Découverte, Tourisme

Alt-Arnaques #1 : le tatouage au henné

L’été venu, les manches se découvrent et les peaux dénudées raffolent de tatouages éphémères, souvenirs de vacance au bord de mer et touches d’exotisme. Les tatouages au henné sont rapides à réaliser, sans douleur, et s’effacent naturellement après quelques semaines. Seulement voilà, à chaque touriste son arnaque. Pour obtenir un effet plus rapide et un henné plus foncé, de la para-phénylènediamine est parfois – souvent – ajoutée illégalement au henné et peut provoquer de graves réactions allergiques, lourdes de conséquences. Attention donc à ne pas succomber à la tentation du « Black hena tatoo ».


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Le henné est un arbuste dont les feuilles, réduites en poudre, contiennent une molécule de couleur bordeaux, appelée lawsone. Cette poudre produit des teintes rouges, jaunes et orangées, utilisée en teinture textile ou corporelle (coloration des cheveux ou tatouages éphémères). Ce henné coloré dans ces teintes rougeâtres est le henné naturel, utilisé dans tout le monde islamique, indien et africain, depuis des temps ancestraux. Il peut être simplement esthétique, comme ornementation corporelle, ou symbolique, utilisé par exemple dans les cérémonies traditionnelles musulmanes. En Turquie, par exemple, les mariés reçoivent du henné à l’intérieur de la main au cours d’une cérémonie appelée kına.

Le henné noir peut exister par l’adjonction d’autres pigments. Il peut être naturel, par l’ajout d’extrait d’indigo, ou synthétique pour renforcer la teinte et la fixation sur la peau. Dans ce cas de figure, la substance utilisée est bien entendu moins chère qu’un pigment naturel. Il s’agit de la para-phénylènediamine, dit PPD, un allergène puissant qui provoque souvent des réactions allergiques. Ces effets secondaires ne sont pas à prendre à la légère puisque ces tatouages éphémères peuvent se transformer en marques permanentes en cas d’une dose trop forte de PPD.

henne_mamaPour lutter contre ces dangers sanitaires, la Commission européenne a interdit l’utilisation de ce produit sur la peau (mascaras, cosmétiques, coloration pour sourcils). Il est toutefois autorisé dans la coloration pour cheveux, dans une limite maximum de 4% de concentration. Seulement il est difficile de connaître la teneur en PPD dans les tatouages au henné, ajoutée généralement illégalement. Certaines agences de santé estiment que la proportion de PPD pourrait atteindre de 25 à 30% du mélange. Les premières séquelles (démangeaison, sensation de brûlure, rougeur, formation de cloque, eczéma reproduisant le motif de l’encre tracée au henné) peuvent apparaître après deux semaines, voire quelques jours pour les personnes plus sensibles au produit. Il faut compter entre trois et quatre semaines pour la guérison des lésions, trois mois à un an pour la disparition des cicatrices.

Cette allergie peut conduire à plus long terme à une hyper sensibilisation au PPD, ce qui peut s’avérer très gênant dans la vie de tous les jours puisque la substance se trouve dans de nombreux produits (caoutchouc, cuirs, vernis, teinture capillaire, textiles, fourrures, plastiques) qui doivent être évités en cas d’allergie.

La popularité du tatouage au henné réside dans son caractère « éphémère » qui donne une fausse impression de sécurité. Or les risques ne le sont pas car les lésions peuvent être irrémédiables. L’éruption cutanée qui intervient en cas d’allergie est douloureuse, faite de papules (bouton en relief) et vésicules (cloque d’eau). La sensation de démangeaisons peut s’étendre de la zone affectée à une partie plus importante du corps. Pour les risques permanents, il peut persister des cicatrices dites hypertrophiques qui sont des troubles de la pigmentation, le tatouage temporaire apparaît alors en « négatif » sur la peau.

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La régulation de la pratique du tatouage au henné est encore peu maîtrisée par les autorités, que ce soit en Turquie ou en Europe. Son circuit de distribution – plages, rues piétonnes, zones touristiques – rend son contrôle plus difficile. En Europe et aux États-Unis, la PPD est réservée aux colorations capillaires, la législation interdisant l’importation de tatouage temporaire non-conforme aux normes sanitaires (présence de PPD notamment).

L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) rappelle chaque année, dans son communiqué de presse, les dangers de la réalisation de ce genre de tatouages. Afin d’être prudent, il est recommandé d’éviter les tatouages :

  • au henné noir
  • avec application rapide (une ou deux heures)
  • temporaire mais qui durerait « plus longtemps que la normale »

Florie Cotenceau

 

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