Politique

Agitation au Parlement à l’occasion de l’ouverture de la Grande Assemblée nationale de Turquie

La Grande Assemblée nationale de Turquie s’est ouverte ce jeudi 1e octobre pour une courte session avant les élections prévues dans un mois. Or, la cérémonie d’ouverture a viré à la joute verbale entre le Président Recep Tayyip Erdoğan et les députés de l’opposition.

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Dû à la convocation anticipée des élections législatives le 1e nombre, la session parlementaire d’automne s’est ouverte et refermée ce jeudi 1e octobre, en l’absence des leaders des trois partis d’opposition représentés au parlement, Kemal Kılıçdaroğlu, du Parti républicain du Peuple (CHP), Devlet Bahçeli, du Parti du Mouvement nationaliste (MHP), et Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, les co-présidents du Parti démocratique du Peuple (HDP), et dans une atmosphère pour le moins tendue.  Alors que le Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, est rentré exprès de New York, où il participait à l’Assemblée générale des Nations-Unies, pour assister à la session, Kılıçdaroğlu avait déjà prévenu qu’il ne pourrait être présent en raison d’un déplacement en France dans le cadre sa campagne électorale.

Ayant d’abord refusé de se lever lorsque le président a fait son entrée, les députés du HDP ont ensuite quitté la salle en signe de protestation, au moment où Erdoğan a pris la parole. Ils ont accusé ce dernier de ne pas respecter l’impartialité politique que la Constitution lui impose, favorisant l’AKP dans le cadre de ses fonctions, et de s’être comporté comme le président d’un parti politique lors des élections du 7 juin. Le mécontentement s’est aussi fait sentir dans les rangs du MHP, fermement opposé au processus de réconciliation lancé avec le PKK en 2012, accusant l’AKP de chercher à diviser le pays.

En réaction, le président a lancé que ceux qui cherchaient à engranger des avantages politiques à travers les critiques ne faisaient qu’encourager le terrorisme. Il s’en est pris sans le nommer au HDP, l’accusant d’être responsable des incidents ayant marqué la vague de protestation qui ont accompagné l’insurrection de Kobané, les citoyens dénonçant la politique d’Ankara face à l’Etat islamique. Les manifestations avaient fait 50 morts, la plupart du fait des services de sécurité ou des militants nationalistes d’extrême droite. Toujours indirectement, il a affirmé que le HDP ne représentait pas ses « frères kurdes », précisant que la question turque et le terrorisme étaient deux choses différentes.

Abordant le sujet des élections générales du 7 juin dernier, Erdoğan a déclaré qu’il n’accepterait pas la responsabilité politique pour les résultats de ces dernières. Il a rappelé que l’impossibilité de former une coalition gouvernementale à l’issue du dernier scrutin était une première dans l’histoire de la démocratie turque, mais n’empêchait pas pour autant que les règles constitutionnelles soient appliquées, même sans gouvernement.

La session a tourné à l’échange d’amabilités entre les députés MHP et le président lorsque ceux-ci ont réagi aux remarques du président à propos de la « terreur ». Erdoğan s’est finalement targué de son expérience dans les régions du Sud-Est, contrairement aux députés « novices dans ces sièges », ajoutant qu’il savait « comment et à qui » s’adresser.

Le contexte sécuritaire de plus en plus inquiétant laisse en effet planer des doutes quant à la bonne tenue des élections prévues pour le 1e novembre. Recep Tayyip Erdoğan a ainsi appelé les partis politiques à adopter une attitude « humaniste et consciencieuse de manière à empêcher le terrorisme de menacer les élections », qui doivent « mieux refléter la volonté nationale ».

Coralie Forget

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