Société

Avenue Istiklal : un autre ancien magasin risque de disparaître

L’un des derniers magasins de « l’ancien Beyoğlu », qui possède une valeur historique irremplaçable, est sous la menace d’une fermeture forcée. Cette fois-ci, c’est la boutique de corset Kelebek Korse Mağazası qui est sur le point de déposer le bilan en vertu d’une loi adoptée en juillet dernier qui accorde aux propriétaires le droit de chasser sans raisons tout locataire présent depuis 10 ans.

-6

Tout commence en 1920 quand le grand-père d’Ilya Avramoğlu a commencé à fabriquer des corsets et à les vendre dans un magasin à Terkos (un passage commerçant aujourd’hui très connu). Puis, en 1936, ils ont déménagé sur la fameuse avenue Istiklal et, depuis cette date, sous le nom de Kelebek Korse Mağazası, ils vendent des corsets non seulement focalisés sur l’esthétique mais aussi sur la santé. L’ambiance du magasin et son décor nous ramènent tout droit dans les années 30. Aujourd’hui, la boutique est qualifiée de « site historique et gagne-pain » par M. Avramoğlu, qui a succédé à son père en raison des problèmes de santé dont souffrait ce dernier. İl affirme que ce magasin est le moyen de subsistance de neuf personnes de sa famille. Ilya Avramoğlu et sa femme sont juifs, respectivement karaïte et séfarade.

Le propriétaire du magasin est l’église Santa Maria. « Avant, il y avait un prêtre italien avec qui nous avions de bonnes relations. Après le décès de Père Claudio, les prêtres ont changé et on a commencé à avoir des problèmes concernant le loyer. Il y a eu plusieurs discutions avec eux à propos l’augmentation du loyer mais faute d’entente nos relations se sont dégradées. L’augmentation du loyer que je propose est très correcte mais profitant de la législation qui leur est favorable, ils nous ont adressé une mise en demeure, ils veulent me faire partir. », se désole M. Avramoğlu

Parallèlement à son recours devant la justice, Ilya Avramoğlu a décidé de se battre en exposant sur la vitrine de sa boutique des affiches sur lesquelles figurent des messages de résistance : « Nous attendons les soutiens pour ce magasin», « La loi autorisant l’évacuation des locataires après 10 ans, c’est la loi d’exécution de l’artisan. » ou encore « Non à la disparition d’une histoire de 80 ans ! ».

« Si ce magasin ferme, je n’ai pas de plan B. Sur l’avenue, les prix de location ne sont plus accessibles aux artisans comme nous alors je ne pourrai pas ouvrir d’autre magasin. Je n’ai pas beaucoup d’espoir quant à mon recours devant la justice. Bref, il ne me reste en tout et pour tout qu’un an », s’inquiète M. Avramoğlu qui ne fait pas non plus confiance aux instances de protection des sites historiques pour résoudre son problème. Il explique avoir déjà essayé de prendre contact avec les responsables mais n’a jamais obtenu de réponse.

En 2006, la municipalité de Beyoğlu avait livré plusieurs bâtiments historiques en pâture à des projets de construction, déclarant que le quartier était « la place du renouvellement ». Mais plusieurs affaires récentes, à l’instar du cinéma Emek, montrent qu’actuellement en Turquie, les valeurs historiques des constructions sont parfois éclipsées par des considérations économiques.

Yağmur Karadeniz

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *