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Ankara : un musée dédié aux insectes ouvre ses portes

60 000. C’est le nombre d’insectes exposés dans le nouveau musée de la capitale turque, selon le Hürriyet Daily News.

Inauguré par l’État, on recense dans ce musée pas moins de 3 000 espèces d’insectes différentes. Érigé sous l’impulsion de la Direction de la Recherche scientifique du ministère de l’Agriculture et des Forêts, le musée présente 56 espèces rares et méconnues qui viennent d’être découvertes en Turquie, mais aussi d’autres espèces recensées depuis des années — les plus anciens spécimens sont exposés dans des galeries depuis 1930.

Pour Saït Ertürk, directeur de l’Institut central de recherche sur la protection, ce musée est on ne peut plus particulier. Les conditions d’accès sont donc très strictes : « Ce n’est pas un musée où l’on peut avoir un ticket d’entrée de manière arbitraire et le visiter », explique celui-ci au quotidien turc avant d’expliquer que le musée d’Ankara « est accessible (uniquement) aux scientifiques et aux étudiants. C’est le seul musée dédié aux insectes de Turquie qui sert au monde scientifique, chacun des insectes est préservé dans des conditions particulières ».

Autre particularité : c’est la première fois au monde que 56 nouvelles espèces d’insectes, découvertes en Turquie, sont exposées. Le pays a d’ailleurs l’intention de collaborer avec d’autres musées à travers le monde, comme le Musée d’Histoire naturelle de Paris ou l’Insectarium de Montréal au Canada, afin de les faire connaitre au plus grand nombre.

M. Ertürk a donc tenu à souligner le rôle de la Turquie dans la découverte de nouvelles espèces d’insectes : « L’année dernière, nous avons découvert six espèces dont les noms n’avaient jamais été entendus auparavant. Nous les avons envoyés au Musée d’histoire naturelle de Londres, elles y sont toujours », affirme-t-il au Hürriyet Daily News.

 « À ce jour, il y a environ 1.1 million d’espèces (d’insectes) qui vivent sur Terre. 260 000 d’entre elles sont connues et seraient présentes en Turquie, mais nous estimons qu’il n’en reste que la moitié d’entre elles désormais », ajoute-t-il.

La gestion de ce musée n’est pas la seule mission de l’Institut de recherche sur la protection dirigé par Sait Ertürk, il est également responsable de plusieurs études scientifiques qui ont pour objet de lutter contre certains insectes nuisibles pour les agriculteurs. Sur ce point, le directeur se veut rassurant : « Notre but n’est pas d’éradiquer ces insectes… Contre les insectes qui endommagent les récoltes, nous préférons un contrôle biologique au problème plutôt qu’une réponse chimique », déclare Sait Ertürk.

Bien que l’accès à ce nouveau musée soit restreint, n’oubliez pas qu’il est loin d’être le seul lieu d’intérêt à Ankara. Le Musée des civilisations anatoliennes, situé sur le versant sud du château d’Ankara, offre aux visiteurs un plongeon dans les premières heures de l’Histoire de l’être humain, du paléolithique à l’époque ottomane. Pour les férus d’histoire contemporaine, c’est à Anıtkabir, le mausolée érigé en l’honneur de Mustapha Kemal Atatürk, et au Musée de la Guerre d’indépendance où il faut se rendre.                                                                                                         

La science des insectes, un savoir ancien

L’étude des insectes a un nom : l’entomologie. On a commencé à étudier les insectes dès le XVIe siècle, dans un premier temps à des fins agricoles, et par la suite dans un but scientifique. De grands chercheurs se sont attelés à cette tâche. C’est le cas de Charles Darwin et de Jean-Henri Fabre. Ce dernier est connu pour son ouvrage référence en la matière, Souvenirs entomologiques, qui représente dix tomes pour un total de 4 000 pages contenant un demi-siècle de recherches sur ces petits êtres vivants qui constituent, comme il le déclare en introduction, un « hymne à la nature et à la connaissance ».

Fabre est une référence dans plusieurs pays, notamment au Japon : « La particularité des 10 volumes des « Souvenirs entomologiques » est qu’ils sont écrits dans un langage clair, émaillés de souvenirs personnels et de réflexions philosophiques, et ceci au fil des 4.000 pages d’observations sur les insectes. Cette volonté de rendre ses lectures accessibles à tous, sa pédagogie et son rapport à la nature expliquent certainement son succès au Japon », expliquait Marie-Lise Tichit, présidente de l’association des Amis de Jean-Henri Fabre, au journal La Dépêche en marge d’une exposition dédiée à ce chercheur.

Aujourd’hui, l’entomologie se pratique rarement et souvent de façon amateur. L’objectif est de mieux comprendre les espèces afin de pouvoir assurer leur protection dans un monde toujours moins préoccupé par les insectes pourtant indispensables à l’équilibre de notre écosystème.

Mehdi Abdsalam

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