Chroniques

Dire ou ne pas dire

Par Valérie Sanchez.

L’atmosphère de violence et de défiance en France, la présidence qui se durcit en Turquie… Face à cela, la presse et les médias en général ont un rôle crucial d’information, toutes les fois que cela est rendu possible, notamment par les enquêtes policières ou le principe judiciaire de « présumé innocent ». Mais des voix se taisent, ou se font dramatiquement timides : les journalistes peuvent avoir peur de la censure, quand leur enthousiasme ou leur virulence dépassent des « bornes » plus ou moins invisibles.

Le fait est que parallèlement à une censure « officielle », l’auto-censure « officieuse » pervertit aussi les principes de communication entre peuple – dont l’attente d’être au courant de l’actualité semble légitime dans une démocratie – et ses dirigeants – pour lesquels toute vérité n’est pas toujours bonne à dire.

L’autocensure renvoie le journaliste à la valeur même de son écriture, de sa créativité. Dire ou ne pas dire ? C’est comme si un petit démon et une conscience libre se livraient combat. La liberté d’expression et le droit à l’information font partie des libertés citoyennes fondamentales, mais certains journalistes préfèrent le silence ou le demi-mot, et alors le lecteur, ou le télespectateur, doit se contenter d’une sorte d’écume insipide, celle des faits divers non compromettants. On en est réduit ainsi au jeu de lire entre les lignes, de deviner… mais aussi de se méfier de toute sorte de parole. Comme les électeurs peuvent se décourager face aux beaux discours des politiciens, les lecteurs sont susceptibles de banir toute information de leur quotidien, n’y voyant que du vent. C’est un danger indéniable au coeur d’une démocratie : des citoyens fermés au monde – proche ou lointain – qui les entoure, indifférents aux combats politiques ou sociaux, qui se jouent donc sans eux.

Par ailleurs, on peut mettre cela en parallèle avec la quasi absence d’humour sous certains régimes enclins à l’autoritarisme. L’ironie, « l’esprit » sont bannis des médias ; on leur préfère de lourdes blagues innoffensives. Dans ces blagues, tout comme dans les faits divers, seuls le cliché, ou pire, les préjugés, ont droit de cité.

Pensons à ce récit dans les Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar : le peintre condamné s’enfuit… à l’intérieur même du tableau qu’il a créé. Dans l’idéal (imaginaire?), il faudrait que tous les journalistes trouvent dans leur créativité, leur vérité, leur engagement, une porte de salut.

Valérie Sanchez

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