Politique, Société

Agression du journaliste Ahmet Hakan : la dégradation de la situation sécuritaire pour la presse continue en Turquie

 

Quatre assaillants ont été mis en détention après l’agression la nuit dernière du journaliste, chroniqueur et présentateur TV, Ahmet Hakan.

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L’attaque a eu lieu devant le domicile du journaliste, à Nişantaşı, alors que celui-ci revenait chez lui après avoir présenté l’émission Tarafsız Bölge (« Zone neutre »), sur CNN Turk.

Rappelons que les locaux du journal Hürriyet – dont fait partie Hakan – avaient déjà été attaqués les 6 et 8 septembre derniers et que les actes de pression voire d’agression visant les journalistes se sont multipliés ces derniers temps.

Ahmet Hakan, déjà sous protection d’un garde du corps, avait auparavant reçu des menaces ouvertes répétées. Il s’en sort avec des côtes et le nez cassés et assure qu’il ne se laissera pas intimider et continuera « d’avancer selon [ses] propres lumières ».

Les principaux partis d’opposition ainsi que le porte-parole de l’AKP Ömer Çelik ont condamné cette attaque, dénonçant l’oppression que subissent les médias et appelant le gouvernement à prendre des actions concrètes pour protéger les journalistes et prévenir les violences qui les visent de manière croissante.

Les responsables HDP Yüksekdağ et Demirtaş ont affirmé dans une déclaration écrite que cet incident n’avait rien de surprenant étant donné les querelles du président Erdoğan avec les médias. Ils ont dénoncé le harcèlement et la brutalité dont font preuve les membres du parti au pouvoir.

Le porte-parole de l’AKP a quant à lui regretté dans un tweet l’attaque « atroce » contre Hakan, assurant que la violence n’est en aucun cas acceptable et souhaitant « le meilleur à tous les membres de la presse ». On peut toutefois se questionner sur la sincérité d’une telle déclaration au vu du comportement de certains membres du parti AKP. Notamment, le député AKP Abdurrahim Boynukalın, qui avait participé à l’attaque des locaux de Hürriyet, a affirmé que « ne pas avoir tabassé ces journalistes » auparavant était « une erreur ». De même, le 9 septembre, le journaliste star Cem Küçük se vantait de pouvoir « écraser [Hakan] comme une mouche », l’accusant de soutenir le PKK et affirmant que ce dernier avait jusqu’ici été épargné par « clémence ». le Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, avait commenté que s’il désapprouvait ce genre de propos, il ne s’agissait que de « remarques amicales entre jeunes »…

Bref, le contexte extrêmement tendu en Turquie se fait de plus en plus en plus évident, et les journalistes paient un lourd tribut. Selon le classement sur la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières, la Turquie se classe seulement au 149e rang mondial, sur 180 pays…

Coralie Forget

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