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Baloutchistan : le Pakistan une nouvelle fois en deuil

 Avec l’attentat de Quetta au Pakistan, c’est toute une génération d’avocats qui a été décimée. Une profession à risque dans la région du Baloutchistan, zone instable du pays, où l’islamisme et la répression militaire sont très marqués.2016-08-11 19.30.14

Au Pakistan, plus de 70 personnes ont perdu la vie à la suite de la détonation de la charge explosive d’un kamikaze au milieu d’une foule en deuil, devant un hôpital du sud-ouest du pays. Une attaque revendiquée par Daech.

La bombe a explosé au milieu de 200 personnes qui s’étaient rassemblées devant les urgences de l’Hôpital civil de Quetta après l’assassinat quelques heures plus tôt du bâtonnier de la province, selon une source de l’AFP. C’est toute une génération d’avocats qui cherchaient à obtenir justice dans cette vaste région du sud-ouest du Pakistan, frappée par les insurrections et une sévère répression militaire.

Le Comité international de la Croix-Rouge, dénonçant une « horrible attaque », se dit préoccupé de la diminution du respect pour les hôpitaux, le personnel médical et les infrastructures liées à la santé dans le pays. Le bilan atteindrait 70 morts et 112 blessés, faisant de l’attaque le deuxième attentat le plus meurtrier au Pakistan cette année. En avril, une autre attaque à la bombe avait coûté la vie à 75 personnes dans un parc pour enfants.

Mais, les responsables ne sont pas encore en mesure d’établir un bilan définitif, la communication sur place étant empêchée par l’activation par les autorités de brouilleurs de téléphonie mobile. « Les corps sont éparpillés et certains sont mélangés. Le personnel hospitalier essaie de compter, mais nous ne pouvons pas encore donner de bilan précis à ce stade », a affirmé un responsable militaire.

Le Baloutchistan, une zone instable

Au Baloutchistan, la plus vaste et la plus pauvre des provinces du pays, de nombreux groupes armés islamistes, confessionnels ou séparatistes sèment la violence ; les autorités civiles sont perçues comme corrompues et l’armée est accusée d’exactions.

La zone reste un trou noir pour l’information, la presse internationale n’y ayant quasiment pas accès, tandis que les journalistes locaux exercent dans des conditions particulièrement difficiles. Douze d’entre eux y ont été tués depuis 2008 selon Amnesty International, sans compter ceux qui ont trouvé la mort dans l’attentat de Quetta.

D’importants investissements chinois visant à établir une liaison routière et énergétique entre l’ouest de la Chine et la mer d’Arabie, via le Baloutchistan, ont accentué la pression, le chantier étant devenu un enjeu de taille pour l’armée et une cible pour les séparatistes. Dans ces conditions, les avocats jouent un rôle important pour dénoncer les abus.

C’est pourquoi ils sont régulièrement pris pour cible au Pakistan, lors d’assassinats ciblés ou d’attaques à petite échelle.

Le Baloutchistan est une région riche en réserves pétrolières et gazières, frontalière de l’Iran et de l’Afghanistan. La zone est également le théâtre de violences aux motifs multiples, en particulier des violences confessionnelles entre sunnites et chiites, des attaques islamistes, ainsi qu’une insurrection séparatiste. Les forces de sécurité et structures gouvernementales sont régulièrement visées par les attaques. Avec ce nouveau bain de sang revendiqué par Daech, le Pakistan fait face à une montée éclaire de l’islamisme, en plus des talibans, qu’il ne parvient plus à contrôler.

Guillaume Asmanoff. 

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