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Aujourd’hui la Turquie dit encore une fois « Non »

Aujourd’hui la Turquie dit encore une fois « Non » aux actes des politiciens qui veulent prendre l’Histoire à la légère. Laissons l’Histoire aux historiens ![1]

logo aujourd hui la turquie

 

De 1795 à 2016… 

Nous avons commencé les travaux pour le lancement d’Aujourd’hui la Turquie (ALT), en janvier 2005 à Moda, avec une vue sur Sainte Sophie ­— un lieu saint et historique pour les deux civilisations chrétienne et musulmane, le centre du monde. Notre objectif était de publier un journal dans la langue et selon la philosophie de Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Hugo, mais aussi avec tous nos respects à Goethe, Brecht, Kant et aussi Shakespeare, Dickens et Twist — sans oublier Khayyam !

Le premier numéro est sorti le 1er avril 2005. Aujourd’hui, au 1er juillet 2016, vous avez sa 136ème édition entre les mains.

Aujourd’hui la Turquie, le dernier des journaux publiés en langue française[2] depuis 1795 en Turquie, a pour objectif de développer les relations turco-françaises, qui subsistent depuis la coopération entre Soliman le Magnifique et François 1er en 1535, et ce sur une base d’équité et d’égalité. Nous souhaitons en outre que dans ce monde globalisé, ces deux pays se positionnent au meilleur niveau possible.

La Turquie est le sixième pays client de la France en dehors de l’Union européenne et de la Suisse, et le 10ème client dans le monde. La France est un investisseur significatif en Turquie, Renault y est la deuxième entreprise du pays, tandis que AXA y est le premier assureur.

Le volume des échanges entre l’Allemagne et la Turquie a atteint la somme de 34,8 milliards d’euros en 2015. Alors que le montant des exportations turques vers l’Allemagne s’élève à 13,4 milliards d’euros, les importations allemandes au sein du territoire anatolien atteignent 21,4 milliards d’euros.

Avec plus de 12,5 milliards de dollars depuis les années 1980, l’Allemagne est par ailleurs le plus grand investisseur étranger en Turquie. D’Istanbul à Pamukkale en passant par la côte égéenne, ce pays est aussi une destination phare pour les touristes allemands. C’est plus de cinq millions d’entre eux qui ont opté pour la Turquie en 2015, ce qui les place en première position du classement des visiteurs au sein du territoire.

La Turquie est ainsi un partenaire majeur de la France et de l’Allemagne dans tous les domaines, qu’ils soient culturels, politiques ou encore économiques.

La vie d’ALT peut être comparée au voyage romantique d’un bateau qui avance vers des mers inconnues.

Nous avons rencontré beaucoup de monde dans les ports où nous avons fait escale lors de ce voyage. Le but de celui-ci était d’ailleurs de découvrir des mondes différents, connaître et faire connaître les institutions majeures et les hommes qui en ont été les symboles.

A l’occasion de ce 136ème numéro, soit un an avant la publication du livre « 150 Une d’Aujourd’hui la Turquie » qui constituera un tournant dans la vie de notre publication, il est temps de faire une évaluation générale.

La plupart des pays d’Europe et de Méditerranée, pour ne pas dire le monde, traverse une crise politique, économique et sociale. Il semble ainsi que ce début de XXIème siècle sera malheureusement évoqué dans l’histoire de l’Humanité comme une période de crise globale et permanente.

Bien que l’avènement d’un nouvel ordre mondial, le multi-polarisme et les printemps arabes aient pu dans une certaine mesure éviter des guerres multinationales, certains conflits régionaux se poursuivent bel et bien à différents endroits de la planète, notamment en Syrie et en Afghanistan.

Alors que nous ne parvenons pas à savoir si c’est la guerre qui provoque la crise économique et sociale ou l’inverse, le monde se voit aujourd’hui divisé en deux camps réunis autour de deux religions et cultures principales.

La Philosophie de la Civilisation

Dans un de mes livres[1], j’ai écrit un chapitre intitulé « La Philosophie de la Civilisation », dans lequel je me suis servi des idées d’Édgar Nahoum, que nous connaissons sous le nom d’Édgar Morin, et qui est l’un des sociologues et philosophes vivants les plus éminents du monde.

