Culture, Découverte, International, Politique, Société

Aujourd’hui la vérité

 Avant tout, je voudrais saluer la parution du 150e numéro d’Aujourd’hui la Turquie, un fait assez rare et spectaculaire dans la presse turque. Il est vrai qu’un journal en langue étrangère publié en Turquie est malheureusement assez éphémère et par conséquent, le résultat est plus que remarquable.  

Personnellement, j’éprouve un grand plaisir et je suis honoré de faire partie de cette équipe qui travaille minutieusement et avec passion sous la compétente et persévérante direction de M. Hüseyin Latif et de Mme Mireille Sadège. Sans leur travail, ce 150e numéro n’aurait jamais vu le jour.

Toutefois, les efforts et les sacrifices d’un seul journal ne peuvent contrer entièrement les réalités et les préjugés existants des deux côtés, surtout dans les milieux les moins cultivés.

Le racisme et l’islamophobie sont deux mamelles qui nourrissent un esprit anti-turc dans la société française et sabotent des siècles de compréhension et de coopération issues d’une realpolitik des dirigeants des deux pays. Je ne veux pas revenir sur l’époque de François I ou, plus récemment, sur les idées des Lumières et des philosophes français qui ont inspiré les Jeunes Turcs.

Bien sûr, certaines politiques françaises et le discours de certains politiciens de l’Hexagone ont suscité le mécontentement de la population turque vis-à-vis de la France, un pays qui était jusqu’alors un exemple culturel, mais aussi de savoir-vivre et de raffinement.

Si nous désirons y remédier, il est nécessaire d’accepter qu’un malaise persiste. Nous ne pourrons plus gagner du temps en louant les excellentes relations turco-françaises existant depuis la nuit des temps ou en vantant les économies complémentaires et une coopération accrue qui serait bénéfique aux deux parties. Les opinions publiques des deux pays ne jurent que par les médias de masse, les réseaux sociaux et les actes des politiciens.

Nous ne pouvons évidemment qu’influencer de façon limitée les faits et gestes des politiciens, mais nous pouvons faire pression sur les cercles culturels et artistiques des deux parties, surtout sur ceux qui entretiennent des relations réciproques. Il est grand temps que les lycées français en Turquie fassent des efforts pour une reconnaissance de la culture française par le biais d’importantes rencontres, tout en diffusant leurs activités dans les organes turcs. Il faut davantage inviter des célébrités françaises pour qu’elles exercent leurs arts devant une grande audience. Il faut accepter que, malgré tout, le peuple turc n’ait pas une vision négative des Français, mais une antipathie pour certains politiciens français qui ont tout de même négligé – si j’ose dire – le jargon diplomatique dans leurs discours envers la Turquie.

Par contre, les préjugés français à l’égard des Turcs sont plus profonds, souvent influencés par la presse française, mais aussi – et c’est aussi une autre vérité – par la résistance de la diaspora turque d’Europe à s’intégrer aux sociétés dans lesquelles elle vit.

Pour une solution rapide, je souhaiterais que des feuilletons turcs soient diffusés en France pour donner une vision plus réaliste de la Turquie contemporaine et pour créer une sorte d’empathie entre les deux peuples méditerranéens qui ne sont finalement pas si différents.

D’autre part, il faut traduire davantage de livres turcs en français. En 2013, plus de 60 % des publications étrangères en France étaient traduites de l’anglais. 1 % des publications étaient à l’origine en langues russe, néerlandaise et arabe. Mais, on n’y retrouvait pas le turc… La littérature est un élément incontournable pour rapprocher les peuples, car elle permet une compréhension réciproque. Nous devons nous efforcer, en tant qu’amis de la Turquie et de la France, à diffuser le plus grand nombre de livres turcs en France.

C’est à l’élite culturelle et intellectuelle des deux pays que revient le devoir de changer la donne. Ni les politiciens ni les instances officielles – et ce malgré leurs bonnes volontés – ne pourront faire évoluer les choses.

Par conséquent, nous devons tous soutenir les efforts et la passion d’Aujourd’hui la Turquie

Eren Paykal

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