Politique

Aubry fait « Vallser » la gauche

Il y a quelques temps, Martine Aubry publiait dans Le Monde une tribune on ne peut plus critique concernant le gouvernement actuel. Depuis, c’est une véritable guerre des gangs qui se propage au sein de la gauche française. 

Pacte de responsabilité, déchéance de nationalité, refus d’accueillir davantage de réfugiés, réforme du code du travail… Tout y passe. « Trop, c’est trop ! » Excédée, la maire de Lille accuse François Hollande et Manuel Valls de mener, depuis deux ans, une politique bien trop libérale aboutissant à « un affaiblissement de la France ». Cet appel, désormais devenu une pétition populaire, demande au gouvernement, sinon de renoncer, de changer radicalement de ligne. Les relations entre les différentes personnalités politiques de gauche n’ont jamais été toutes roses et leurs désaccords sont anciens. Mais cette fois, quelque chose a changé, la fracture s’est agrandie pour devenir potentiellement irrémédiable. Aujourd’hui, plus qu’un simple coup de gueule, c’est une véritable bataille que Martine Aubry déclare au Premier ministre.

Deux gauches radicalement opposées

D’un côté, il y a Martine Aubry, incarnant la gauche de la gauche et défendant corps et âmes la France d’un capitalisme brutal. De l’autre, Manuel Valls et les sociaux-libéraux, pour qui l’état dans lequel se trouve aujourd’hui le pays provient en grande partie de cette méfiance envers le libéralisme. Pour beaucoup de journalistes et intellectuels, ces divergences aboutissent au démantèlement du parti socialiste et entachent le peu de confiance que les français lui accordaient encore.

Pour une grande partie de l’opinion publique, l’entreprise est considérée comme une exploitation de salariés, empochant les avantages pour servir les patrons et actionnaires. Et ce n’est pas la dureté du capitalisme d’aujourd’hui qui va venir contredire cette vision : salaires en baisse, hausse du chômage, conditions de vie de plus en plus rudes, enrichissement des plus riches… Pourtant, selon le journaliste du Monde Eric Le Boucher, si l’on compare la France avec le reste du monde, la situation n’est pas si catastrophique que l’on pourrait le croire : « Si le capitalisme est dur, il l’est bien moins ici qu’ailleurs. La France reste un pays « socialiste », les inégalités n’explosent pas et la protection des salariés est considérable. La grande fracture Valls-Aubry est là : pour la gauche de la gauche, le capitalisme est brutal, défendons-nous d’abord en France ; pour les sociaux-libéraux, le mal est d’abord français, réformons. »

Le problème se pose ici : Martine Aubry tacle avec ferveur la « politique de l’offre » du gouvernement, mais ne trouve au problème aucune solution valable. Il faut redonner à la France un regain de compétitivité, mais cela n’est plus possible en jouant seulement sur les importations comme le suggère la gauche antilibérale, car elles ne sont pas créatrices d’emplois. Aujourd’hui, l’Allemagne démontre que la politique de l’offre marche bel et bien au bout de plusieurs années. Récemment, Peugeot-Citroën a donné raison au gouvernement en annonçant un retour à l’équilibre en 2015 et une prime de 2000€ pour chacun de ses salariés. Cependant, même si les français réclament du changement, peu d’entre eux sont prêts à faire des concessions immédiates en vue d’améliorations trop lointaines.

Une opération politique bien menée

Beaucoup se demandent dans quel but Martine Aubry publie cette tribune, si ce n’est pour tacler Manuel Valls et dans un même temps ruiner la réputation du parti socialiste. En effet, si ces accusations sont fondées sur de réels problèmes, rien ne nous montre qu’elle serait en mesure d’y remédier. En s’en prenant principalement au projet de réforme du code du travail, c’est avant tout une manière de dénoncer une politique qui aurait pu être conçue par la droite libérale. Alors que le gouvernement tente tant bien que mal de relancer l’économie française, la gauche traditionnelle lui reproche d’orienter sa politique de manière beaucoup trop capitaliste. Alors oui, les droits sociaux sont plus que rarement mis à mal aujourd’hui, mais Martine Aubry n’a pas de solutions valables à proposer et perd donc toute crédibilité dans son combat.

Aubry reproche donc au gouvernement de trahir les valeurs de la gauche. Pourtant, au lendemain des attentats de novembre dernier, alors que le Président de la République bafouait ces dernières sous prétexte que la sécurité des français était en jeu, aucune réaction de la part de l’ancienne secrétaire du Parti socialiste ne s’est faite entendre. Il y a donc dans son comportement de nombreuses contradictions qui laissent à penser qu’elle n’agit pas réellement dans l’intérêt de la France et de son parti comme elle le suggère, mais plus pour sa propre personne.

La mort imminente du Parti socialiste ?

Depuis la publication de cette tribune, le Premier ministre et la Maire de Lille ne font que se renvoyer la balle lors de leurs apparitions publiques. Au final, cette affaire n’aura fait qu’accentuer les fissures déjà existantes au sein du Parti socialiste. Entre une gauche classique qui se veut progressiste mais qui n’est pas adaptée à la société, et une gauche libérale ouverte à l’internationale mais prête à faire des concessions sur les valeurs historiques de son parti, plus personne ne sait désormais où se placer. Une chose est sûre, le parti socialiste est aujourd’hui en plein bouleversement, et les idéaux du « parti d’Epinay » n’ont plus grand chose à voir avec les besoins de la société actuelle.

Julia Prioult

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