par la stabilisation de démocraties modernisées.

Les défis climatiques : c’est sans doute le dernier des six piliers des relations internationales actuelles avec une prise de conscience du problème au niveau planétaire et l’organisation de grandes conférences internationales pour y remédier.

Malgré ce tableau assez sombre des dix dernières années, je crois que nous devons garder un espoir dans les femmes et les hommes libres qui composent nos démocraties. Souvenons-nous du rassemblement spontané des citoyens et des citoyennes qui, le soir du 7 janvier, ont convergé vers la place de la République pour exprimer leur émotion suite à l’assassinat sauvage par des islamistes de la rédaction de l’hebdomadaire Charlie Hebdo.

Ce soir-là, les bougies allumées montrèrent que l’espoir en l’homme et en son avenir était toujours là, plus que jamais.

Dr Olivier Buirette

 

 

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