International, Politique

Bernard Henry Lévy, philosophe ou homme politique?

bhl - Pierre metivier

Bernard Henri Levy
© Pierre Metivier, flickr

Dimanche 2 mars Bernard Henry Lévy est retourné, tel un porte-parole de la France, sur la place Maïdan pour un deuxième discours tenu devant près de 200 000 personnes.

Souvenons-nous de l’exhortation à intervenir en Libye pour libérer le pays de la dictature de Khadafi. Un philosophe Français à la chemise blanche et déboutonnée, laissant apercevoir son torse, une véritable star des médias qui s’était improvisé, le temps d’une courte guerre, Général en chef des armées. Par ailleurs cet homme jouissait du prestige d’avoir, parmi les premiers, appelé au secours en Bosnie lors des massacres en 1992.
Le même homme s’était, par ailleurs, inventé une amitié avec le commandant Massoud en Afghanistan. Amitié issue d’une pseudo-rencontre en 1981 et d’une courte salutation en 1998.
Une fois le travail de purge en Libye finit qu’en est-il? BHL semble ne plus beaucoup se préoccuper de la situation d’un pays en proie aujourd’hui aux miliciens de tous bords, certains affiliés à Al Qaida au Maghreb Islamique.
Ses préoccupations se tournent maintenant vers un pays européen en proie à une violente crise.
En entrant sur son site internet une devise annonce cependant la couleur: « l’Art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre… »

BHL, figure médiatique avant tout

En effet, le vocabulaire guerrier est très développé chez celui qui est présent sur, presque, tous les fronts.
De par le poids considérable dont il pèse aujourd’hui sur la classe politico-médiatique Française Bernard Henry-Lévy a été invité par Vitali Klitchko et Ioulia Timochenko à faire un discours devant 200 000 ukrainiens.
Tel une sorte d’émissaire officiel de la France auprès des peuples opprimés, celui qui a fait l’apologie de l’armée israélienne entrant dans Gaza appelle directement l’Europe a prendre des mesures face à Vladimir Poutine.
Selon le philosophe Turc Ahmet Söysal : « Quand un philosophe a pignon sur rue il est écouté. Il légitime auprès de l’opinion publique ».
Or, d’après lui, on ne peut pas embrasser d’un regard général tout ce qui se passe. L’exemple de Foucault se faisant porte-parole de Khomeiny est prit.
Il précise aussi : « Une fois qu’on est devenu une star en philosophie c’est que quelque chose ne va pas. Il y a de l’argent qui est investit comme dans des espèces de grands holdings fatalement liés à des groupes de pression, des hommes d’affaires. Et ces hommes d’affaires ne sont pas bêtes. Si vous dîtes quelque chose qui ne leur plaît pas vous n’êtes pas pris ».

De la prise de position en philosophie

Dans son discours de la place Maïdan, que l’on peut retrouver sur son site internet il proclame devant la foule de Kiev : « Vous vous êtes dressés devant Poutine et nous nous coucherions devant Poutine ? Cela n’est pas concevable. ».
Ahmet Söysal fait part de son regret face à l’attitude de BHL et indique ce qui devrait être, selon lui, le comportement de ses confrères face aux conflits et à la politique :
« C’est un peu triste que des philosophes comme Bernard-Henry Lévy agissent de la sorte. Ils pensent être des libres penseurs mais sont pris dans des événements qui les dépassent vraiment.
Il vaut mieux pour un philosophe de ne pas trop s’avancer sur « ceci est juste », « ceci n’est pas juste » en prenant parti très naïvement sur l’un ou l’autre camp.
L’argument de BHL est bien choisit cependant « car Vladimir Poutine est en train de faire ce que personne n’avait osé faire depuis des décennies, qui est d’envahir, en Europe, une nation. Et de tenter de l’amputer et de la dépecer. »
Selon l’ancien agrégé de philosophie « Quand Poutine sent une résistance des démocraties il cède ou il plie et en tout cas il recule ». La stratégie est donc bien d’amener l’Europe a faire pression sur l’État Russe. Bernard-Henry Lévy ose même une petite comparaison avec Hitler qui avait, au moment des jeux olympiques d’hiver, profité du fait que les Sudètes étaient germanophones pour envahir la Tchécoslovaquie.
Ahmet Söysal, quand à lui, pense que c’est une bonne chose de prendre position mais seulement en tant que simple citoyen. Le philosophe doit rester très vigilant. Ainsi, en tant que Turc, Söysal pourrait s’exprimer assez facilement sur l’état de la Turquie mais prendrait beaucoup plus de recul en ce qui concerne un pays étranger qu’il connaît à peine.
D’après lui « En vérité ce type de philosophe ne prend pas le recul, le temps de mesurer les conséquences de ses actes ».

Benjamin Baijot

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