International, Politique

Angela Merkel passera-t-elle au travers de l’hécatombe ?

Le 20 novembre dernier, Angela Merkel a annoncé son intention de se présenter aux élections de septembre prochain pour briguer un quatrième mandat en tant que chancelière fédérale. Alors que l’Europe a connu une hécatombe politique en 2016 avec notamment le départ de Matteo Renzi, l’abandon de François Hollande ou encore le Brexit qui a entrainé la chute de David Cameron, le tout jumelé à l’ascension des partis populistes, Angela Merkel, elle, est toujours au pouvoir et compte bien y rester. Mais comment expliquer la longévité politique de celle qui est la chancelière fédérale depuis 2005 ? Le tragique attentat du 19 décembre dernier à Berlin aura-t-il raison de son succès ? angela_merkel_2008Celle qui représente l’espoir et qu’on a tendance à décrire comme la leader de la défense du libéralisme et des valeurs démocratiques face à la montée du populisme joue désormais sa plus grande bataille politique.

C’est d’abord ceux qui commencent à avoir des doutes sur ses orientations politiques au sein de son propre parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), que la chancelière de 62 ans devra convaincre afin de les rassembler derrière elle. Car, si elle a été réélue présidente de la CDU le 6 décembre dernier, elle a enregistré une baisse des suffrages avec 89,5% des voix des délégués chrétiens-démocrates contre 96,7% des suffrages en 2014. En outre, elle doit absolument convaincre l’électorat du centre afin qu’il ne soit pas attiré par l’Alternative pour l’Allemagne (AFD).

Le plus gros enjeu pour Angela Merkel reste la question migratoire associée à la montée de l’AFD. En effet, la chancelière fait aujourd’hui face à une montée du mécontentement d’une partie des Allemands et de certains chrétiens-démocrates qui n’apprécient guère l’arrivée massive de migrants dans le pays – en 2015, l’Allemagne a accueilli près d’un million de migrants. Une situation qui profite naturellement au parti populiste, xénophobe et, évidemment, anti-migrants et eurosceptique, l’AFD, qui est aujourd’hui crédité de 12 % à 13% des voix. L’AFD pourrait donc entrer au Parlement national, obligeant la formation d’une coalition qui pourrait s’avérer très difficile. La situation risque d’être d’autant plus compliquée pour Angela Merkel depuis les attentats qui se sont produits à Berlin le 19 décembre dernier. Une attaque qui a fait le bonheur de l’AFD et ses voisines européennes qui n’ont pas hésité à faire endosser la responsabilité des 12 morts à la chancelière. Un évènement qui pourrait s’avérer lourd en conséquence pour Angela Merkel.

Mais, la chancelière allemande est consciente des embuches qui se dressent sur son chemin vers un quatrième mandat. D’où l’annonce de son projet « le plus ambitieux » qu’elle n’a jamais proposé, mais aussi la demande de soutien à sa famille politique le 6 décembre dernier, lors du congrès de la CDU. Elle a en effet appelé ceux qui la soutiennent à lui venir en aide : « Dans une période comme celle-ci, vous devez m’aider ». Malgré tout, elle reste confiante et estime que l’élection fédérale, en septembre prochain, sera « difficile comme une autre ».

Malgré tout, ne perdons pas espoir. Angela Merkel jouit d’une grande popularité en Allemagne. Début décembre, sa popularité était au-dessus de 50% en Allemagne et la CDU continue d’ailleurs à la soutenir et ses membres n’ont pas hésité à l’acclamer pendant plus de onze minutes après son discours devant le congrès de son parti le 6 décembre dernier.

Le Washington Post résume parfaitement ce qui lui a permis de rester à la tête de l’Allemagne depuis maintenant bientôt 12 ans : « Un des traits de caractère les plus prégnants de la chancelière allemande, Angela Merkel, est d’attendre souvent plus longtemps que d’autres avant de prendre une décision ». Si cette attitude lui a valu de nombreuses critiques, il n’en reste pas moins que c’est cette capacité à réfléchir avant d’agir qui lui a permis de s’adapter aux évolutions de la scène politique domestique et internationale qui auraient pu causer sa perte. C’est ainsi que Angela Merkel a pu devenir le pilier de la vie politique allemande de l’après-guerre. Comme l’explique Michèle Weinachter, maître de conférence à l’UFR LEI et chercheuse associée au CIRAC, ceci est aussi lié à la bonne santé de l’économie allemande, la bonne gestion des finances publiques et le fait que le chômage a été divisé par deux depuis que Mme Merkel est à la chancellerie alors qu’il y a dix ans à peine, l’Allemagne était encore décrite comme « L’homme malade de l’Europe ». Par ailleurs, si une partie de l’électorat allemand semble attiré par l’AFD, n’oublions pas que 20 millions d’Allemands se sont rangés du côté de la chancelière en s’engageant dans l’aide à l’accueil des réfugiés. En outre, la majorité des Allemands apprécient cette femme à la main de fer dans un gant de velours qui sait gérer les crises par le dialogue sans mettre de côté les valeurs qu’elle défend. De plus, elle dispose d’un sens tactique indéniable doublé d’une détermination politique sans faille. Des qualités politiques auxquelles on peut ajouter sa capacité de compréhension et de souplesse qui ne peuvent que continuer à lui être favorables.

Sa stature sur la scène internationale n’est pas non plus étrangère à son succès. Angela Merkel est perçue comme une femme expérimentée capable de faire face aux plus grands de ce monde, à imposer ses idées et à gérer des dossiers on ne peut plus épineux tout en se montrant fiable et ferme. Des qualités aujourd’hui indispensables ; d’autant plus depuis l’élection de Donald Trump. Par ailleurs, la stabilité qu’elle incarne en rassure plus d’un à l’heure où la scène internationale est chaque jour un peu plus incertaine. « Reine du monde libre », voilà comment l’a décrit Barack Obama lors de son dernier voyage en Europe ; des propos forts qui illustrent les grands espoirs placés dans celle qui a passé son enfance en RDA.

Rien n’est donc gagné pour « le maillon fort » de l’Europe, mais espérons que la chancelière ne soit pas emportée par la vague de populisme qui s’abat sur l’Europe et les États-Unis et qu’elle apparaisse sur les prochaines photos officielles du G7 à défaut d’y retrouver Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi.

Camille Saulas

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