Economie, Société

Bebemoss : l’entreprise sociale qui aide les femmes en Turquie

Bebemoss est une entreprise sociale qui emploie une centaine de femmes dans le besoin en Turquie. Cette entreprise fabrique différents jouets et vêtements pour enfants quelle exporte partout dans le monde. Récemment, une nouvelle ligne de masques réutilisables a été créée afin de répondre à la crise sanitaire de la Covid-19. 

Izabela Ersahin commence par nous raconter son histoire pour expliquer la mise en place de son entreprise. Elle était enceinte de son second enfant lorsque la grossesse a pris un tout autre tournant : alitée pendant presque sept mois, ses journées sont devenues longues et difficiles. Afin de s’occuper et de garder le cap, elle s’est mise à tricoter différents vêtements pour son enfant qui allait naître. Son avantage est qu’elle travaillait à l’origine dans le milieu de la mode, pour l’entreprise Yves Saint-Laurent

Lorsque son enfant est né, elle s’est retrouvée avec beaucoup de vêtements, et elle ne savait plus quoi en faire. Son mari lui propose alors de les vendre. Elle poste quelques-unes de ses créations sur la plateforme en ligne « Eti ». Ses créations font fureur. Elle décide donc de vendre en gros sur la plateforme. Pour cela, il lui faut ouvrir une entreprise et embaucher une associée. Dès lors, elle poste une annonce d’embauche et reçoit plus de 2 000 réponses en un bref laps de temps. Les femmes s’identifient à elle : « Moi je suis comme vous, jai envie de travailler, je nai pas la possibilité de travailler ailleurs, jai besoin dargent ». Pour Izabela, c’est un moment de « révélation ». Elle ne s’attendait pas à un tel « engouement » et elle réalise à cet instant précis le besoin de la société turque : « Les femmes sont très souvent exclues du marché du travail », nous confie-t-elle. Elles ne représentent en effet qu’un tiers de la population active, selon le magazine Madame Figaro

En 2012, Izabela décide donc de créer une entreprise sociale qui permet aux femmes de travailler avec des horaires flexibles et depuis chez elles lorsqu’elles ne peuvent pas se déplacer sur le lieu de travail. Sur place, elles ont accès à une aire de jeux pour enfants. Les employées sont payées à la pièce. Cela peut être précaire, c’est pour cela qu’Izabela fait attention à ne pas employer en surnombre et les laisse décider du nombre de créations qu’elles désirent effectuer durant la journée. Cela peut causer des pertes en raison des fluctuations de stocks, mais Izabela estime que c’est le prix à payer pour que les employées de son entreprise vivent de manière décente. Bebemoss va d’ailleurs bientôt obtenir la certification de la « World Factory Organization » (« l’organisation du marché équitable »en français), et a d’ores et déjà la certification de l’UNHCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés). Souriante et passionnée, Izabela nous affirme qu’elle aime se décrire comme une « entrepreneure sociale accidentelle » : « La mission sociale sest imposée delle-même et elle est devenue le cœur de la société ». Ce concept d’« entreprise sociale » n’existe pas dans la loi turque et elle se bat pour qu’il se démocratise. Actuellement, une centaine de femmes travaillent avec elle dans l’entreprise. Il s’agissait initialement de femmes turques, mais depuis que la guerre en Syrie a éclaté et qu’il y a d’importants mouvements migratoires de Syriens vers la Turquie, elle a décidé d’intégrer les Syriennes dans son entreprise. Pour elle, ce changement au sein de la société a créé une atmosphère « magique ». Elle nous explique qu’en général, les deux communautés – turque et syrienne – ne se mélangent pas. Izabela nous dessine les contours de l’ambiance chez Bebemoss : « Même si les femmes ne parlent pas la même langue, elles sont assises ensemble, elles vont tricoter, elles vont se regarder lune lautre, regarder ce que fait la voisine. Une espèce de lien se crée entre elles. Alors la barrière de la langue nexiste plus, la barrière culturelle non plus ». « Une fois que toutes ces barrières-là tombent, on se retrouve ; un groupe de mamans, un groupe denfants, tous réunis, en train de produire des produits artisanaux et de gagner notre vie », ajoute-t-elle.

Bebemoss vend uniquement aux États-Unis, mais Izabela nous explique qu’elle a également un nouveau partenariat avec la marque israélienne Ayota. L’excitation la gagne lorsqu’elle nous explique ceci, car, pour elle, ce sont beaucoup de « contradictions » qui « bousculent un petit peu les barrières, bousculent toutes les choses que les gens peuvent croire. ». Elle insiste sur la diversité au sein de l’entreprise : « Ce quon est, cest un groupe de mamans qui fait des produits de qualité à la main. En face de nous, nous avons des gens bien, quils soient Syriens, Iraniens, Israéliens, ou Kurdes, et même Français ! Cest tout ce qui compte, que ce soient des gens bien ! » Ayota est aussi une entreprise sociale qui, dans un premier temps, travaillait avec un groupe de femmes dans le désert. Mais cela ne suffisait pas à leur production, ils ont donc décidé de faire un partenariat avec Izabela et son entreprise Sector 7. Sector 7 est en fait l’entité turque de l’entreprise Bebemoss – entité basée aux États-Unis. La société Sectror 7participe à 90 % de la production d’Ayota.

En somme, l’entreprise Sector 7 fabrique des jouets et des objets de décoration au tricot, des vêtements ainsi que des masques en tissu « avec un trou afin de pouvoir y insérer un filtre » depuis le début de la crise sanitaire. Elle a déjà vendu plus de 10 000 masques depuis la création de la ligne. 

Bientôt, un documentaire qui retrace le parcours de l’entreprise et des femmes qui y travaillent sortira sur Netflix. En attendant, il est possible de les suivre sur leurs sites web : sector7.biz et bebemoss.com ainsi que sur les réseaux sociaux Instagram et Facebook.

Anaëlle Barthel

Crédit Photos : Aramis Kalay

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