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Au Brésil, Dilma Rousseff plus que jamais contestée

Le climat politique est encore loin de s’apaiser au Brésil. Hier, dimanche 16 août, d’importantes manifestations ont eu lieu dans plus de 200 villes, partout à travers le pays. Cibles de ces mouvements : le Parti des Travailleurs et Dilma Rousseff, qui cristallisent plus que jamais les tensions autour de sa présidence.

Dilma-Rousseff

La cote de popularité de la présidente, Dilma Rousseff, n’a jamais été aussi bas. Elle atteint même le record de 8% d’opinions favorables, un pourcentage jamais égalé depuis plus de 30 ans. Un véritable camouflet pour la protégée de l’emblématique président Lula, qui avait pris la succession de ce dernier en 2010 pour un premier mandat. Réélue ensuite de justesse en octobre dernier face à son adversaire du Parti de la Sociale Démocratie, Aécio Neves, elle se retrouve aujourd’hui dans la tourmente. Au point que lors des manifestations d’hier, qui ont rassemblé, selon les sources, de 900 000 à trois millions de Brésiliens dans les rues de Rio de Janeiro, la majorité exigeait la démission ou la destitution de la présidente. Le héros du mouvement d’hier, présent sur de nombreuses affiches et t-shirts, n’est autre que Sergio Moro, le juge fédéral chargé de l’enquête sur « Operacion Lava Jato » impliquant l’entreprise pétrolière Petrobras.

Comment en est-on arrivé à cette situation, avec un désaveux général à l’endroit de la présidente brésilienne pourtant récemment élue? Deux principales raisons. D’abord, la dégradation de la situation économique du Brésil qui connaît un véritable recul. Alors que le pays pouvait encore se targuer d’un taux de croissance annuel avoisinant les 8% en 2010, il devrait connaître la récession dès cette année, avec un recul du PIB de près de 0,8% pour 2015 et une inflation galopante. À cela s’ajoute un choix politique axé sur l’austérité, entrainant des coupes dans de nombreux budgets. On pense notamment à celui de l’emblématique « Bolsa Familia », programme lancé par Lula pour faire reculer la pauvreté symbolisant des temps qui changent au Brésil.

Tout cela a créé un fort ressentiment envers Dilma Rousseff et son gouvernement. Beaucoup de familles pauvres qui ont récemment intégré la petite classe moyenne sous Lula craignent un recul de leurs conditions de vie.

bresil

Hier, entre 900 000 et trois millions de personnes se sont rassemblées à Rio de Janeiro pour protester contre Dilma Rousseff.

Mais cette contestation a pris une tournure plus importante avec le scandale Petrobras.

La classe politique brésilienne se retrouve depuis plusieurs mois éclaboussée par un gigantesque scandale de corruption. Au cœur de celui-ci, l’entreprise pétrolière Petrobras. Les dirigeants de la compagnie se seraient vus verser des pots-de-vin par des entreprises du BTP brésilien, en échange de la répartition des marchés. De nombreux membres de la classe politique seraient mouillés et des soupçons sont portés à l’encontre de Dilma Rousseff et le financement de sa campagne de 2014. Le tribunal suprême de campagne va ainsi enquêter sur les comptes de campagne de la candidate Rousseff afin d’établir si elle a ou non obtenu de l’argent de la part de Petrobras. Si de tels soupçons se révèlent fondés, de nouvelles élections pourraient être convoquées. Le climat s’annonce donc explosif pour ces prochains mois au Brésil, entre une présidente au pouvoir fragilisée de toute part et une population qui souhaite son départ. Mais les brésiliens craignent aussi un après-Rousseff qui paraît flou, au-delà de la complexité constitutionnelle pour mettre en place une destitution.

Pierre Debly

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