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Allons-nous en finir avec le sida ?

Lundi 18 juillet s’est ouvert la 21e conférence internationale sur le Sida à Durban, en Afrique du Sud ; lieu symbolique de la lutte contre le sida. L’occasion pour des chercheurs et autres spécialistes d’exprimer leurs inquiétudes face à cette pandémie qu’il est nécessaire d’éradiquer.

sida

Cette nouvelle conférence internationale, qui a lieu tous les deux ans, revêt une importance cruciale alors que 37 millions de personnes sont porteurs de ce virus qui a couté la vie à 30 millions d’individus en 35 ans.

Réunissant pas moins de 18 000 chercheurs et autres spécialistes du VIH, mais aussi des acteurs de la société civile et des personnes vivant avec cette maladie, la conférence durera trois jours.

Ce sera l’occasion d’aborder différents enjeux déterminants pour l’avenir : la vulnérabilité des jeunes face à cette pandémie, mais aussi la nécessité de protéger les personnes qui se livrent à des activités de prostitution et les individus qui s’injectent par voie intraveineuse toutes sortes de psychotropes.

Un lieu hautement symbolique

Il convient tout d’abord de souligner que le choix d’organiser cette 21e conférence en Afrique du Sud n’est pas une coïncidence. Bien au contraire, cette décision est hautement symbolique.

En 2000, une conférence avait déjà eu lieu à Durban. Elle marqua un nouvel élan historique dans la lutte contre ce virus, mais surtout le début d’une prise de conscience mondiale quant à l’importance de lutter contre ce fléau. Nelson Mandela avait alors marqué les esprits avec son discours appelant à la mobilisation internationale pour que tous puissent avoir accès aux traitements antirétroviraux qui existaient.

De plus, alors que tous les pays sont touchés à un degré divers par le virus du Sida, l’Afrique du Sud reste le pays le plus touché par la pandémie puisque 12 % de la population est infectée par ce virus et que 7 millions de Sud-Africains sont traités pour le combattre. En outre, selon les données officielles, ce n’est pas moins de 2000 jeunes femmes qui sont infectées par le VIH dans ce pays, et ce, toutes les semaines.

Des avancées notables 

Depuis quelques années, la recherche et les instances internationales ont grandement contribué à éradiquer le VIH. Ainsi, si en 2000 la priorité était de trouver des traitements efficaces, aujourd’hui, le but est de les perfectionner pour en finir définitivement avec cette infection.

Le dernier rapport des Nations-Unis portant sur la lutte contre le sida pointe un objectif pour 2030 : 90-90-90. Derrière ces simples chiffres se cache un ambitieux projet, soit que 90% de la population mondiale soit en mesure de faire un test de dépistage ; que, sur ceux qui sont séropositifs, 90 % puissent avoir accès aux traitements antirétroviraux et que, parmi eux, 90% voient leur infection contrôlée.

Si cet objectif semble relever de l’utopie, il n’en reste pas moins que nous disposons désormais de tous les moyens pour l’atteindre et pour faire reculer cette épidémie : le préservatif, la circoncision, les antirétroviraux utilisés localement par voies vaginales, la prophylaxie préexposition, etc.

D’ailleurs, aujourd’hui, les professionnels de la santé et les experts oeuvrant pour stopper cette pandémie ont permis de faire infléchir la courbe du sida. Comme l’explique Paul Benkimoun, journaliste au pôle santé du Monde : « Le pic des nouvelles infections remonte à 2005 et depuis on a réussi à le faire baisser. Ces cinq dernières années, il y a eu une accélération qui rend possible cet objectif fixé à 2030 par les NU de contrôler enfin cette épidémie ».

Depuis la dernière conférence à Durban, de grands progrès ont été réalisés. Pour l’illustrer, il suffit d’évoquer qu’en 2000, à travers le monde, seulement 1 million de patients bénéficiaient d’un traitement – essentiellement dans l’hémisphère nord – contre 17 millions aujourd’hui. En outre, les efforts de prévention déployés ont permis de faire baisser le nombre de nouvelles infections annuelles de 3,2 millions à 2,1 millions pour la même période.

Mais, si le dernier rapport des Nations unies portant sur la lutte contre cette maladie souligne des avancées importantes : « Nous avons infléchi la courbe de l’épidémie », il souligne aussi que la lutte est loin d’être terminée : « À présent, nous avons cinq ans pour la briser ou elle rebondira encore plus fort ».

Des données inquiétantes  

Malgré les chiffres qui viennent d’être avancés, il ne faut pas oublier qu’encore 37 millions de personnes vivent avec le sida, mais aussi que le nombre de nouvelles infections décroit trop lentement depuis dix ans et que, parmi les personnes infectées, 20 millions d’individus n’ont pas accès à un traitement approprié.

Selon l’UNICEF, le VIH est la première cause de mortalité chez les jeunes de 10 à 29 ans en Afrique. D’ailleurs, selon l’association Aides, la plupart des hommes et des femmes porteurs du virus se situent en Afrique subsaharienne. L’organisation dénonce d’ailleurs « des inégalités sociales inacceptables entre les pays riches et pauvres ».

C’est une réalité quand on constate que 1,8 million de personnes vivent avec le sida en Afrique et que le taux de traitement est tout bonnement inférieur à 30% en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale par rapport aux pays occidentaux.

C’est pourquoi, lors de l’ouverture de la conférence, Médecins sans frontières (MSF) a demandé aux participants de déployer les efforts nécessaires pour « mettre en place un plan d’action pour résoudre l’accès critique au traitement VIH en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale ».

Une conférence marquée par l’inquiétude

Le sommet s’est ouvert sur une note d’inquiétude. Les différents participants ont tiré la sonnette d’alarme face aux disparités sociales quant à l’accès aux soins et au risque de voir anéantis les récents progrès dans la lutte contre le sida par manque de réelle volonté politique.

Diverses organisations se sont montrées inquiètes quant à la diminution sans précédent du financement de la recherche de la part des États qui pourraient mettre en péril l’objectif des Nations Unies d’éradiquer l’épidémie.

Le directeur exécutif d’Onusida, Michel Sidibé, fait partie des nombreux experts inquiets : « Si nous n’agissons pas rapidement, nous risquons une résurgence de l’épidémie. Aujourd’hui, je sonne l’alarme sur la prévention. Dans certains pays, les nouvelles infections sont en augmentation. Nous devons investir sur les jeunes femmes, dans les traitements préventifs, les préservatifs, la circoncision, la protection sociale et l’action communautaire […] Treize des quatorze principaux donneurs au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme ont réduit leur contribution. Si nous ne poursuivons et n’amplifions pas nos efforts, nous risquons un rebond de l’épidémie et cela nous coûtera beaucoup plus cher, car il faudra recommencer le travail ».

Quant à Asia Russell, directrice de l’organisation Health Global Access Project, celle-ci a dénoncé le manque de volonté politique : « Nos gouvernements sont engagés dans un jeu cynique de promesses pour mettre fin à la crise du sida, mais ils refusent de mettre les fonds sur la table pour y parvenir ».

Pourtant, il est indispensable d’investir dans la lutte contre le sida. D’autant plus que, pour chaque dollar investi, c’est 15 dollars qui sont économisés. Mais plus encore, c’est avant tout un devoir moral.

Reste à savoir si ce nouveau sommet à Durban aura le même impact que celui qui a eu lieu 16 ans plus tôt.

Camille Saulas.

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