International, Politique

Attentats symboliques en Arabie Saoudite

Lundi 4 juillet dernier, un triple attentat suicide s’est produit dans plusieurs villes du royaume saoudien, dont l’un dans la deuxième ville sainte la plus importante du monde musulman : Médine. Le bilan s’élève pour l’heure à quatre morts.

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C’est lors de l’avant-dernier jour du Ramadan, et alors que la fête de l’Aïd se préparait, que trois attaques ont retenti. Sans être revendiquées pour le moment, aux vues du mode opératoire, le spectre de l’organisation armée Etat islamique (dite Daech) semble être derrière ces attentats.

Des attentats qui visent les chiites, mais aussi les sunnites

Cette vague d’attentats a commencé au petit matin à Jeddah, à l’ouest du Royaume, juste avant l’heure de la prière. Le kamikaze s’est fait exploser près d’une mosquée chiite, non loin du consulat américain. Rappelons d’ailleurs que le 4 juillet marquait le jour de la fête nationale des États-Unis.

Selon toute vraisemblance, le terroriste âgé d’une trentaine d’années serait un « résident étranger », originaire du Pakistan. Abdallah Qalzar Khan vivait cependant dans cette ville depuis 12 ans.

Le ministre de l’Intérieur a annoncé que deux agents de sécurité ont été blessés. L’ambassade américaine à Riyad a pour sa part confirmé qu’aucun membre de son personnel consulaire n’avait été blessé. L’ambassade a tout de même appelé ses ressortissants à la plus grande prudence et à « prendre plus de précautions dans leurs déplacements » en Arabie Saoudite.

La seconde explosion s’est produite en début de soirée dans un poste de sécurité situé sur le parking devant la mosquée du Prophète à Médine, un lieu sacré de l’Islam très fréquenté par les fidèles en plein pèlerinage.

Quatre agents de sécurité y ont trouvé la mort, tandis qu’une personne a été blessée, ont rapporté les autorités ainsi que la chaîne d’information saoudienne Al Arabiya. En revanche, le pays a évité le pire, les kamikazes n’ayant visiblement pas réussi à pénétrer dans la mosquée où ils auraient pu commettre un véritable carnage.

L’attaque est d’autant plus choquante que, selon le Coran, c’est à Médine que le Prophète Mahomet est venu s’installer en 622 ; date qui marque le début du calendrier musulman, l’hégire.

C’est la première fois qu’un site islamique d’une telle importance est attaqué dans le royaume depuis la prise de la mosquée de La Mecque par un groupe de fondamentalistes musulmans en 1979.

Enfin, au même moment, dans la ville de Qatif, à l’est du pays, la capitale de la minorité chiite du royaume, un kamikaze a déclenché sa ceinture explosive près d’une mosquée chiite apparemment sans faire de victime.

Le royaume saoudien, cible de Daech

Ce n’est pas les premières attaques terroristes auxquelles doivent faire face le royaume ni les premières qui sont présumement l’œuvre de Daech. Après avoir fait face à Al-Qaeda, qui visait avant tout les Occidentaux, c’est au tour de Daech de semer la terreur.

Depuis fin 2014, la minorité chiite du pays, qui représente environ 10% de la population saoudienne, ainsi que les forces de sécurité du royaume sont les cibles privilégiées de cette organisation terroriste.

Ainsi, en mai de l’année dernière, Qatif avait déjà été le théâtre d’un attentat suicide revendiqué par Daech où 21 personnes avaient trouvé la mort.

Par ailleurs, en mars 2015, l’ambassade des États-Unis à Riyad, mais aussi les consulats de Jeddah et de Dahran ont été contraints de fermer leurs portes pendant plusieurs jours pour des raisons de sécurité.

La minorité chiite est d’autant plus vulnérable que le groupe insurgé se revendique d’obédience sunnite ; branche de l’Islam en conflit avec la mouvance chiite. Quant aux forces de sécurité, ils subissent les représailles de Daech qui sont consécutives à la participation de l’Arabie Saoudite à la coalition internationale menant une guerre contre Daech en Syrie et en Irak. L’organisation terroriste connait des revers importants depuis quelques mois et tente de lutter contre « ses ennemis » en multipliant ces attaques détournées et lâches où les principales victimes sont des innocents.

De plus, ayant sur son territoire les deux mosquées les plus sacrées et les plus symboliques pour la communauté musulmane, le royaume représente une cible symbolique et incontournable pour Daech et son projet de califat.

L’analyste géopolitique Theodore Karasik a d’ailleurs expliqué que viser Médine à quelques jours de la fin du Ramadan constituait « une manière de remettre en cause la tutelle des Saoud [la famille royale d’Arabie Saoudite] sur les lieux saints ».

Mais l’Arabie Saoudite ne compte pas arrêter son combat contre Daech. Récemment, les autorités saoudiennes ont multiplié les arrestations et les mises à mort de membres affiliées à l’organisation terroriste. Quant au grand mufti Abdelaziz Al-Cheikh, qui n’est autre que la plus haute autorité religieuse sunnite du pays, celui-ci a qualifié Daech d’ « ennemi de l’islam ».

Néanmoins, les attaques coordonnées du début de cette semaine démontrent que Daech est loin d’avoir été éradiqué dans le royaume.

La famille royale fragilisée 

Le roi Salman, déjà fragilisé au sein de son propre clan du fait de luttes de pouvoir, notamment avec le vice-prince héritier Mohammed Ben Salman, voit la grandissante menace djihadiste comme un grand péril pour son pays, mais surtout pour son pouvoir.

En outre, les observateurs internationaux estiment que c’est aussi un grand défi pour Mohammed Ben Salman, qui désire mettre sur pied des réformes économiques d’envergure et souhaite attirer davantage d’investisseurs étrangers.

Même si ces attaques n’ont pas été aussi meurtrières que ce que le groupe terroriste planifiait, elles ont tout de même atteint en plein cœur une cible d’envergure en fragilisant encore un peu plus la famille royale.

Camille Saulas

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