International, Politique

Apaisement entre Moscou et Ankara

Depuis quelques jours, les tensions diplomatiques entre la Turquie et la Russie semblent s’atténuer pour la première fois depuis que la Turquie a abattu un avion russe SU-24 le 24 novembre dernier.

téléchargement

Des tensions qui semblaient insurmontables

À compter de l’abattage par la Turquie d’un avion militaire russe à la frontière syrienne, les relations turco-russes n’ont fait que s’envenimer.

Le Président russe, Vladimir Poutine, après avoir désigné cet acte comme un « coup de poignard dans le dos », a imposé une série de sanctions économiques sur les produits alimentaires turcs et a mis en place diverses mesures pour nuire au secteur touristique turc.

Le conflit syrien fut notamment l’occasion pour Ankara et Moscou de critiquer les positions des uns et des autres, alimentant ainsi la guerre des mots entre les deux capitales.

Le 31 mai dernier, l’escalade verbale a repris lorsqu’Ankara a dénoncé les attaques aériennes russes dans la ville aérienne de Abdil, qui ont coûté la vie à une centaine de civils. Moscou n’avait alors pas tardé de répondre à ces nouvelles critiques en exigeant le retrait des troupes turques d’Iraq.

La volonté d’Ankara de se rapprocher de Moscou

Malgré tout, Ankara, qui a des intérêts économiques et énergétiques importants avec la Russie, désire calmer le jeu.

Le Président turc, juste avant de dénoncer le bombardement russe à Abdil, a déclaré qu’il désirait que les deux États travaillent ensemble à la normalisation de leurs relations qui auraient été mises en péril du fait d’une simple « erreur » d’un pilote. (Lire aussi : http://aujourdhuilaturquie.com/fr/le-refroidissement-des-relations-turco-russes-lie-a-lerreur-dun-pilote/)

Malgré ce premier geste dans la bonne direction, Vladimir Poutine a critiqué le fait qu’Ankara n’avait ni présenté ses excuses ni offert une quelconque compensation.

Vers une normalisation des relations

En revanche, la Russie montre aussi des signes positifs envers la Turquie en matière de collaboration sur le plan sécuritaire et économique.

Dans le cadre du traité Open Skies [Ciel ouvert], Moscou a accordé le droit à un avion de surveillance turc de survoler la Russie durant 4 jours à partir du 13 juin. Si cet accord est accompagné de conditions restrictives imposées par le ministère de la Défense russe, il n’en demeure pas moins que la permission fut accordée alors que la Turquie avait rejeté en février dernier une demande similaire d’autorisation de la part de la Russie, ce que le ministre de la Défense russe n’a d’ailleurs pas manqué de souligner.

Ce dernier évènement avait entrainé de nouveau les foudres de Moscou, qui dénonçait alors la violation du traité « Ciel ouvert » qui, depuis 2006, accorde le droit à la Russie de mener des vols d’observation, non-armés, dans l’espace aérien turc au moins deux fois par an. En acceptant le survol du territoire russe, Moscou fait preuve de bonne volonté et démontre ainsi sa volonté de renouer sur ce dossier.

Le dossier énergétique pourrait aussi permettre un rapprochement turco-russe. En effet, le 7 juin dernier, le Président russe a stipulé que Moscou n’avait pas abandonné « définitivement » les projets énergétiques turco-russes South Stream et Turkish Stream (Lire aussi : http://aujourdhuilaturquie.com/fr/south-stream-et-turkish-stream-pourront-tils-etre-sauves/). Les intérêts en matière économique pourraient venir détendre les relations entre Moscou et Ankara. Malgré tout, ce rapprochement dépendra également de la bonne volonté de l’Union européenne à accorder des garanties à la Turquie sur ce dossier.

Le Président et le Premier ministre turc présentent leurs voeux à la Russie pour la fête nationale russe

Le 12 juin dernier, c’était au tour de la Turquie à tendre la main vers Moscou. À l’occasion de la fête nationale de la Russie, le Premier ministre Binali Yıldırım et le Président turc Recep Tayyip Erdoğan ont envoyé leurs vœux à Dmitry Medvedev ainsi qu’à Vladimir Poutine.

Le Président turc aurait écrit dans la lettre adressée à son homologue russe : « Au nom du peuple turc, je célèbre la fête nationale du peuple russe. J’espère aussi que les relations entre la Russie et la Turquie vont atteindre le niveau qu’elles méritent dans un futur proche ».

Quant au Premier ministre, celui-ci a aussi souligné sa volonté de voir les relations entre les deux États s’améliorer : « J’espère que la coopération et les relations entre nos deux pays atteindront bientôt le niveau nécessaire pour atteindre les objectifs communs de nos peuples. Je souhaite santé et prospérité à tous les Russes ».

Le 14 juin, le vice-premier ministre Numan Kurtulmuş n’a pas caché que le gouvernement espérait que ce geste amical permettrait de normaliser les relations avec la Russie : « J’espère qu’une étape clé va être franchie dans le processus de normalisation avec les lettres de notre Président et de notre Premier ministre ». Il a d’ailleurs souligné que les intérêts économiques et politiques que partageaient les deux États ne pouvaient pas se permettre d’être ignorés. Soulignant les attitudes positives récentes de Moscou, le vice-premier ministre turc était dans l’attente du prochain signal qu’enverra la Russie.

Celle-ci ne s’est pas fait trop longtemps attendre. La Russie a répondu le 15 juin à la lettre des dirigeants turcs en exprimant son souhait de voir les relations entre Moscou et Ankara se rétablir. Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a stipulé alors qu’il s’adressait à la presse:  : « Nous aimerions et nous voulons la normalisation de nos normalisations et le retour à la période où la coopération mutuelle était bonne et avantageuse ».

Le travail sera long

Si ces derniers évènements doivent être perçus comme des signes positifs, il n’en reste pas moins que de nombreux efforts doivent être encore faits des deux côtés de la frontière. De plus, de nombreux dossiers restent de véritables sujets de contentieux entre Moscou et Ankara.

Numan Kurtulmuş n’a d’ailleurs jamais évoqué que les deux capitales s’entendaient sur tous les dossiers et surtout sur le conflit syrien : « Nos différences d’opinions sur beaucoup de problèmes, incluant le dossier syrien, peuvent perdurer […] En définitive, ce qui compte c’est de maintenir la paix entre les deux pays voisins et d’être capable de surpasser les difficultés qui peuvent potentiellement engendrer des troubles ».

Moscou estime que la Turquie doit encore montrer des signes concrets de bonne volonté. Dmitry Peskov a communiqué l’option de Vladimir Poutine sur ce sujet : « Le Président Poutine a été très clair qu’après ce qui s’est passé, aucun processus de normalisation ne semble possible avant qu’Ankara n’ait entrepris les pas nécessaires ». Vladimir Poutine estime en effet que des excuses ainsi que des compensations de la part d’Ankara sont les préalables à tout rétablissement des relations.

Encore une fois, le chemin vers le rétablissement effectif des relations turco-russes risque d’être long.

Camille Saulas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *