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Bedri Baykam : « Le CHP doit se démocratiser au plus vite ! »

Intellectuel et polyglotte, artiste et peintre reconnu sur la scène internationale, écrivain, mais aussi politologue, Bedri Baykam prend souvent la parole dans les colonnes d’Aujourd’hui la Turquie, « un journal qui comble un grand vide », pour nous exposer ses idées tant sur l’art que sur la politique. Défenseur infatigable de la laïcité et de la démocratie en Turquie, parfois au péril de sa vie, Bedri Baykam déclare souvent quand il évoque son engagement politique : « je fais de la politique pour poursuivre librement ma profession. Il faut une Turquie libre pour les générations futures ». Alors que le Cumhuriyet Halk Partisi (CHP, Parti républicain du peuple) vient de tenir son congrès dans un climat de tensions, M. Baykam revient pour Aujourd’hui la Turquie sur les défis que rencontre actuellement le CHP ainsi que sur les tensions qui traversent le parti. Il expose également ses propositions de changement des statuts du parti social-démocrate pour démocratiser le CHP dans lequel il milite depuis son plus jeune âge. 

Quelle est la place du CHP en Turquie ?

Le CHP, par rapport à la démocratie turque, est incontestablement le parti le plus important du pays. Tout d’abord, il a été fondé par Mustafa Kemal Atatürk. De plus, c’est le CHP qui a apporté la démocratie en Turquie en 1946 et qui a prouvé que cette démocratie fonctionnait dans ce pays quand İsmet İnönü a perdu les élections de 1950 et a donné les pleins pouvoirs à Adnan Menderes et à Celâl Bayar (Parti Démocrate) qui, malheureusement, n’étaient pas du tout de vrais démocrates… 

Comment le parti a-t-il traversé les périodes qui ont suivi ? 

Le CHP est passé dans l’opposition et a averti le Parti Démocrate de ses dérives, ce qui n’a malheureusement servi à rien. À titre d’exemple, en avril 1960, le parti au pouvoir a formé au sein du Parlement une commission d’enquête composée de députés du Parti Démocrate. Celle-ci disposait de tous les pouvoirs nécessaires pour mener une enquête sur le CHP, elle pouvait décider de le fermer ou de punir, même par la mort, les députés du CHP. Nous assistions alors à la fin de la démocratie. İsmet İnönü a élevé la voix, sans succès. À cet égard, İsmet İnönü déclarait : « Même moi je ne pourrais pas vous sauver ». Finalement, il y a eu le coup d’État militaire du 27 mai 1960 qui fut pour les Turcs kémalistes une vraie révolution puisque cela a mis fin au règne du Parti Démocrate et a apporté, en 1961, une nouvelle constitution turque, exemplaire à l’échelle universelle. 

Le CHP avait dès lors devant lui, non plus le Parti Démocrate qui n’existait plus, mais le Parti de la justice (AP, Adalet Partisi) de Süleyman Demirel. Entre 1961 et 1965, nous avons eu une coalition entre Demirel et İnönü. Puis Demirel a conservé seul le pouvoir, le CHP ayant perdu les élections de 1965, car le parti n’a pas eu le temps d’expliquer à la Turquie rurale ce qu’était sa position illustrée par le concept de « la gauche du centre ». Ce positionnement a été perçu comme une inclinaison communiste, et Demirel a joué dessus avec son fameux slogan : « la gauche du centre c’est la route de Moscou ». Quoi qu’il en soit, en 1971 il y a eu un mémorandum de l’armée qui a provoqué la démission de Demirel. 

S’en sont suivi plusieurs émeutes politiques en Turquie après que Bülent Ecevit, avec le CHP, soit devenu Premier ministre entre 1974 et 1979. Finalement, en plus des émeutes et des mouvements de jeunesse d’extrême droite et d’extrême gauche, il y avait environ 40 meurtres par jour en Turquie dans les années 1979 et 1980. Le peuple n’en pouvait plus ! Et il y a eu un nouveau coup d’État militaire, celui du 12 septembre 1980.

Le général Evren, après avoir mené ce coup d’État militaire, a dévié de la démocratie. Il a fait fermer le CHP, le Parti de la justice, tous les syndicats et associations. Les manifestations furent interdites, et la censure était implacable. Il y a aussi eu des actes de tortures, des pendaisons… Par contre, le lendemain du coup d’État, le 13 septembre, le peuple turc était heureux, car les gens pouvaient de nouveau sortir dans la rue et voulaient vivre en paix ! Malheureusement, Evren n’a pas tenu ses promesses dans le sens que, au lieu de ramener la paix et la démocratie, il a retiré tout l’oxygène des réseaux démocratiques turcs. Par exemple, c’est sous sa présidence que le gouvernement a fait bruler les archives du CHP. C’était comme bruler l’histoire de la genèse de la République turque et incinérer l’héritage intellectuel et psychologique de la révolution d’Atatürk. La Turquie a donc énormément souffert jusqu’à l’établissement de la nouvelle constitution de 1982 qui laissait tout de même à désirer par rapport à la constitution exemplaire de 1961. 

Le CHP était alors complètement divisé. 

Après le coup d’État de 1980, la gauche était en effet très divisée, le CHP ayant été interdit avant qu’il soit refondé en 1992. Personnellement, j’étais rentré des États-Unis en 1987 et j’ai tout de suite constaté que l’Islam montait en flèche en Turquie et menaçait les fondements de la République. J’ai commencé à écrire des articles, à donner des conférences pour avertir le peuple. Je me suis même entretenu avec Baykal et İnönü à ce sujet. Baykal m’a répondu que j’étais paranoïaque, qu’il n’y avait aucun danger, qu’il allait « rassembler les gens qui vont en discothèque avec ceux qui vont à la mosquée ». Je lui ai répondu que je souhaitais qu’il ait raison même si je n’avais aucune idée de la façon dont il allait procéder. Pour moi, il fallait absolument que le CHP, qui représente le noyau fondateur de la démocratie turque, retrouve sa force des années 1970 en s’unissant. Selon moi, la gauche devait s’unir dans le CHP, le noyau du kémalisme.

En 1993, nous avons donc créé un mouvement, « l’opération populaire de fond », mais, sans surprise, nous n’avons pas réussi à rallier Bülent Ecevit et son parti DSP (Parti de la gauche démocratique). Il a continué à diviser la gauche alors qu’on savait qu’il fallait s’unir sinon le Refah Partisi (Parti du bien-être), l’ancien parti de Recep Tayyip Erdoğan, allait gagner les municipales dans les grandes villes puisque le centre gauche était divisé en trois et le centre droit était divisé en deux. On l’a sans cesse expliqué à ces leaders. Malheureusement, en 1994, comme on le prévoyait, l’extrême droite d’Erbakan a gagné les municipales et Recep Tayyip Erdoğan a remporté Istanbul. Murat Karavalcın, Deniz Baykal et Bülent Ecevit sont responsables de cette défaite ! S’ils nous avaient écoutés, Recep Tayyip Erdoğan n’aurait pas commencé son « épopée » politique en 1994. Il a finalement été soutenu indirectement par la gauche turque qui n’a pas su s’unir, qui a été incapable de choisir un candidat unique ou de se partager les villes pour ne pas se faire de la concurrence… C’est cette cuisante défaite qui nous a permis par la suite d’unir le SHP (Parti social-démocrate populaire de Murat Karavalcın) et le CHP. 

Le CHP a-t-il alors pu se reconstruire avec succès ? 

Malheureusement, la démocratie n’a jamais été le point fort des partis sociaux-démocrates en Turquie… C’est ce qui causera leur perte ! Le fait que Deniz Baykal soit devenu le Président général du CHP et qu’il n’ait jamais cessé de faire preuve d’autoritarisme en son sein a eu pour résultat que le parti ne s’est pas relevé. Au contraire, le CHP n’a pas dépassé la barre des 10 % aux élections législatives de 1999 et n’a donc pas pu rentrer au Parlement. C’était une humiliation pour le CHP alors que, la même année, Bülent Ecevit est devenu Premier ministre avec 22 % des voix. Et il y a eu cette union entre deux partis de droite jusqu’en 2002, soit jusqu’à ce que Devlet Bahçeli provoque les élections de 2002 où, à cause du système électoral turc en place depuis le coup d’État de 1980 qui impose le seuil des 10 %, le parti de Recep Tayyip Erdoğan, qui venait de se former, a remporté 2/3 des sièges au Parlement avec seulement 1/3 des voix ! Ce fut encore un choc pour le CHP, mais c’était le résultat inévitable de toutes ces divisions. 

Depuis que le Parti de la justice et du développement (AKP) est au pouvoir, le CHP lutte pour défendre la laïcité, la démocratie et les idées d’Atatürk que l’AKP a malheureusement essayé de dissoudre de façon continue… 

C’est donc la façon dont est dirigé le CHP qui explique ces défaites électorales. 

En effet. Dès 2003, j’ai d’ailleurs averti le parti. J’étais alors candidat à la présidence du CHP. L’argument phare de ma campagne était simple et a remporté un franc succès auprès des membres du CHP : le président du parti ne doit pas choisir les maires, les députés, les présidents du CHP dans chaque ville ou dans chaque communauté. Au contraire, ces derniers doivent être désignés par tous les membres du parti. Pourtant, ce n’est pas ce qui se passe depuis Baykal. Ce dernier et son bureau politique central ont commencé à choisir seuls les candidats du CHP aux différentes élections. On se retrouvait donc dans des situations où, par exemple, le candidat du CHP pour une circonscription d’Istanbul, choisi par Baykal, était un véritable inconnu aux yeux des électeurs. Ça ne pouvait pas fonctionner ! La logique est exactement la même pour les autres scrutins. 

Mais j’aimerais donner une autre illustration de cette gestion antidémocratique au sein du CHP. En 2003, quand Baykal a appris que j’étais candidat, soit deux mois avant l’assemblée générale du CHP, il a avancé l’assemblée générale d’un mois. Pire, comme j’avais réussi à collecter 10 % des signatures des délégués du CHP dans tout le pays, alors que je n’avais besoin que de 5 % ; les statuts du parti ont été changés pour que le nombre de signatures nécessaires s’élève à 20 %. C’était du jamais vu ! Non seulement ils ont changé la règle des 5 % en pleine course à la présidence du CHP, mais normalement, d’après les statuts du parti, le président doit être élu au bulletin secret. Or, depuis Baykal, tout a changé. En effet, dans le système qui perdure actuellement, chaque délégué ne peut donner sa signature qu’à un seul candidat et doit donner ouvertement son nom et sa signature. Donc, ces délégués, quand ils donnent leur signature ouverte, c’est comme s’ils donnaient leur voix. Ce n’est plus un scrutin secret ! De plus, malgré nos propositions en 2003 et 2010 de changer les statuts du CHP pour faire du parti une instance plus démocratique, Kemal Kılıçdaroğlu a décidé de perpétrer ce système injuste et inacceptable. 

J’en viens au point crucial. Puisque Kılıçdaroğlu a décidé de gérer le parti comme Baykal, le président du CHP détient dans ses mains tous les titres et pouvoirs qu’il distribue à ses fidèles, soit à ceux qui lui donnent leur signature, comme des morceaux de chocolat ou de loukoums…. Je ne cesse de dénoncer ceci, notamment dans les colonnes de Cumhuriyet, car c’est ce système qui explique qu’aucun autre candidat à la présidence du CHP n’a de chance d’être élu. Et c’est pour cette raison que Muharrem İnce pense à éventuellement quitter le parti. 

Mais, honnêtement, tout le monde craint le président du CHP même dans les organes de presse et les chaines de télévision de gauche. Je suis l’un des seuls à en parler ouvertement et à expliquer comment ce système implique un statu quo néfaste à la tête du CHP. C’est tout bonnement honteux, car non seulement Kılıçdaroğlu a pris tous les mauvais côtés de Baykal, à savoir un homme qui ne respecte pas les principes de démocratie interne du parti, mais en même temps il n’a pris aucune qualité de Baykal puisqu’il se montre incapable de taper du poing sur la table pour défendre la démocratie, la laïcité, la république, le kémalisme. La dernière illustration en date fut l’insulte faite envers Atatürk par Ali Erbaş, le responsable des affaires religieuses en Turquie (Diyanet), qui n’a provoqué aucune réaction de Kılıçdaroğlu pour des raisons purement électoralistes. Ce qu’il n’arrive pas à comprendre c’est que, à force de faire des entorses aux valeurs du CHP, les 3/4 des gens qui votent pour le CHP, soit les kémalistes convaincus, risquent de se détourner du parti.

Ceci explique-t-il le fait que Muharrem İnce désire lancer son parti ? 

C’est en effet là que İnce rentre dans le jeu. D’une part, il est conscient que Kılıçdaroğlu va continuer à l’écarter de la scène politique à l’aide du système de gouvernance au sein du CHP. Or, il sait que, lorsqu’il était candidat à la présidence de la République, il a réussi à mobiliser Istanbul et Ankara lors de grands meetings ! D’autre part, İnce observe le fait qu’une grande partie de l’électorat du CHP, qui est normalement très kémaliste, continue à voter pour le CHP tout en maugréant contre ce que fait Kılıçdaroğlu. Donc, selon İnce, créer le « Mouvement de la Patrie » ravira les mécontents du CHP qui ont été brusqués par les comportements antidémocratiques et antikémalistes de Kılıçdaroğlu et lui assurera un avenir politique puisqu’il se dit qu’il se peut qu’il obtienne davantage de voix que le CHP en étant le candidat de son propre parti notamment aux présidentielles. Reste à savoir s’il va réellement créer son parti ou non.

Est-ce une décision facile pour Muharrem İnce ?

Non. D’ailleurs, il a des doutes. Mais c’est très compréhensible, personne ne peut lui reprocher, car Muharrem İnce est dans le parti depuis qu’il a 15 ans. En comparaison, Kılıçdaroğlu n’est membre du CHP que depuis 15 ans ! Donc, pour İnce, fonder un autre parti, c’est comme quitter sa propre famille, renier ses racines… C’est un vrai déchirement. Néanmoins, il est conscient qu’il manque d’oxygène au sein du CHP et que quitter le CHP sera mieux pour lui, mais aussi pour le kémalisme.  

Désormais, İnce se retrouve dans la situation où il se demande s’il doit lutter dans le parti ou créer son propre parti, sachant que cette dernière option a un coût et est loin d’être une partie de plaisir.  

Y a-t-il une possibilité qu’il reste dans le CHP ? 

İnce resterait si, et seulement si, Kılıçdaroğlu acceptait enfin de changer les statuts du CHP afin que ce soit les membres du parti qui choisissent leur candidat à la présidence de la République, et non plus une seule personne et son bureau politique. Sans ce changement, les démissions pourraient se poursuivre. 

Si nous avions d’anciens présidents du CHP qui porteraient réellement la ligne démocrate et historique du CHP, il aurait été possible de convaincre Kılıçdaroğlu que tout le monde a le droit de faire de la politique dans le CHP, que la démocratie c’est convaincre les gens et que tout candidat du CHP pour une élection devrait être choisi par un « vote direct » de tous les membres du parti… Pourtant, il n’en est rien. Avec le système de Kılıçdaroğlu, il n’y a plus de place pour İnce et d’autres, dont moi. Il ne reste de la place que pour des personnes qui représentent tout sauf le noyau central du CHP que sont les kémalistes qui représentent les 3/4 des soutiens du CHP. C’est pourquoi İnce veut partir.

Pour que le CHP cesse de se diviser, il faut que Kılıçdaroğlu arrête avec ses fausses promesses d’un parti démocratisé. Il faut seulement qu’il change les statuts du parti ou au moins qu’il permette que le CHP choisisse son candidat à la présidence de la République au suffrage universel de tous les membres du parti à travers la Turquie. C’est ce que je demande depuis 2003, et que j’ai particulièrement martelé en 2010 avec les nouveaux statuts que nous avions préparé. Sans ce grand mouvement démocratique dans le parti qui permettra d’ouvrir celui-ci au grand public, le CHP restera divisé. Il restera privé du grand souffle du public et restera dans l’opposition. Le CHP doit se démocratiser au plus vite !

Muharrem İnce est-il bien entouré pour lancer ce nouveau parti ?

Je ne crois pas qu’il le soit. İnce est malheureusement quelqu’un qui jusqu’à aujourd’hui n’a pas réussi à nous montrer qu’il savait former autour de lui une équipe de première classe. Il aurait pu le faire très facilement avec tous les mécontents du CHP et les critiques de Kılıçdaroğlu qui sont tous des kémalistes convaincus et qui pourraient constituer une grande force politique par rapport à la Turquie intellectuelle et kémaliste. Pourtant, il y a quelque chose en İnce qui l’arrête. Par ailleurs, à l’époque où il voulait devenir président de la République, il avait autour de lui des personnes comme, à titre d’exemple, son ancien bras droit Tanju Özcan qui désormais n’est plus à ses côtés. Celui-ci est devenu le maire de Bolu et, en raison du système de gestion non démocratique du CHP quant au choix des candidats pour les élections, il n’avait d’autre choix que se détourner de İnce. 

İnce m’a également confié que, pour lancer son parti, il cherche 25 personnes qui œuvrent dans divers secteurs, mais qui n’ont jamais fait de politique… Je ne doute pas que ce seront des gens très bien, mais ils n’auront pas d’expérience politique et le public ne les connaitra pas. C’est un grand handicap, car la politique est une affaire d’expérience surtout quand il y a autant de turbulences politiques. D’ailleurs, qui sait si ces nouveaux noms pourront tenir le coup sur une scène politique aussi turbulente que celle que l’on connait ? Donc, pour vous dire la vérité, tout le monde sait qu’il a un grand ego (ce qui n’est pas forcément un problème dans le monde politique), mais je pense qu’il n’a pas assez confiance en lui pour ne pas craindre d’écouter des personnes qui ont un certain poids et une certaine renommée politique. 

Vous êtes proche de certains membres de l’aile gauche du CHP comme Ercan Karakaş. Pensent-ils comme vous? 

La plupart. Ils estiment que le parti a besoin d’un grand sursaut démocratique, ce qui commence par la modification des statuts du CHP. Sans ça, nous continuerons d’assister à cette stagnation à 25 % des voix lors des différents scrutins, et ce dans le meilleur des cas. 

Kılıçdaroğlu est-il encore en mesure de convaincre ? 

Loin de là malheureusement. Pour être convaincant, il faut montrer l’exemple ! Or, Kılıçdaroğlu n’arrête pas de critiquer l’AKP en disant que c’est une dictature dirigée par un seul homme, mais il fait la même chose dans le CHP. Il perd donc toute crédibilité en tant que démocrate juste et en tant que potentiel leader pour la Turquie. Il y a dix jours, au lieu de s’excuser quant à la candidature d’Ekmeleddin İhsanoğlu (que personne ne connaissait et ne soutenait) contre Recep Tayyip Erdoğan en 2014, il a maintenu et justifié sa position quant à ce choix en déclarant que c’était nous au sein du CHP qui n’avions rien compris « de ce grand homme si important pour la Turquie ». C’était ridicule à écouter. Par la suite, il a osé demander pourquoi les sociaux-démocrates et les kémalistes « ont si peur de Abdullah Gül ? » Quand je l’ai entendu, j’ai eu honte. Il a été incapable de se remettre en question depuis cette époque. C’est pourquoi avec divers groupes mécontents du parti à travers le pays, nous travaillons avec acharnement pour réfléchir ensemble sur les faiblesses du CHP et je suis responsable de l’élaboration d’un nouveau statut pour le parti qui cette-fois sera signé en 2020. Notre but est de préparer un futur terrain sur lequel peuvent se développer de véritables valeurs démocrates pour la République turque qui célèbrera son centenaire en 2023.

Propos recueillis par Hüseyin Latif et Camille Saulas

1 Comment

  1. Muskan

    La République de Turquie fondée par Mustafa Kemal Atatürk repose sur des principes de laïcité où contrairement toute forme de gouvernement « se disant » s’appuyer sur la religion a été proscrit, exemple dans l’Empire Ottoman où le pouvoir ne parvenait plus à suivre de près toutes les sectes se proclamant la meilleure école d’éducation coranique, qui en fait n’étaient que les bouts de ficelles des groupuscules extérieurs pour ainsi ruiner la foi de tout un peuple en les conduisant dans des croyances totalement erronée, qui n’ont en effet aucun rapport avec ce que préconise la religion aujourd’hui qui a su retrouver toute sa splendeur notamment grâce au Ministère de la Religion qu’a fondé Atatürk. Il n’en est pas moins de ses conseils à la jeunesse turque de s’investir davantage dans la religion qui en fait selon lui donne toute la splendeur du caractère principal du peuple turque. Il insiste plusieurs fois dans son livre Nutuk dont bon nombre de personnes n’en voient aucune leçon à tirer puisqu’une sorte de croyance erronée sur son compte a mené une certaines partie de la population éloignée de la religion que cette dernière ne peut être par-dessus les principes qu’auraient pointé du doigt cet homme considéré parfois comme un dieu. C’est ainsi que des personnes de mauvaises foi font figure notamment dans la scène politique en se servant de son nom comme jadis se servaient les prêtres corrompus de leur croix pour se donner une image intouchable voire représentante du pouvoir divin. Si on recherche ne serait-ce un peu le vivre de ces personnes faisant d’Atatürk comme le dieu suprême des Turcs, on ne peut le qualifier de très orthodoxe en effet. Ceci a conduit le pays depuis la mort d’Atatürk à une dégradation dans tous les domaines, son bras droit le succédant avec des élections truquées n’ayant en aucun cas appliqué sa philosophie d’où sa démonstration qu’il était bel et bien un traître dont Atatürk se serait douté plus d’une fois. Ainsi c’est Inönü qui a ouvert les chemins vers la condamnation à mort de Menderes qui lui a voulu en faire de la Turquie un pays en plein essor économique comme au début du règne de Atatürk. Mais Inönü manifestant notamment une politique extérieure des plus trouillardes jamais vues dans l’histoire des Turcs a fermé toutes les voies du développement du pays et donné la clé de la République à une Armée fidèle aux consignes des Etats-Unis. Ainsi endettée par dessus la tête, les générations futures condamnées à des centaines d’années de remboursement de dettes envers le FMI, le vrai peuple en majorité plutôt religieuse a désormais ouvert l’oeil et élit un homme religieux qui jusqu’à aujourd’hui tourné en bourrique par ces Kémalistes (en référence aux personnes idolâtres de Atatürk sans savoir ce qu’il aurait en réalité consigné) du fait que religieux et diriger ne pouvait en faire un. On se servait alors des propos de Atatürk dans un contexte hors sujet pour parvenir à déjouer l’opinion des religieux au moment des élections.
    Ainsi à l’opposition, toute personne religieuse est vue comme anti-Atatürk alors qu’Erdogan a appliqué tout ce qu’Atatürk conseillait dans son livre que nul successeur de son parti se voulant prendre pour un deuxième Atatürk n’a songé de le faire car la foi qu’avait ce dernier n’est en fait sue par cette classe ayant goûté à tous les plaisirs du vivre à l’occidentale, une certaine forme de schizophrénie en effet ou un certain manque d’identité. Et ceci est en effet, le but de l’Occident pour ainsi déjouer tous les efforts d’un pays d’une très forte civilisation à se développer à sa manière et non à la dictate d’un Occident se prétendant démocratique. Atatürk a ordonné à ses proches de n’ouvrir qu’au bout de 50 ans sa lettre destinée au futur dirigeant qui mentionnait de revenir sous une forme de Califat à condition que les pays musulmans aient pu décrocher leur indépendance et soient d’accord que la Turquie soit à leur tête. Aussitôt lu par Kenan EVREN le putschiste totalement choqué, il a renoncé à ce que le peuple en prenne connaissance qui selon lui ne serait pas prêt vu les tournures prises après sa mort. En réalité, le régime basée sur la laïcité n’avait que pour but de dissuader l’Occident que la Turquie avait délaissé ses aspirations religieuses d’où cette dépression et cette image très paradoxale qu’on a voulu dégager d’elle pour ainsi la dépersonnaliser et lui faire oublier ses ambitions de devenir une nation concurrente dans le monde alors qu’elle était par-dessus les autres et enviée jusqu’au point de la ruiner avec la ligue de tous les Occidentaux, de la Russie mais aussi des pays traîtres comme le Yémen et l’Arabie Saoudite où les Ottomans ne s’y attendaient. Aujourd’hui on essaie de l’extérieur par tous les moyens à créer une mentalité corrompue pour trahir le passé glorieux d’une très grande civilisation.

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