Société

Alican Gorgu : Projecteur sur la démocratisation du tatouage en Turquie

« Les Turcs sont très tatoués ! » C’est une remarque récurrente qui semble persister chez les étrangers de passage en Turquie.

Dès lors, Aujourd’hui la Turquie a décidé de mener l’enquête sur ce phénomène qui semble ne laisser personne indifférent. L’occasion pour nous de mettre aussi en avant une culture qui peine encore à être reconnue comme un art légitime, par une partie de la population sensible aux prénotions en vigueur autour de la discipline.

Pour ce faire, rien de mieux que de s’entretenir avec l’un des tatoueurs turcs les plus talentueux de sa génération : Alican Gorgu, artiste engagé dans la reconstruction du lien social intergénérationnel.

Ce dernier nous a donc fait l’honneur de nous accueillir chaleureusement dans son salon, Flap ink, à Caddessi sur la rive européenne d’Istanbul.

Une surreprésentation des salons de tatouages dans les villes turques

Il n’est pas rare de trouver dans une même rue cinq salons de tatouages alignés les uns à côté des autres. Ce phénomène possède plusieurs éléments de réponses.

Tout d’abord, le développement technique a largement contribué au phénomène, notamment Internet qui a permis de mettre en relation des salons avec des vendeurs de matériels spécialisés à bas coût. Mais aussi du point de vue créatif : Internet étant une ressource infinie de stockage de données, les tatouages les plus populaires se trouvent à la portée de tous.

En effet, quand quelque chose devient populaire, tout le monde souhaite se l’approprier, nous confit Alican. Ça veut aussi dire faire des copies d’œuvres célèbres. Toutefois, ces salons font généralement du très mauvais travail, car il ne s’agit ni plus ni moins pour ces personnes d’un moyen de gagner leur vie, et non d’une pratique artistique.

Ensuite, la simplification de la procédure administrative a elle aussi contribué matériellement au mouvement. Avant, il était beaucoup plus compliqué d’ouvrir un salon de tatouage, d’une part car c’était mal vu et d’autre part, car la juridiction n’y aidait pas. C’est pourquoi un marché accessible a vu le jour pour faire du business. Un marché avec une demande très forte en raison de l’influence de la pop-culture sur l’une des populations les plus jeunes d’Europe, la jeunesse turque.

Une pratique entre tension du lien social et affirmation de son être

Pour certaines personnes, le tatouage renvoie à des choses intimes, des souvenirs positifs ou bien encore cristallise des valeurs politiques.

« Par exemple, après les événements de Gezi en 2013, j’ai tatoué gratuitement plusieurs centaines de personnes qui ont voulu posséder en elles, le symbole d’un mouvement protestataire », explique Alican.

Ce dernier ajoute : « Aussi, d’une certaine manière, mon art contribue à réconcilier, tout au moins à donner des clés de compréhension aux anciennes générations de Turcs, parfois mises de côté face aux nouvelles générations […] C’est pourquoi en revisitant des portraits de famille ou des photos qui possèdent un caractère sentimental fort, je créé une porte d’entrée dans un monde inconnue, où attaquer la discipline sur des critères sanitaires pouvait être un moyen de se préserver d’un phénomène dont elles ne possédaient pas forcément les codes et qui donc les dépassaient ».

Vous pouvez retrouver le travail d’Alican Gorgu sur Instagram à @pigmentninja

Alexandre Gassier

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *