International, Politique

Bachar al-Assad ou l’art de l’hypocrisie et de la calomnie

Alors que la famille de la journaliste américaine, Marie Colvin qui est morte dans un bombardement à Homs en 2012, a déposé une plainte le 9 juillet aux États-Unis contre le régime de Bachar al-Assad, ce dernier se défend en accusant la journaliste d’être la seule « responsable » de sa propre mort.

images (4)

Dans une interview diffusée jeudi 14 juillet, Bachar al-Assad n’a pas hésité une seconde avant de manquer de respect à la famille de Marie Colvin, d’entacher la mémoire de cette grande journaliste, mais aussi de dénigrer le travail de tous ces correspondants de guerre qui font preuve, chaque jour, d’un courage extrême pour effectuer leur métier dans les zones les plus dangereuses du monde afin d’informer le monde de ce qu’il s’y passe.

Une journaliste unique au destin tragique

La journaliste américaine d’à peine 56 ans était un exemple pour le monde journalistique.

Spécialiste du monde arabe, on la reconnaissait grâce à son cache-œil noir qui camouflait son œil gauche, perdu en 2001 alors qu’elle couvrait le conflit sri-lankais. Mais ce n’est pas un éclat d’obus qui allait avoir raison de son courage, de sa détermination et de l’amour qu’elle portait à son travail.

Dix ans après ce déplorable accident, elle repartait couvrir les « printemps arabes » en Tunisie, en Égypte et en Libye.

Pour ses reportages de qualité, elle a reçu de nombreuses distinctions dont le « prix du Courage en journalisme » par la Fondation internationale des femmes, le « prix Anna Politkovskaya » émis tous les ans par Reach All Women in War et décerné aux militantes des droits de l’homme, mais aussi le « prix du journaliste de l’année » de l’Association des journalistes de la presse étrangère.

Dans la continuité de ses reportages au Maghreb, elle fut ensuite envoyée par le journal britannique, le Sunday Times, vers sa dernière destination : la Syrie qui à son tour voyait le peuple se révolter contre le régime de Bachar al-Assad qui, quant à lui, réprimait dans le sang ces mouvements.

Pour pouvoir couvrir ce dernier conflit, elle dut rentrer en Syrie clandestinement.

Elle mourra finalement le 22 février, à Homs, dans le quartier rebelle de Baba Amr, sous les bombardements des forces gouvernementales de sa maison transformée en centre de presse. Elle a péri sous les pilonnages du régime le même jour que le photographe français de seulement 28 ans, Rémi Ochlik, qui l’accompagnait.

Il aura fallu attendre cet épisode tragique, pour qu’en mai 2013, l’Institut international de la presse la nomme « World Press Freedom Hero »  avec une autre journaliste japonaise, Mika Yamamoto, morte elle aussi en Syrie.

Une famille en deuil qui réclame la justice 

La famille de la défunte journaliste a porté plainte contre le régime syrien ce samedi 9 juillet aux États-Unis. Les proches endeuillés accusent le régime d’avoir tué « délibérément et avec préméditation » Marie Colvin.

C’est devant un tribunal de Washington que la plainte a été déposée. S’appuyant sur des documents officiels interceptés et par le récit de transfuges, la plainte avance que l’armée syrienne avait été informée quant à la présence et aux activités de la journaliste du Sunday Times et avait été en mesure d’intercepter les communications de la reporter. Ils ont ensuite pu la localiser, notamment grâce à des informateurs, pour lancer l’assaut de façon ciblé.

Le document des plaignants stipule que l’armée syrienne a « délibérément lancé des salves de roquettes et de mortiers sur le centre de presse » avec des « tirs de plus en plus concentrés » qui ne laissèrent aucune chance à Marie Colvin et à Rémi Ochlik.

L’accusation vise de hauts responsables du régime syrien accusés d’avoir « surveillé, ciblé et enfin tué des journalistes afin de faire taire les médias locaux et internationaux et écraser la contestation politique ». Des proches du Président tel que son frère, le général Maher al-Assad, sont ciblés par la procédure.

Cette démarche juridique est d’une importance cruciale pour la liberté de la presse et la sécurité des journalistes. Comme l’a expliqué le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire : « cette procédure légale démontre que des actions sont possibles pour mettre  fin à l’impunité des responsables de crimes contre les journalistes […] RSF espère que ces efforts aideront à faire éclater la vérité à savoir  que ces journalistes ont été délibérément ciblés et tués parce qu’ils diffusaient des informations sur les crimes de l’armée syrienne contre les populations civiles ».

La réponse de Bachar al-Assad, entre hypocrisie, dissimulations et calomnies

Le 14 juillet, le Président syrien s’est exprimé devant les caméras de la chaine américaine NBC. Questionné sur les procédures lancées à l’encontre de son régime par la famille Colvin, celui-ci a rétorqué que la journaliste « était entrée illégalement en Syrie, elle a travaillé avec les terroristes – à savoir : les rebelles – […] elle est donc responsable de tout ce qu’il lui est arrivé ».

C’est avec le plus grand aplomb et sans le moindre scrupule ou cillement dans son regard que le Président a rejeté les accusations concernant le caractère délibéré et prémédité de l’opération qui a entrainé la mort de Marie Colvin et de Rémi Ochlik : « les forces armées ne savaient pas que Marie Colvin se trouvait quelque part ».

Ce dernier ajoute qu’il y a peu d’informations sur les évènements et que les preuves étaient tout bonnement inexistantes : « Personne ne sait si elle a été tuée par un missile, de quel type, et d’où il a pu être tiré […] Personne n’a aucune preuve. Ce sont juste des allégations ».

Il a fini en discréditant le travail effectué par les journalistes dans ce qu’il reste de son pays en présentant comme de simples hors-la-loi ces « centaines » de journalistes qui sont entrés « illégalement » en Syrie.

Finalement, rien de nouveau ou d’étonnant de la part d’un « homme » aux mains maculées de sang.

Camille Saulas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *