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Arménie : pourquoi manifeste-t-on à Erevan ?

Depuis le début de semaine, des manifestations antigouvernementales dans la capitale arménienne, Erevan, s’intensifient contre l’augmentation des tarifs de l’électricité. Ces révoltes ont conduit à l’arrestation de 237 personnes tandis que les manifestants continuaient de se réunir, mardi dans la journée, malgré la dispersion mise en œuvre par les forces de l’ordre la vieille.

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Selon les autorités arméniennes, environ 4 000 personnes se sont réunies devant le palais présidentiel lundi soir, 6 000 le jour suivant, faisant de l’événement la plus grand manifestation anti-gouvernementale de ces dernières années. Les manifestants protestaient contre le gouvernement du président Serge Sarkissian et sa décision d’augmenter le prix de l’électricité. « 237 manifestants ont été interpellés », a déclaré Armen Malkhassian, le porte-parole du ministère de l’Intérieur. Ces manifestants risquent jusqu’à un an de prison pour « trouble à l’ordre public » et « hooliganisme ».

Cette manifestation a été organisé par le groupe « Non au pillage », proclamé apolitique. « Nous sommes les maîtres de notre pays. Nous ne tolérerons pas l’augmentation du prix de l’électricité et ne laisseront pas le gouvernement voler notre peuple », déclarait le mouvement sur sa page Facebook.

La police anti-émeutes a tenté de disperser les manifestants par l’utilisation de canons à eau et matraques dans la nuit de lundi à mardi. Selon l’AFP, des hommes en civil avaient frappé des journalistes, confisquant ou détruisant leur matériel. Selon le ministère de la Santé, 25 personnes auraient été hospitalisées, dont 11 policiers. Le parti de l’opposition, le CNA (Parti du congrès national d’Arménie), a boycotté la session parlementaire de mardi et demandé la mise en place d’une session extraordinaire pour protester contre ces interpellations jugées arbitraires.

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Amnesty international, l’ONG de défense des droits de l’homme, a appelé les autorités de respecter « le droit de réunion et la liberté d’expression ». La délégation de l’Union européenne en Arménie s’est quant à elle déclarée « préoccupée par les informations évoquant une utilisation excessive de la force contre un rassemblement pacifique et contre les journalistes ».

Dans cette ex-république soviétique du Caucase du Sud, la situation économique depuis le début de l’année 2015 est marquée par le contrecoup des difficultés économiques de la Russie, la pression du rouble ayant entraîné une forte chute du dram arménien. Pour lutter contre la dévaluation de la monnaie, le distributeur d’électricité arménien – dépendant du producteur russe Inter-RAO – a demandé au gouvernement d’augmenter les tarifs, suscitant de vives émotions ces derniers jours.

L’Arménie, victime du conflit entre la Russie et l’Occident

La crise économique russe résulte de la chute des cours du pétrole mais aussi des sanctions internationales imposées à la Russie en réponse au conflit armé contre l’Ukraine. Ces sanctions économiques qui touchent plusieurs secteurs majeurs de l’économie russe comme les banques, la défense et le pétrole, empêchent le pays de se financer sur les marchés européens.

Ce lundi 22 juin, l’Union européenne a décidé de prolonger ces lourdes sanctions jusqu’à fin janvier 2016. Or ces mesures économiques affectent également les pays limitrophes à la Russie, pour la plupart membre de l’ex-URSS, car leur monnaie se déprécie sous la pression du rouble.

ErevanLa Russie représente 23% des exportations arméniennes et demeure le principal allié économique et stratégique du pays. L’Arménie est donc dépendante de son voisin russe en matière d’investissements (premier investisseur dans les secteurs stratégiques tels que les transports et les télécommunications) mais également en matière d’approvisionnement énergétique (gaz et électricité). D’autant plus que l’Arménie subit également un blocus turc, allié historique de l’Azerbaïdjan. Le pays se retrouve donc isolé à ses frontières ouest et est (respectivement par la Turquie et l’Azerbaïdjan), l’approvisionnement se faisant essentiellement par la Géorgie. Le 2 janvier 2015, cette dépendance a influencé le choix de l’Arménie d’adhérer à l’Union économique eurasiatique (zone de libre-échange entre la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan) renonçant ainsi à son rapprochement économique avec l’Union européenne.

L’Iran, une alternative stratégique

L’Iran est également une alliée de taille pour l’Arménie dans ce contexte de double-blocus turco-azéri. Les relations économiques en matière d’énergie sont vitales pour le pays. Pour cette raison, l’Arménie a accueilli favorablement les récentes négociations entre l’Iran et la communauté internationale. En effet, si le marché iranien venait à s’ouvrir, l’Arménie pourrait voir s’alléger sa dépendance à l’égard de sa frontière avec la Géorgie par laquelle transite actuellement 75% de son commerce extérieur.

Les deux pays ont des projets communs en matière d’énergie. L’inauguration d’un oléoduc en mars 2007 entre la ville de Tabriz en Iran et celle de Yeraskh en Arménie pour l’acheminement du gaz et du diesel est un exemple de cette coopération. Un partenariat stratégique qui permet à chacun de s’affranchir, relativement, de son isolement régional.

Florie Cotenceau

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