International, Politique

Assassinat du journaliste biélorusse Pavel Cheremet

Le célèbre journaliste biélorusse Pavel Cheremet a trouvé la mort mercredi 20 juillet à Kiev. Tout laisse penser à un assassinat.

téléchargement (5)À 7h45, le journaliste de renommée mondiale, Pavel Cheremet, a été tué par l’explosion de la voiture le conduisant à son travail dans le centre de Kiev, ville dans laquelle il vivait depuis plusieurs années. Selon le ministère de l’Intérieur ukrainien, une bombe aurait été placée sous le siège du conducteur.

Un chauffeur de taxi a confié à l’AFP ce qu’il avait pu observer au moment du drame : « Il conduisait le long de la rue Ivan-Franko et s’était arrêté à un carrefour quand l’explosion a eu lieu. Les flammes sont montées jusqu’au deuxième étage [des immeubles environnants, ndlr] ». Selon ce témoin, le journaliste biélorusse avait réussi à s’extirper de la voiture et était encore en vie quand les secours sont arrivés sur les lieux.

Après avoir longtemps travaillé en Ukraine, le journaliste avait ensuite travaillé en Russie pour OTR, une chaine de télévision publique, où il a grandement irrité l’administration de M. Poutine. La couverture médiatique en Russie des évènements ukrainiens de 2014 avait donc entériné sa décision de quitter le pays et de se rendre en Ukraine pour sa propre sécurité. Il semble que la qualité de son travail et de ses investigations auront eu quand même raison de lui.

Sevguil Moussaïeva-Borovik, le rédacteur en chef d’Ukraïnska Pravda qu’a fondé Pavel Cheremet a déclaré à l’AFP que, selon lui, la mort du journaliste était due « à ses activités professionnelles ».

La victime avait elle-même confié qu’elle se sentait suivie depuis plusieurs jours. Cela n’est pas étonnant dans la mesure où la police ukrainienne chargée de l’enquête a confirmé la thèse d’un « assassinat prémédité ».

Le président ukrainien, Petro Porochenko, a rapidement réagi sur son compte Twitter en déclarant que : « La mort de Pavel Cheremet est une terrible tragédie » et en affirmant que « les coupables seront punis ».

Une enquête compliquée

Si le président ukrainien a promis que « les coupables seront punis », l’enquête risque d’être difficile dans la mesure où la voiture piégée appartenait à la compagne du journaliste, Alena Pritoula, qui est la directrice d’un journal très critique à l’égard du pouvoir en Ukraine et qui publie sur le site Internet Ukraïnska.

En outre, le journaliste biélorusse pouvait s’avérer être parfois une véritable épine dans le pied pour le gouvernement ukrainien, mais surtout pour le pouvoir russe, qui n’est pas connu pour être le plus grand défenseur de la liberté de la presse.

Un meurtre qui pourrait bien déstabiliser le pays

Les meurtres de journalistes se multiplient dans le pays et créent bien souvent de véritables séismes politiques.

Cheremet travaillait et avait édifié le journal Ukraïnska Pravda. Or, le co-fondateur de ce site d’information, Guéorgui Gongadzé, a été kidnappé puis tué en 2000 ; ajoutant un élément de consternation qui a conduit en 2004 à la « révolution orange » d’autant plus que le meurtre n’a jamais été élucidé.

Pour Sevguil Moussaïeva-Borovik, le meurtre présumé du journaliste pro-occidental a un objectif très clair : déstabiliser le pays. À l’AFP, ce dernier a déclaré: « Pourquoi tue-t-on des journalistes en Ukraine ? Quelqu’un veut déstabiliser la situation dans le pays en faisant ça »é

Sans pointer du doigt un coupable, n’oublions pas que c’est le ministère russe des Affaires étrangères lui-même qui a décrit l’Ukraine comme étant « un lieu de sépulture pour les journalistes ».

Reste à savoir si les propos de Khatia Dekanoidze, chef de la police ukrainienne, qui a assuré à la suite de l’explosion que mener une enquête sérieuse était « une question d’honneur », pourront être suivis par des actes concrets ou bien si quelqu’un mettra tout en œuvre pour que jamais ne soit dévoilé l’auteur de cet acte odieux contre le monde journalistique.

Camille Saulas. 

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