Economie

Aéronautique : un premier Jet 100 % turc au décollage semé d’embûches

La Turquie vient de lancer en grandes pompes un programme de Jets régionaux de fabrication nationale, avec une mise sur le marché prévue à l’horizon 2019. Si le projet ne manque pas d’attrait, de nombreuses questions restent pour le moment sans réponse quant à sa pertinence économique.

Les autorités ont annoncé, depuis fin juin, la mise en place d’un programme de design, développement et production d’un Jet régional turc. Ce projet sera chapeauté par Sierra Nevada Corporation, entreprise d’électronique fournisseur de l’armée américaine. Elle lance une filiale turque, TRJet Havacılık Teknolojileri Anonim Sirketi, dont le siège se trouvera à Ankara. Ce premier jet 100 % turc rentre dans le programme national d’aviation du pays. Il sera l’objet de divers partenariats nationaux avec des sous-traitants locaux tels que Tusaş Turkish Aerospace Industries, Tusaş Turkish Engine Industries ou encore Aselsan, spécialisé dans l’électronique militaire.

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Plusieurs modèles seront mis sur le marché : les premières versions, le TRJ328 et le T328, seront équipés de 32 sièges, et un autre appareil de 60 à 70 places est actuellement à l’étude. Les premiers essais devraient avoir lieu courant 2019 pour la version 32 sièges, tandis que le lancement du TRJ628, à la capacité plus importante, serait annoncé pour 2023, à l’occasion du centenaire de la Turquie kémaliste moderne.

Face à ce projet, les réactions apparaissent assez partagées, notamment du côté des militaires. Ceux-ci ne font pas montre d’un grand enthousiasme au sujet du projet. « Les généraux notamment ne sont pas vraiment convaincus par l’idée de dilapider l’essentiel du budget dans ce programme », confie une source anonyme du secteur de la défense.

Outre des questions au sujet de la pertinence du projet, des voix s’élèvent aussi contre la ligne de
production choisie, qui, loin d’être 100 % turque, va voir son processus d’assemblage divisé entre de nombreux pays. En plus de débouchés hypothétiques, puisque le même type de projet avait été lancé il y a une quinzaine d’années, sans que ces jets régionaux ne rencontrent réellement leur public.

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Mais le marché et la situation économique de la Turquie ont bien changé en quinze ans. Et offrent de nouvelles perspectives. Reste que les motivations de ce programme restent un point d’interrogation. Car si la question de la cohérence industrielle du projet se pose, celui-ci est surtout lié à une volonté politique du pouvoir turc. Recep Tayyip Erdoğan voudrait en effet en faire le fer de lance de ses programmes industriels sur le territoire domestique. D’où le risque évident que le but politique prenne le pas sur un certain bon sens économique et un réel potentiel offert par le marché turc.

Pierre 2bly

 

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