Culture

Almanci : Doyçlender : recherche identité désespérément

Le théâtre Tatavla accueille une nouvelle fois la troupe daskunst pour quatre représentations de la pièce Almanci: Doyçlender, écrite par Emre Akal et mise en scène par Aslı Kışlal. Une introspection qui vaut le coup d’oeil .

acteurs

Une petite salle toute noire du quartier de Cihangir dont la scène est jonchée de câbles multicolores et entremêlés : c’est le théâtre de Tatavla, là où tout à commencé pour Almanci: Doyçlender. En effet, c’est ici que la pièce a été jouée pour la première fois avant d’être présentée à Vienne ; suite aux demandes du public, quatre nouvelles représentations ont été programmées à Istanbul. Les deux premières d’entre elles se sont tenu le 13 et le 14 mars dernier, et les deux suivantes auront lieu ce jeudi 19 mars à 15h30 puis à 20h30. Attention, la pièce est en allemand les sous-titres sont en turc uniquement.

« Je ne suis pas allemande, je suis une migrante ! »

« Almancı » est un terme familier désignant les Turcs ou personnes d’origine turque vivant en Allemagne ou Autriche et ayant assimilé la culture et les moeurs locaux. Comme nous l’indique son titre, la pièce d’Emre Akal aborde donc les thèmes complexes de l’identité et du sentiment national. Elle traite ces auteursujets difficiles avec une justesse permise par des narrations parallèles et par l’expérience personnelle de l’auteur, qui est lui-même un Almancı de Munich et qui intervient plusieurs fois durant la pièce dans des passages purement autobiographiques, des vidéos de lui étant alors projetées sur un écran. C’est d’ailleurs ainsi que s’ouvre la représentation : Akal exprime toute la difficulté du processus d’écriture de sa pièce, processus qui a exigé qu’il cherche en lui le sentiment d’être un étranger dans son propre pays. Et il l’a trouvé, il l’a trouvé dans la colère d’être vu au travers de concepts tels que celui d’immigration ou d’intégration, d’être l’objet de programmes sociaux. Une colère qui existe en filigrane dans chaque scène de la pièce, mêlée selon les moments de peur, de malaise, d’exaltation ou parfois même de joie.

« Je veux être là, rester là, me mélanger aux gens »

Almancı: Doyçlender fait aussi le constat d’une dichotomie entre la façon de penser des Turcs complètement germanisés et celle de leurs parents immigrés. Face au racisme et à la discrimination, surtout présents en Autriche qui est un pays très conservateur, les Almancı développent un sentiment de non-appartenance qui peut se traduire par une volonté de retour au pays de leur parents. Mais une fois en Turquie, c’est encore une fois leurs origines qui vont les couper des autres, puisqu’ils sont vus comme des « orientalistes », venus étudier une population qu’ils ne peuvent comprendre. Ils restent alors entre Allemands et/ou Autrichiens, dans un entre-soi qui transcende les classes sociales et niveaux d’études, la barrière des origines géographiques étant si forte qu’elle a le pouvoir de rendre poreuse celle des origines sociales.almanci_1

Cette déception renforce l’impression de n’être chez soi nulle part, et peut provoquer des troubles dans les relations entre les personnes à l’identité floue et leurs proches à l’identité monolithique. C’est ce que montre très bien la pièce, qui n’est en effet pas seulement une peinture sociale sur fond de manifestations de Gezi, mais qui représente également les diverses façons, très personnelles, de vivre sa quête identitaire.

Il s’agit d’une oeuvre intéressante que nous recommandons d’autant plus que les acteurs, Elif Sözer et Daniel Keberle, sont excellents et livrent une performance poignante. Pour ceux qui l’auront ratée, la troupe daskunst sera de passage le 26 mars à Ankara dans le cadre du festival Ethos.

Victoria Coste

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