Culture, Société

Apprendre le langage des oiseaux pour mieux le protéger

Depuis 2014, une centaine d’étudiants ont appris le langage sifflé, un mode de communication inscrit depuis 2017 sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO.

Le langage sifflé, un mode de communication articulé permettant de dire des mots en sifflant qui est encore utilisé dans la région turque de la mer Noire, a été enseigné à plus de 100 étudiants. Cette information nous vient d’une déclaration de Yılmaz Genç, directeur de l’éducation de Çanakçı dans la province de Giresun, à l’Agence Anadolu.

Le 9 mars, ce dernier en a profité pour rappeler que, dans le but de transmettre le langage sifflé aux nouvelles générations, le centre d’éducation publique de Çanakçı organise des cours depuis 2014. Au premier semestre de l’année scolaire 2018-2019, 13 étudiants ont suivi ces cours, tandis que le centre reçoit déjà des demandes d’inscription pour le second semestre.

Yılmaz Genç précise que la demande émane surtout des jeunes. Afin d’adapter les leçons à un jeune public et susciter l’intérêt des enfants, les cours de langage sifflé se veulent avant tout ludiques et ont aussi pour but d’enseigner la culture de la région.

Cüneyt Köse, l’un des professeurs, explique que l’objectif est d’« enseigner ce langage aux générations futures de la façon la plus efficiente possible. Nous montrons comment prononcer certaines lettres du turc en sifflant, nous leur apprenons ce langage de la même manière qu’ils ont appris à lire et à écrire ». Si 70 % de ce langage peut être enseigné dans le cadre de cours, le professeur souligne que la pratiquer avec ceux qui pratiquent cette langue depuis des années reste la clé du succès.

En 2017, l’UNESCO a inscrit le langage sifflé sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Un peu plus de 10 000 personnes de la région de la mer Noire utilisent encore cette langue, le Kuşdili (langage des oiseaux), dont l’origine vient du besoin de la population locale de trouver un mode de communication dans un environnement dominé par des vallées et des montagnes escarpées. Aujourd’hui, ceux qui utilisent encore le langage des oiseaux estiment que cette pratique fait partie intégrante de leur identité culturelle.

Malheureusement, du fait de l’utilisation croissante des portables et des évolutions socioculturelles, ce langage sifflé tend à disparaître, d’où l’importance de transmettre ce savoir et cette culture aux nouvelles générations.

Depuis 1997, un festival portant sur le langage des oiseaux est organisé tous les ans à Kuşköy afin de promouvoir son utilisation. Une initiative qui n’a pas suffi. L’UNESCO déplore ainsi la probable disparition dans les années à venir de ce mode de communication « à moins que des mesures de sauvegarde essentielles ne soient prises selon une approche intégrée ».

Camille Saulas

 

 

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