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ALT entame sa 14e année d’édition

Le premier numéro d’Aujourd’hui la Turquie est sorti en avril 2005. Ainsi, à la lecture de cet article, 13 ans se seront écoulés. Dans un livre intitulé Les Unes d’Aujourd’hui la Turquie, nous avons réuni les 155 Unes publiées entre avril 2005 et mars 2018. Une journaliste turque francophone qui s’est procuré l’ouvrage m’a confié avec émotion : « c’est un livre formidable, un livre d’archive que je garderai précieusement dans ma bibliothèque ».

 

À la Une du premier numéro, on pouvait lire le titre « Turquie/UE : la pente est forte, la route est droite ! » L’Union européenne (UE) inspirait la confiance. Le chemin vers l’adhésion à l’UE semblait difficile, mais pas impossible. L’aventure européenne de la Turquie, on y croyait !

Je me souviens d’une conférence de l’Union pour la Méditerranée à Paris. L’ancien ministre des Affaires étrangères Huber Vedrine, en évoquant l’identité européenne, s’est dressé fièrement sur son fauteuil afin de déclarer : « Je suis Européen et Français ». Il plaçait son appartenance à l’UE avant sa citoyenneté française. Oui, c’était la belle époque pour l’UE qui avait le vent en poupe. 13 années durant, nous avons assisté à une vertigineuse perte de crédibilité de cette construction unique au monde.

En mai 2005, les Français rejetaient la Constitution européenne, marquant le premier vote de défiance à l’égard de l’UE en France. Nous étions loin de douter, à l’époque, que ce désenchantement à l’égard de l’UE allait s’amplifier un peu partout en Europe. Au début du mois de mars 2018, voici les titres que l’on pouvait lire dans la presse : « Élections italiennes : l’Union européenne confrontée au scénario du pire », « Le volontarisme pro-européen fait désormais figure d’exception » ou encore « L’Italie du 4 mars ne veut pas, elle, sortir de l’UE. Mais elle fera tout pour l’empêcher d’avancer ».

Comment en sommes-nous arrivés là ? La cause est-elle à chercher du côté de la mondialisation, de l’ultralibéralisme, de la crise économique de 2008, du Printemps arabe, des interventions arbitraires des dirigeants européens dans une région fragilisée et sensible, de la crise migratoire qui en a découlé, des attentats terroristes en Europe qui ont semé la terreur et l’incertitude ?

Et que dire des responsables politiques des pays membres de l’UE qui, par des calculs électoraux à court terme, ont ouvert la voie à l’extrême droite et aux mouvements populistes et qui ont privilégié leurs intérêts nationaux au détriment de l’intérêt commun européen ? Comment expliquer l’absence de solidarité des dirigeants européens à l’égard de la Grèce et leur incapacité à s’entendre dans la gestion de la crise migratoire ? En optant pour une Europe libérale au détriment d’une Europe sociale, les décideurs à Bruxelles ont aussi leur part de responsabilité dans l’euroscepticisme ambiant.

Pourquoi la chancelière allemande Angela Merkel, à la tête du plus puissant pays de la zone euro, est-elle désavouée par les électeurs ? Les médias et les politiciens pointent du doigt les migrants, mais le responsable ne serait-il pas plutôt le nouvel ordre économique et ses réformes imposées par nos dirigeants ? Seulement, la croissance n’est plus synonyme de plein emploi ni de prospérité des couches moyennes. Bien au contraire, elle engendre des travailleurs pauvres et détruit la classe moyenne, creusant ainsi d’énormes écarts de revenus et de niveau de vie.

L’UE a été et reste un multiplicateur de puissance pour ses membres. Ainsi, son affaiblissement entraînera à fortiori une perte d’influence pour tous. Les responsables politiques nationaux et européens doivent réaliser l’urgence de la situation et sauver le modèle européen d’une déchéance annoncée.

Mireille Sadège, rédactrice en chef

 

 

 

 

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