Culture

Arginuses : l’île mythique retrouvée

Une île perdue au large d’Izmir, mentionnée dans des textes anciens, a récemment été retrouvée dans le cadre d’un projet de recherche mené par un groupe d’experts turcs et étrangers.

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Après la découverte inattendue d’une basilique byzantine engloutie dans le lac d’Iznik, dans la région de Bursa, en 2013, c’est Izmir qui est sous le feu des projecteurs pour une autre découverte archéologique majeure. Dans le cadre d’un programme de recherche conduit par des géo-archéologues de l’université de Cologne et dirigé par l’Institut allemand d’Archéologie, une ancienne île égéenne perdue a été retrouvée au large du district de Dikili de la ville de Bademli, dans la province d’Izmir.

C’est en examinant des échantillons du sous-sol que les experts pensent avoir découvert la troisième des anciennes île d’Arginuses, dont les deux îles restantes sont connues aujourd’hui sous le nom d’îles Garip. Anciennes possessions byzantines, elles étaient passées sous conrôle ottoman lors de l’éclatement de l’Empire byzantin en 1453, avant d’être intégrées à la Turquie moderne en 1922. L’île aurait été intégrée au continent au fil du temps, l’espace de séparation avec la côte ayant été rempli d’alluvions – des amas de sédiments charriés par les courants. Se basant sur des restes architecturaux et des fragments de céramiques, les archéologues pensent avoir découvert l’ancienne ville de Kane, située sur l’île du même nom, où s’est tenue la bataille antique d’Arginusae, entre Romains et Spartiens.

D’après les experts, les îles d’Arginuses comportaient des ports d’importance majeur, ayant été autrefois d’importantes étapes de passage pour les navires se rendant par exemple à Lesbos, Adramytteion (aujourd’hui Edremit), ou encore Elaia (Zeytindağ), le principal port de l’ancienne ville de Pergamon, au Sud. Les ports de Kane auraient eu une importance stratégique spécifique, les Romains s’en étant servis dans leur guerre contre Antiochos III entre -191 et -190.

L’île de Kane était mentionné dans des textes relatant la guerre du Pélopponèse, une guerrre antique entre Spartes et Athènes. La célèbre bataille d’Arginusae, en l’an -406, est l’un des derniers épisodes de la Guerre du Pélopponèse longue qui a dévasté la Grèce antique pendant près de trente ans. Après avoir fait escale sur l’île de Kane pour la nuit, la flotte athénienne avait été attaquée par Spartes, menée par le commandant Callicratidas., la bataille s’est soldée par une victoire majeure pour les athéniens, moins expérimentés mais supérieurs en nombre. Néanmpoins, six des huit généraux victorieux furent condamnés à mort par les Athéniens pour avoir manqué à leurs devoirs militaires en refusant, après une tempête, de secourir les naufragés et d’enterrer les corps des noyés. Selon certains historiens, cette décision expliquerait en partie la défaite finale d’Athènes.

Le lieu exact de la bataille est toutefois resté disputé par les archéologues, la location exacte de Kane n’ayant pu être déterminée jusqu’aujourd’hui. Cette trouvaille va probablement aider les archéologues à chercher des armes ou traces de la bataille qui pourraient toujours se cacher sous l’eau.

La baie de Dikili, située face à l’île égéenne de Lesbos, est bâtie sur le site de l’ancienne Atarneus, cité fondée au Ve siècle avant J.C. par les Ciliciens. Désormais connue comme une station balnéaire aux paysages pittoresques, Dikili avait fait les gros titres de la presse internationale en 2007 lorsque l’un des ilôts Garip avait été mis en vente par ses propriétaires turcs, les frères Ali et Alaattin Dartar. L’affaire avait pris un tour polémique après un article de The Guardian qui relayait l’intention des habitants de l’île grecque de Lesbos, Midili en turc, de racheter l’ilôt pour 22 millions de dollars. Le préfet de Lesbos avait dû intervenir pour apporter un démenti, alors que la Turquie s’indignait de l’illégalité d’une telle transaction – bien que celle-ci, relevant d’un échange privé, ne remettrait en cause ni un quelconque traité international, ni la souveraineté turque sur le territoire. L’histoire est aujourd’hui oubliée de la presse et la transaction n’a pas eu lieu.

Coralie Forget 

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