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Afghanistan : un triomphe sans gloire

C’est sur un goût d’inachevé que, le 28 décembre dernier, la force de combat de l’Otan en Afghanistan a tiré sa révérence. Ce départ annoncé a pris toute sa mesure symbolique au travers d’une cérémonie qui s’est déroulée au sein du quartier général des forces internationales à Kaboul, où l’abattement du drapeau de la FIAS (Force internationale d’assistance et de sécurité), a marqué la fin de treize années éprouvantes pour l’Afghanistan, et de la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis.

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Aveu d’impuissance ou mesure de sécurité nécessaire, la cérémonie a été organisée dans le plus grand secret afin de prévenir une éventuelle attaque talibane, dans une ville où même la sécurité des plus grandes institutions n’est pas assurée. Le général américain John Campbell, commandant de la FIAS, a tenu à cette occasion un discours rendant hommage aux forces de combat et insistant sur les effets positifs de cette campagne militaire. Barack Obama lui a fait écho en saluant l’achèvement de cette opération, soulignant l’impact de la présence américaine dans la reconstruction du pays, qui a fait un progrès politique significatif en organisant ses premières élections. Celui-ci a toutefois tenu à rappeler que la situation afghane restait instable et dangereuse. En effet, les talibans ne désarment pas, et se présentent comme peu impactés par cette opération militaire qu’ils considèrent être un échec. Les attaques se multiplient ces dernières semaines avec pour cible les convois diplomatiques, les résidents étrangers ou encore le centre culturel français. Dans cette période charnière où les forces étrangères passent le relais aux soldats afghans, ces derniers sont tout particulièrement visés par l’insurrection. En ce sens, la FIAS, mandaté à l’origine par une résolution de l’ONU, à l’inverse de l’opération américaine amorcée par les attentats de 11 septembre 2001, passera la main à une nouvelle mission internationale nommée « Soutien résolu » dont le but sera d’aider et de former l’armée afghane.

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Ashraf Ghani

De plus, si le pays connaît quelques améliorations, notamment un nombre croissant d’enfants scolarisés, un fort taux de participation aux dernières élections présidentielles et une économie redynamisée, c’est toutefois un constat en demi-teinte qui se dessine après ces 13 ans de conflit armé. Militairement, à l’instar de l’antérieure opération soviétique, cette guerre en Afghanistan, après une apparente victoire immédiate de la coalition, s’est très rapidement enlisée. L’opération s’est ainsi révélée extrêmement coûteuse tant d’un point de vue humain que financier. Elle aura vu tomber 3 500 soldats de la coalition et bien plus encore de policiers et militaires afghans. De plus, les milliards de dollars investis par la communauté internationale pour la reconstruction du pays n’ont pu que partiellement servir du fait de l’omniprésence d’une corruption qui n’a d’ailleurs pas oubliée de s’inviter aux élections présidentielles, les suspicions de fraude ayant fait de l’ombre à cet évènement supposé incarner la transition démocratique du pays. Aujourd’hui, après la victoire d’Ashraf Ghani face à Abdullah Abdullah (actuellement chef de l’exécutif), sous fond de tensions entre les candidats eux-mêmes et leurs partisans – qui ont fait craindre la résurgence des dissensions inter-ethniques de la guerre civile afghane de 1992-1994 – le gouvernement « d’Union nationale » promis à la suite des élections n’a toujours pas vu le jour, laissant la porte ouverte à un éventuel retour en politique des talibans.

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Ismail Aramaz

Dans ce contexte, l’Afghanistan ne peut combattre seule les insurgés et continuera à bénéficier de l’aide de l’Otan mais aussi de la Turquie qui, depuis le début du conflit, œuvre pour le renforcement des fondements de la société afghane. En effet, seul pays musulman de l’Otan, la Turquie a fait partie de la FIAS depuis ses débuts. Elle a toutefois toujours refusée de participer directement à la lutte militaire contre les talibans privilégiant l’aide à la mise en œuvre d’une solution politique. Dans ce sens, la désignation comme haut représentant civil de l’Otan en Afghanistan de l’ambassadeur turc Ismail Aramaz, qui exercera ses fonctions dès cette année, sera l’occasion d’éprouver la stratégie politique turque pour le redressement du pays.

Thomas Nicod

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