International, Politique

Autriche : Le pouvoir glisse entre les doigts de l’extrême droite

Hier soir, alors que le second tour des présidentielles autrichiennes battait son plein, l’Europe entière retenait son souffle. Et pour cause : opposant l’extrême droite et les Verts, c’est finalement le candidat indépendant Alexander Van der Bellen qui l’a emporté avec 30 000 voix après un décompte particulièrement serré. Récit d’une soirée électorale mouvementée.

Alexander Van der Bellen bei einer Wahlkampfveranstaltung der Grünen am 11. September 2008 in Sankt Pölten.

Hofer à un cheveu de la présidence

Si les partis d’extrême droite gagnent en popularité du côté du Vieux continent [avec le NPD allemand, le FN français ou le UKIP britannique], le FPÖ est le premier à se retrouver si près des portes du pouvoir

Bien que, par convention, la fonction présidentielle autrichienne soit davantage honorifique que décisionnelle, la Constitution confère toutefois au Président autrichien des prérogatives proches de celles de son homologue français.

C’est entre autres pour cette raison que l’inquiétude s’est emparée de l’Europe lorsque Norbert Hofer, candidat du parti d’extrême droite FPÖ, s’est retrouvé en tête du premier tour avec 35% des voix. Populaire dans les milieux ruraux, chez les hommes et avec les moins diplômés, Hofer a par ailleurs obtenu 86% des voix des ouvriers autrichiens. Pour sa part, Van der Bellen a pu bénéficer du soutien des jeunes et des seniors.

Son électorat ne lui a visiblement pas suffi puisque 31 026 voix lui manquait pour accéder au pouvoir. La course était tellement serrée qu’il a fallu un peu moins de 24 heures au ministère de l’Intérieur pour divulguer les résultats officiels et annoncer la victoire de Van der Bellen avec 50,3% des suffrages. C’est d’ailleurs le vote par correspondance de plus de 766 000 Autrichiens résidents à l’étranger, un taux de participation record, qui a permis de départager les candidats. En effet, 62% de ces bulletins se sont exprimés en faveur de l’actuel président âgé de 72 ans.

Pendant qu’une lutte féroce opposait les deux extrêmes du spectre politique, les partis traditionnaux, le SPÖ socialiste et l’ÖVP conservateur, ont été écartés dès le premier tour. Cette élection marque ainsi la fin du bipartisme autrichien, qui a vu les deux partis dominants s’échanger le pouvoir depuis 1945.

Pas tout à fait un Vert

Bien que la presse internationale ait largement relayé que la course à la présidence s’effectuait entre un candidat de l’extrême droite et un des Verts, il incombe de préciser que Van der Bellen s’est présenté à titre d’indépendant et que les Verts ont choisi de ne pas présenter de candidat [bien qu’il se soit empressé de soutenir la candidature de leur ancien président]. Sa couleur de campagne était d’ailleurs le jeune, et non le vert.

Fédéraliste défenseur des États-Unis d’Europe, Van der Bellen est un ancien professeur d’économie dont les grands-parents comme les parents étaient des réfugiés fuyant la Révolution bolchévique.

Il est également à noter que, selon un sondage du quotidien Die Press, ce n’est pas forcément le charisme ou les tendances écologistes du candidat qui ont permis son élection, mais bien la peur de voir l’extrême droite monter au pouvoir. En effet, 40% des répondants ont déclaré avoir voté pour Van der Bellen uniquement pour faire barrage à Hofer, qui a fait campagne sur le patriotisme autrichien, la crise migratoire, l’euroscepticisme et le pouvoir d’achat.

Réactions hexagonales

En France, les réactions n’ont pas tardé à fuser après l’annonce des résultats officiels. Si le Président de la République a tenu à « félicite[r] chaleureusement » Van der Bellen par voie de communiqué, le Premier ministre a pour sa part tweeté : « Soulagement de voir les Autrichiens rejeter le populisme et l’extrémisme. Chacun doit en tirer des leçons en Europe ».

Pour ce qui est du Front national, parti d’extrême droite français, la réaction était tout autre. Dans un communiqué du Parti de Marine Le Pen, on pouvait lire : « Assurément, cette performance historique annonce des succès futurs pour l’ensemble des mouvements patriotes, aussi bien en Autriche qu’ailleurs dans le monde. Un vent de liberté souffle sur l’Europe, face aux politiques toujours plus destructrices de l’Union européenne, que ce soit vis à vis de nos systèmes sociaux, de nos démocraties, de nos économies ou de nos identités nationales. »

Reste à savoir si ce vent de liberté permettra au FPÖ de maintenir son élan à l’occasion des élections législatives de 2018.

Yasmine Mehdi 

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