Découverte, Société

Association Trait d’Union : « des vecteurs de relations apaisées. »

Découverte de Trait d’Union, la jeune association des Franco-Turcs d’Istanbul, à travers la rencontre de certains de ses responsables tels que Jülide Yaşar-Soncu, Natacha Şeker, Clarisse Yağmur Kılıç ou encore Ferruh Yaşar. On y discute service militaire, continuité de la France en Turquie et identité des binationaux.

De gauche à droite : Ferruh Yaşar, Clarisse Yağmur Kılıç, Jülide Yaşar-Soncu et Natacha Şeker.

Vous êtes une association spécialement destinée aux Franco-Turcs. Qu’est-ce qui les distingue des expatriés classiques ?

La principale différence est qu’on est inscrits dans la durée. On ne vient pas sur proposition d’une société qui nous envoie ici pour trois ou quatre ans.

A partir de quel moment avez-vous pensé que ce réseau allait s’agrandir ?

En fait dès septembre quand on s’est créé et qu’on a tenu notre première réunion. En discutant on a tout de suite pensé que ça prendrait et que ce serait intéressant. Ce n’est pas tellement le fait d’être 1000, 5000 ou 15000 qui nous intéresse. On pensait qu’il y avait vraiment un vide à ce niveau là et qu’il fallait qu’il y ait un interlocuteur officiel pour représenter notre sensibilité qui est différente.

trait_dunion_logoQuel constat de départ vous a poussé à créer Trait d’Union ?

On n’était pas réellement pris en compte par les autorités françaises dans le sens où on est aussi Turcs et qu’il est sous-entendu qu’on peut se débrouiller un peu tout seul. Il n’y a pas vraiment de choses qui ont été organisées pour nous. Nous sommes pourtant loin d’être une minorité. Parmi le contingent des Français inscrits au consulat, 70% sont maintenant des Franco-Turcs. Malheureusement, pas mal d’associations sont surtout pour les Franco-Français.

Alors, se réunir pour faire quoi ?

D’abord pour faire un état des lieux de nos problèmes et voir sur quoi on peut agir. Par exemple, un gros projet sur lequel on travaille est le service militaire des binationaux, un réel frein pour ceux qui veulent revenir ici pour des opportunités professionnelles. On a réalisé une note de synthèse juridique qu’on a présentée aussi bien auprès du ministère à Paris que du Consulat et de l’Ambassade ici. C’est un sujet sur lequel on est soutenus et sur lequel on avance. Il est assez emblématique de ce que l’on peut faire. Parce qu’être Franco-Turc c’est bien, mais on reste obligés de s’organiser si on veut faire avancer les choses sur des sujets qui nous concernent spécifiquement.

Ensuite, pour se faire connaître auprès des institutions, pour l’instant françaises et ensuite turques. Madame Domenach nous a reçus et a même participé à l’une de nos soirées. Maintenant tout le monde s’accorde à dire qu’on est une catégorie importante qui fait le lien entre les deux pays. C’est déjà une avancée.

Les autorités françaises reconnaissent donc l’existence de votre association. Que peut-elle apporter à la France ?

Avec les Franco-Turcs, la France a ici des relais locaux qui seront présents à long terme. Il y a une idée de continuité de la France en Turquie. D’autre part, on atteint généralement des couches sociales plus profondes que les Français expatriés, parce qu’être binational ça veut souvent dire appartenir à une famille originaire d’Anatolie et/ou être membre d’autres ethnies. Pour compléter et approfondir sa compréhension de la Turquie, la France a aussi besoin d’autres interlocuteurs que l’élite turque francophone traditionnelle, avec qui bien sûr il est intéressant de discuter.

Quelle est votre action ?

De faire profiter de l’expérience de nos membres. On est heureux de pouvoir résoudre certains problèmes, mais on ne se voit pas non plus comme un guichet social parce qu’on pense que les gens doivent aussi être actifs dans leur propre découverte. Pour nous, l’important c’est l’échange et un échange ça va dans les deux sens. Nous sommes devenus une petite plate-forme où les gens peuvent s’exprimer. Ce n’est pas une plate-forme professionnelle où l’on vient échanger ses cartes de visite. On organise des soirées-débats où les gens peuvent commenter l’actualité. Ça permet à chacun d’amener sa petite pierre à l’édifice.

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Quel est le profil des gens que vous rencontrez ?

C’est mixte. Il y a beaucoup de jeunes diplômés qui sont venus en Turquie à la recherche de leur première expérience professionnelle. On remarque aussi qu’un certain nombre de chercheurs et de professeurs viennent vers nous. Il n’y a pas beaucoup de lieux où ces personnes peuvent rencontrer d’autres francophones et échanger librement, sans arrière-pensées économiques. Egalement des journalistes qui sont devenus binationaux parce qu’ils sont présents depuis des années.

Des Turcs assistent-ils à ces réunions ? Un échange s’installe-t-il avec eux ?

Tout-à-fait. C’est bizarre parce qu’il y a des Turcs qui ne parlent pas du tout français qui viennent avec des amis qui font office de traducteurs. On ne s’interdit pas d’organiser à l’avenir des soirées en turc pour qu’ils puissent comprendre. On avait pensé à avoir recours à de la traduction mais ça alourdit le débat et le fait traîner en longueur.

Avez-vous une ligne particulière ?trait_dunion2

On ne veut pas de nationalisme ou de racisme. Sinon l’association est apolitique même si certains membres sont forcément politisés. Nous veillons à ce que chacun puisse exprimer sa vision de l’organisation de la société, qu’elle soit turque ou française. Tout le monde doit pouvoir donner son opinion sans que quelqu’un crie au scandale au fond de la salle. Jusque ici il y a toujours eu un respect immense des uns envers les autres.

On est également là pour faire le lien entre la Turquie et la France, et nos réunions traient parfois de l’actualité française. Notamment suite aux événements de Charlie Hebdo, nous avons organisé un débat sur la liberté d’expression quelques jours après ainsi que des rassemblements devant le Consulat français, qui ont rencontrés un grand succès.

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Quels sont les projets et objectifs à votre agenda ?

Nous sommes en train de célébrer le cinquantenaire des accords migratoires entre la France et la Turquie. On a fêté les 50 ans de cet accord, grâce auquel nous sommes aujourd’hui franco-turcs, au cours d’une belle soirée le 26 mars, où chacun a pu raconter des souvenirs et des anecdotes amusantes. De plus, nous prenons part aux célébrations à l’Institut culturel français en intervenant notamment dans la conférence-débat du 8 avril.

Nous croyons être des vecteurs de relations apaisées. Nous avons une relation apaisée avec notre identité car on a résolu notre problème identitaire. C’est ce qu’on veut faire passer à ceux qui n’ont pas encore eu l’opportunité de le résoudre.

Propos recueillis par Mireille Sadège

 

Retrouvez la page facebook de l’association : https://www.facebook.com/francoturcsistanbul?fref=ts

1 Comment

  1. Hajar

    Bonjour,
    je prépare une méthode d’alphabétisation qui prend en considération
    la langue et la culture des apprenants dans les questions d’alpha
    Le but est de rechercher les pendants entre les expressions,maximes,contes,légendes,…
    qui existe entre le français et le Turc
    Pourrions nous nous contacter dans ce cadre
    afin que vous puissiez me donner vos précieux conseils
    Merci d’avance,
    Bien à vous,

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