International, Politique

Les Balkans : du nouveau du côté de la Serbie

Le dimanche 2 avril 2017 aura vu la victoire dès le premier tour, avec plus de 55 % des suffrages, d’Aleksandar Vučić, du parti progressiste qui est une mouvance politique fondée en 2008 à la fois nationaliste conservatrice, mais aussi pro européenne. Cet homme politique qui était précédemment depuis le 27 avril 2014 chef du gouvernement est vu comme ayant un pouvoir personnel fort. Sans conteste, cette victoire marque la poursuite de sa progression vers un pouvoir plus renforcé. Cela en fait probablement le nouvel homme fort sur qui compter à Belgrade.Malgré un passé ultra nationaliste le rendant proche du leader Vojislav Šešelj fondateur du parti radical serbe, le SRS, Aleksandar Vučić depuis 2010 a recentré et modéré son discours politique ceci lui permettant d’être Premier ministre depuis 2014 et donc à présent chef de l’état serbe. Sa déclaration de victoire du dimanche 2 avril maintenait un discours pro-européen, mais souhaitant également ménager la Russie, le tout sur fond d’une position importante du point de vue intérieur, à savoir : la lutte anticorruption. En effet, on se souviendra au sujet de la Russie qu’en marge du mini-sommet européen de Versailles, début mars, que le retour de l’influence de Moscou dans les Balkans semblait manifestement inquiéter Bruxelles.

Si nous insistons dans cet article sur la situation politique en Serbie c’est parce que la position de ce nouvel homme fort a particulièrement séduit l’Occident notamment dans la position modérée qu’Aleksandar Vučić a eue face à la question du Kosovo qui reste un problème épineux dans le cadre de la candidature de la Serbie à son intégration dans l’UE et plus encore lors de la crise migratoire des années 2015-2016 alors que la fameuse « route des Balkans » devait causer tant de problèmes dans le Sud-Est européen, mais aussi en Europe centrale.

Le nouveau président serbe semble donc être voué à devenir un point d’équilibre qui pourrait bien jouer un rôle important dans la stabilisation de l’Ex-Yougoslavie, appelée aujourd’hui « Balkans de l’Ouest » après, rappelons-le, la terrible guerre de dissolution qui de 1991 à 2001 devait faire plus de 300 000 morts, militaires et civils confondus. À ce titre, rappelons que la guerre d’Espagne, entre 1936 et 1939, avait fait entre 450 et 500 000 morts.

Cet équilibre pourrait permettre une résolution de la situation bloquée avec le Kosovo. En effet, cette ancienne province de la Serbie, à majorité peuplée d’Albanais (plus de 90 %), s’est auto proclamée indépendante en février 2008, et a été reconnue par quelques États comme les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni (114 États en tout) ; alors que la Russie et la Chine, soutenant la Serbie, considéraient celle-ci comme illégale (avec 35 autres États), et ce même si depuis le 10 septembre 2012 les efforts diplomatiques ont fait que la pleine souveraineté de cet État était, en principe, acquise.

Une résolution de ce problème pourrait sans doute provoquer un déblocage de la situation dans la région et surtout ouvrir la voie – pourquoi pas – à une stabilisation de la question des minorités albanaise dans toute l’ex-Yougoslavie puisque, comme nous le savons, ceci concerne aussi la République de Skopje, à savoir la Macédoine (FYROM).

En effet, la conjonction d’un président d’équilibre et de consensus à Belgrade, allié à la politique réformatrice efficace du Premier ministre Albanais Edi Rama au pouvoir depuis 2013, pourrait bien trouver là une issue intéressante. L’avenir le dira, d’autant plus que la série de récentes manifestations à Belgrade qui ont suivi l’élection d’Aleksandar Vučic temporise quelque peu les choses et que celui-ci devra sans doute s’affirmer à son poste acquis dès le premier tour. Sans aucun doute, tout ceci fait donc de lui, dans la suite de son mandat de chef de gouvernement, un nouveau personnage politique sur lequel il faudra compter pour la poursuite de la stabilisation d’une région traditionnellement fragile et sujette à de fréquents regains de tensions. Le nouveau chef d’État aura en tout cas pour principal défi de démentir les rumeurs de pouvoir autoritaire personnel, voire de dictature, que dénonce la série de manifestations encore en cours à Belgrade dans le courant de ce mois d’avril.

Dr Olivier Buirette

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