International, Politique

À présidentielle inédite, législatives exceptionnelles ?

Les 11 et 18 juin prochain, après trois semaines de campagne entre candidats, il reviendra aux Français de décider d’accorder, ou non, la majorité parlementaire à l’équipe présidentielle. L’heure des choix

Depuis la loi organique du 15 mai 2001, ce scrutin s’organise peu après l’élection présidentielle afin de permettre au président d’éviter une cohabitation. Pourtant, cette fois-ci la majorité à l’Assemblée nationale ne semble pas acquise. L’écart très faible entre les quatre premiers candidats du premier tour, il y a encore quelques semaines, présage des résultats incertains ainsi que des duels intéressants dans certaines circonscriptions clés. Batailles entre personnalités, dissidences, enjeux nationaux, campagnes locales versus nationales… La bipolarisation traditionnelle est remise en cause et une nouvelle offre politique se dessine. C’est bien pourquoi, par ces lignes, il convient de revenir sur les stratégies des grands partis et mouvements politiques qui semblent composer la scène politique aujourd’hui, analyser les dynamiques à la veille des élections législatives et questionner le « renouvellement » souvent évoqué par les classes politique et médiatique.

Les diverses stratégies

Lutte ouvrière (LO), la France insoumise (FI), le Parti socialiste (PS), La République en marche (LREM), Les Républicains (LR) et le Front national (FN) : six partis et mouvements sont présents à l’échelle nationale. Le Parti communiste (PCF) et Debout la France (DLF) présentent entre 400 et 500 candidats chacun. Au sein des traditionnels PS et LR, d’abord, les divisions internes ont entraîné une certaine incompréhension sur les positions officielles. Au PS, l’on cherche avant tout à se positionner face à E. Macron plutôt que d’élaborer un programme. B. Hamon est partisan d’une union de la gauche afin de s’opposer frontalement à la majorité présidentielle alors que J.-C. Cambadélis, à l’instar de M. Valls, est davantage favorable à une alliance constructive. Certains vont même jusqu’à se présenter sous l’étiquette de la majorité. Au parti LR, la confusion règne. Alors que certains veulent sanctionner ceux qui souhaitent travailler avec ou pour LREM, d’autres tâchent d’élaborer un programme et une véritable stratégie pour s’imposer comme principale force d’opposition à l’agenda législatif du président. Mais il peut être difficile pour eux de s’opposer à une réforme du Code du travail qui correspond en grande partie à leurs idées politiques. La désignation d’un Premier ministre issu de la droite semble être une stratégie prometteuse du président pour affaiblir cette mouvance. S’agissant de la FI, l’objectif est surtout de mettre à profit la dynamique de l’élection présidentielle pour s’imposer comme (la première) force d’opposition. Enfin, le PCF et DLF, ayant remis en cause leurs accords respectifs avec la FI et le FN, tentent de sauver les meubles et d’obtenir assez de députés pour constituer des groupes politiques.

Les reconfigurations possibles

S’agissant du PS et de LR, deux chemins différents se profilent. Sans mentionner les tactiques et arrangements avec la majorité présidentielle, le premier parti aura sans doute du mal à se relever de l’échec cuisant de son candidat à l’élection présidentielle. Les enjeux étant différents pour le scrutin à venir et les candidats, plus nombreux, il pourrait se relever quelque peu, mais risque tout de même d’obtenir l’élection de moins de 60 députés. Si ce cas de figure se confirme, cela marquera la fin du PS en tant que force majeure du paysage politique français. Le second parti risque d’être affaibli par la nomination d’Édouard Philippe comme Premier ministre. Cela dit, LR a quand même de fortes chances d’être le premier parti d’opposition. Le problème sera alors de savoir jusqu’à quel point il incarnera cette stature, tant les accointances idéologiques sont nombreuses avec le parti du président. L’union des gauches est elle difficilement envisageable. Le PCF, qui se résume quasiment au communisme municipal, se retrouve désormais marginalisé faute d’accord avec la FI. Dans une majorité de circonscriptions, les candidats du PCF, la FI et EELV sont en concurrence. La FI aurait pu s’imposer si la dynamique n’avait pas été freinée par les récentes sorties de J.-L. Mélenchon et les querelles avec P. Laurent. L’électorat risque d’être démobilisé, mais une vingtaine de députés serait déjà suffisante pour que le parti s’impose comme force d’opposition. Si le Front National obtient autant de députés ou moins, ce sera un échec, mais peu surprenant vu la trajectoire empruntée depuis l’élection présidentielle. Dans toute cette cacophonie et s’il convient de rester prudent, il semble tout de même que le clivage traditionnel soit terminé et que LREM est en passe d’obtenir, de justesse, la majorité à l’Assemblée nationale. 

Un renouvellement ?

Il apparaît que les citoyens souhaitent de plus en plus le changement de la classe politique et donc, notamment, des députés. Pour répondre à cette aspiration et espérer obtenir la majorité, c’est en grande partie LREM qui a décidé de présenter nombre d’inconnus pendant les élections législatives. La FI, aussi. Qui plus est, loi sur le non-cumul des mandats oblige, les parlementaires ne pourront bientôt plus cumuler leurs fonctions nationales et locales. Pour cette raison, il y aura quoiqu’il arrive au moins 30 à 40% de nouveaux élus. Mais le PS, LR et LREM partageant une vision économique similaire et nombre de candidats souhaitant participer à la dynamique qui entoure la majorité présidentielle, il sera difficile de savoir qui incarne l’opposition ou la majorité. La présidentielle a permis de déplacer les marqueurs et le clivage. Si LREM et alliés individuels parviennent à s’imposer à l’Assemblée nationale le 18 juin prochain, le président Macron sera en mesure d’appliquer son programme, synthèse de certaines positions ancrées appréciées du PS et de LR ces dernières années. Un renouvellement des visages, c’est certain ; reste à voir pour les idées.

Kiymet Altan

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