Ce philosophe met au premier plan la coopération mondiale et son état d’âme, lors de la construction de la vérité. Selon lui, « le véritable universalisme est celui qui respecte les diversités : son trésor, c’est la diversité, mais le trésor des diversités, c’est l’unité ; c’est ça qui est oublié »[2]. En s’éloignant de la réflexion intégrale et en se laissant happer par l’expertise du détail, la pensée et la culture européenne sont tombées dans le piège du libéralisme et sont devenues commerciales. Ce faisant, elles ont perdu leur esprit humaniste.

Dans un de ses derniers livres[3], il explique très justement que « la politique est un art ; si nombreuses que soient les connaissances sur lesquelles elle s’appuie, elle demeure un art, non seulement par les qualités inventives et créatrices qu’elle exige, mais aussi par sa capacité à affronter l’écologie de l’action. Saint Just en a révélé les difficultés, qui a dit : ‘Tous les arts ont produit leurs merveilles ; seul l’art de gouverner n’a produit que des monstres.’ L’art politique comporte inévitablement un pari, donc le risque d’erreur.

L’art politique est donc contraint de naviguer entre realpolitik  et ideal politik. Il doit donc être en auto-examen et en autocritique permanents »[4].

A travers mes écrits, je donnerai une place plus importante aux idées de ce grand philosophe français contemporain. Aujourd’hui, je souhaite avant tout le saluer.

La Turquie essaie de rester en dehors de cette division culturelle et religieuse et adopte une politique de tolérance et de conciliation entre ces deux mondes.

Certes, nous ne sommes pas dans une roseraie sans épine. Parallèlement à la crise économique et sociale, les révoltes qui se déroulent à proximité ou à des milliers de kilomètres de nous ont des effets multidimensionnels sur le pays et elles sont surtout la cause d’une transformation de la structure sociale.

Prendre des notes pour l’histoire

Aujourd’hui la Turquie se positionne désormais comme étant le journal de référence et une source d’informations pertinentes pour les experts de la Turquie, du Moyen-Orient et pour ceux des pays de l’Union européenne. Nos rédacteurs donnent leur point de vue à différents journaux, aux chaînes de télévision, à des sites internet et à des organisations sur divers sujets, et plus particulièrement sur les relations franco-turques.

Aujourd’hui la Turquie aspire à être au devant de la scène pour jouer un rôle positif et influant dans les relations franco-turques, les relations de la Turquie avec les pays actifs de la région et du reste du monde encore de nombreuses années, en suivant la voie moderne crée par le fondateur de la République de Turquie – Mustafa Kemal Atatürk – et en soutenant la candidature de la Turquie à l’Union européenne, dans la paix et l’amitié.

Aujourd’hui la Turquie – qui s’efforce à sa manière d’assurer la paix dans la région et dans le monde – sera toujours présent aux côtés des pays qui montrent de réels efforts dans le but d’intensifier les relations commerciales et culturelles des sociétés civiles, et soutiendra toujours les démarches de ces personnes.

Dr. Hüseyin Latif

Directeur de la publication

[1] Depuis 2012 le monde n’a pas beaucoup changé. Même quatre ans après, notre éditorial du 1er janvier 2012 n’a pas perdu son sens. C’est pourquoi, nous publions aujourd’hui sa version actualisée..

[2] Certains des 400 journaux en français publiés sur les territoires turcs : Bulletin des Nouvelles (1795), Gazette française de Constantinople (1796), Smyrnéen (1924), Le spectateur Oriental (1824), Moniteur Ottoman (1831), Le Courrier d’Orient (1861-1876), Stamboul (1875-1934), Jeune turc (1909-1915), Le Journal de Constantinople (1839-1866) et la Turquie (1866-1895), Levant Herald (1856-1914), Levant Times (1868-1874) et Oriental Adviser (1882-1920).

[3] Hüseyin Latif, Küreselleşen Dünya ve Değişen Türkiye, Bizimavrupa, İstanbul, 2011.

[4] Libération, 27 novembre 2009.

[5] Edgar Morin, La Voie, Pour l’avenir de l’humanité, Fayard, Paris, 2011.

[6] Idem, p. 45.

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