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Ankara condamne la peine de prison à perpétuité de Mohamed Morsi

Le 19 juin dernier, la Turquie s’est de nouveau levée contre la décision d’un tribunal égyptien de condamner l’ex-président égyptien, Mohamed Morsi à la prison à vie.

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Destitué en juillet 2013 par un coup d’État militaire qui faisait suite à d’importantes protestations contre lui, le premier président élu démocratiquement d’Égypte a par la suite essuyé une série de procès.

Un Président jugé et condamné à mainte reprises

Être le dirigeant des Frères musulmans, organisation désormais illégale en Égypte, avait déjà valu à Mohammed Morsi une condamnation par la Cour Pénale du Caire à la prison à perpétuité, soit 25 ans. Ce n’est toutefois pas moins que la peine de mort qui avait été décidée en juin 2015, pour les évasions de prisons et les violences durant le printemps arabe en 2011.

S’il fut acquitté une première fois pour une affaire de divulgation de secrets d’État avec le Qatar, il fut tout de même condamné par un tribunal à la prison à vie pour « espionnage » au profit d’organisations terroristes telles le Hezbollah et le Hamas, mais aussi l’Iran.

La nouvelle condamnation du 18 juin, pour une affaire d’espionnage pendant sa présidence au profit du Qatar, n’est donc pas une surprise. Néanmoins, cette décision n’a pas manqué d’irriter Ankara.

Des relations bilatérales entachées par le coup militaire

Les relations entre Ankara et Le Caire sont difficiles depuis juillet 2012. Recep Tayyip Erdoğan, alors Premier ministre et grand défenseur des mouvements de libération qui ont traversé le Moyen-Orient, avait condamné avec une grande fermeté la destitution du premier Président élu démocratiquement avec qui il entretenait de bonnes relations. La Turquie s’était alors vainement opposée à l’arrivée du Président actuel, Abdel Fattah el-Sisi.

Encore aujourd’hui, les relations entre la Turquie et l’Égypte, bien que rétablies, restent tumultueuses. Pas plus tard que le 17 juin dernier, le Premier ministre turc, Binali Yıldırım avait déclaré : « L’Israël, la Syrie, la Russie, l’Égypte… il ne peut pas y avoir d’animosité permanente entre ces pays qui bordent la mer noire et la méditerranée », rajoutant : « Toute atteinte à la volonté du peuple est un coup d’État. Nous n’acceptons pas ça. C’est notre opinion sincère ».

Ainsi, si les relations bilatérales ont pu être normalisées au prix de grands efforts, le gouvernement d’Ankara n’a pas manqué de dénoncer cette nouvelle condamnation de l’ancien Président égyptien.

Un communiqué condamnant la décision judiciaire a été publié sur le site du ministère turc des Affaires étrangères turc : «  Nous suivons avec une profonde inquiétude la décision de condamnation à perpétuité du premier Président égyptien élu démocratiquement, Mohamed Morsi, et emprisonné depuis 2013 […] Nous condamnons cette décision et nous estimons qu’elle n’apportera ni paix ni stabilité à l’Égypte ».

Malgré les propos tenus dans ce communiqué, celui-ci va dans le sens des positions antérieures d’Ankara et ne mettra certainement pas en péril les relations turco-égyptiennes, la Turquie ne pouvant pas se permettre de raviver les animosités avec Le Caire étant donné le contexte international actuel.

Camille Saulas.

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