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Arménie – Azerbaïdjan : le Haut-Karabagh, un problème insolvable ?

En Azerbaïdjan, de nouveaux heurts ont éclaté vendredi dernier dans la région séparatiste du Haut-Karabagh, causant la mort de deux militaires et d’un civil selon les ministères de la Défense arménien et azerbaïdjanais. La dernière émanation en date d’un conflit vieux de plus de 20 ans.

Une histoire qui s’éternise

Parmi les victimes, un homme de 61 ans qui a péri près de sa maison suite aux bombardements de l’armée azerbaïdjanaise ciblant plusieurs villages arméniens. Parallèlement, dans un autre accrochage, un soldat arménien du Haut-Karabagh a été tué par l’armée azerbaïdjanaise dans la zone frontalière. A l’opposé, le ministère de la Défense d’Azerbaïdjan a annoncé la mort d’un soldat azéri, Farid Agayev, mortellement blessé dans des affrontements avec l’armée arménienne.

KarabaghLe conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dure depuis la fin de l’Union soviétique au sein de laquelle ces deux pays avaient le statut de républiques fédérées. En effet, en 1921, durant cette période, le Haut-Karabagh, région montagneuse historiquement arménienne et peuplée en grande majorité d’Arméniens, avait été rattachée par les autorités de Moscou à la république soviétique d’Azerbaïdjan. Un geste de Staline en direction de la nouvelle République turque, proche de l’Azerbaïdjan. Deux ans plus tard, la zone devenait région autonome.

C’est en 1988, profitant de la décadence de l’URSS, que le Haut-Karabagh fait sécession, ses députés demandant ouvertement un rattachement à l’Arménie. Ce sera le point de départ de violences entre Arméniens et Azéris dans la région. En 1991, après la chute de l’Union soviétique et la déclaration d’indépendance du Haut-Karabagh, la jeune République d’Azerbaïdjan, voulant affirmer son intégrité territoriale, impose un blocus et décide d’envoyer son armée récupérer la région sécessionniste. Toutefois, soutenu par l’Arménie mais aussi par le puissant voisin russe, le Haut-Karabagh résiste. Ce sera le début d’une effroyable guerre qui durera jusqu’à l’obtention d’un cessez-le-feu en 1994. Elle aura fait 30.000 morts, engendré des massacres de part et d’autre, et créé des centaines de milliers de réfugiés.

Haut-KarabaghDepuis, le Haut-Karabagh fait figure de république autoproclamée et les négociations conduites sous l’égide du Groupe de Minsk (commandité par l’OSCE et dirigée par la Russie, les États-Unis, et la France) n’arrivent pas à aboutir et des incidents ont régulièrement lieu à la frontière arméno-azerbaïdjanaise, du fait de l’indétermination du statut de cette enclave arménienne officieuse où vivent un peu plus de 120 000 personnes. Aux yeux du droit international, deux principes majeurs entrent une fois de plus en conflit : le principe d’autodétermination pour les arméniens du Haut-Karabagh, et celui d’intégrité territoriale pour l’Azerbaïdjan.

Ainsi, c’est un conflit figé depuis deux décennies qui menace d’exploser à tout moment. Bien que cette région du Caucase se soit proclamée indépendante aux cours des années 90, ni la communauté internationale, ni l’Azerbaïdjan ne lui reconnaissent son statut si bien qu’elle reste de fait une région de l’Azerbaïdjan. Les désaccords s’en trouvent multi-polarisés et aucun effort de médiation n’a pu aboutir à un désamorçage du conflit. De part et d’autre, les menaces fusent à propos d’un éventuel conflit armé, des tirs sont d’ores et déjà échangés et ont engendrés des pertes humaines des deux côtés. On déplore ainsi une vingtaine de mort depuis 2011.

L’Azerbaïdjan, dont les capacités financières ont nettement augmenté ces dernières années grâce à ses considérables ressources en hydrocarbures, a prévenu de sa capacité à reprendre par la force le Haut-Karabagh. Une menace à laquelle l’Arménie a répondu en expliquant ne pas craindre de conflits armés avec son voisin et qu’en précisant qu’elle riposterait proportionnellement à toute attaque contre le Haut-Karabagh. Ce conflit larvé, que l’on voit lentement glisser vers une guerre ouverte, est donc devenu une bombe à retardement dans cette région stratégique et en pleine effervescence, située entre la Russie, la Turquie et l’Iran.

La Turquie dans le conflit

Leader économique et politique de la région, la Turquie a un grand rôle à jouer dans ce conflit qui se déroule non loin de sa frontière. Historiquement, la Turquie et l’Azerbaïdjan sont des alliés inconditionnels. L’Azerbaïdjan étant turcophone, la proximité entre les deux pays est naturelle. A l’inverse, les relations entre la Turquie et l’Arménie, en raison de leur passif, sont plus complexes et tendent à être conflictuelles, mêmes si des efforts mutuels des deux pays tendent à favoriser un rapprochement.

À l’heure actuelle, il apparait que la Turquie se montre favorable à une résolution pacifique du conflit et agisse dans le sens d’une résolution pacifique. Elle semble toutefois favoriser ses liens avec l’Azerbaïdjan, en subordonnant un rapprochement turco-arménien à une solution acceptable pour Bakou sur la question du Haut-Karabagh.

Parallèlement, en se rapprochant de l’Arménie, la Turquie prend le risque de s’éloigner de Bakou. En effet, même si la Turquie et l’Europe restent les partenaires privilégiés de l’Azerbaïdjan pour son indépendance politique et économique vis à vis du géant russe, la position conciliatrice de la Turquie sur la question du Haut-Karabagh amène aujourd’hui l’Azerbaïdjan, chiite, à se tourner vers l’Iran.

Ainsi, même si ce conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour le Haut-Karabagh peut apparaitre comme une lutte ethnique et politique locale, c’est en fait un véritable nœud dans le jeu diplomatique régional.

Thomas Nicod

3 Comments

  1. benjamin

    L’article est bon, mais il omet toutefois certains points, non négligeable.

  2. Celine

    Votre article est très intéressant, mais:
    – il aurait fallu vous relire (il y a beaucoup trop d’erreurs d’orthographe, c’est dommage, vu le soin que vous apportez à l’expression de vos idées!)
    – vous ne parlez pas du Nakhitchevan, est-ce voulu?
    Merci en tout cas de votre article, qui est très clair.

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