International, Politique

Ankara accusée d’« agression flagrante » sur le territoire syrien

La Turquie a mené une opération en Syrie dans la nuit de samedi à dimanche afin de rapatrier la dépouille d’un dignitaire ottoman ainsi que les 38 soldats en charge de la protection de son mausolée. Un succès militaire qui vient au prix de la colère de Damas.

suleyman

Une opération discrète pour éviter le combat

572 soldats, 39 chars et d’autres véhicules blindés. Voilà les moyens mis en œuvre par la Turquie dans la nuit du 21 au 22 février lorsqu’elle a violé l’intégrité du territoire syrien. L’incursion avait pour but deAnkara récupérer la dépouille de Süleyman Şah, grand-père du fondateur de l’Empire ottoman Osman Ier, et d’évacuer les soldats qui veillaient sur son tombeau.

Le turbé était situé dans une petite enclave turque à 37 kilomètres de la frontière, au milieu d’une zone contrôlée par Daech ; après avoir menacé les djihadistes de représailles en cas d’attaque des soldats affectés à la protection du mausolée, Ankara a finalement décidé de récupérer la dépouille du dignitaire et de l’inhumer à 200 mètres de la frontière, à Eşme. La mise en terre dans ce secteur occupé par les rebelles kurdes n’a pas encore eu lieu et devrait n’être que temporaire.

Damas exprime sa consternation

Cette intervention a scandalisé le régime de Damas, qui a déclaré : « La Turquie ne se contente pas de fournir tout type de soutien aux bandes de l’État islamique, du Front Al-Nosra et d’autres groupes terroristes liés à Al-Qaïda, mais a également mené à l’aube une agression flagrante sur le territoire syrien ». Ce geste de la Turquie, qui ne se cache pas de son soutien à l’opposition au régime de Damas, apparaît donc comme un nouvel affront.

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu a quant à lui justifié l’incursion en Syrie par la détérioration de la situation aux alentours du turbé. Il est d’autre part apparu très satisfait du bon déroulement des opérations, qui ont tout de même coûté la vie à un soldat turc. Loin de partager son opinion, l’opposition a perçu ces évènements comme une défaite. Gürsel Tekin, qui appartient au CHP, a ainsi affirmé : « Pour la première fois de l’histoire de la République turque, nous perdons nos terres sans combattre ». En effet, lorsque les soldats Turcs ont quitté la Syrie, plus rien ne restait du lieu saint : la Turquie a perdu une enclave.

Les relations entre la Turquie et la Syrie, qui ont mis fin à leur alliance en 2011 lorsque Ankara a pris parti contre le régime de Bachar al-Assad, semblent donc ne pas être en voie de réchauffement.

Un mausolée précieux et défendu

Süleyman Şah avait pour fils Ertuğrul, chef des Turcs oghouzes, et pour petit-fils Osman Ier, qui a fondé la dynastie ottomane. Son turbé a été bâti près de la vallée de l’Euphrate, et appartenait à la Turquie depuis 1921, date à laquelle le traité d’Ankara a mis fin à la guerre franco-turque ; à l’époque, la Syrie était en effet placée sous mandat français. En 1923, deux ans après la signature du traité, la République de Turquie était fondée par Mustafa Kemal Atatürk. Le peuple turc restant attaché à ses racines ottomanes, le gouvernement a depuis lors fait valoir sa souveraineté sur son enclave syrienne. Cette détermination a défendre le turbé du sultan s’est encore accentuée sous le pouvoir de l’AKP, et n’a pas faibli même lorsque la guerre civile a éclaté en Syrie. Hier pourtant, le bouclier turc a fini par céder sous les coups de l’EI, mettant fin à presque une décennie de protection du mausolée.

Victoria Coste

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *