International, Politique

Bertrand Buchwalter : « La plus grande force des Turcs reste leur foi en un avenir meilleur »

Pour mon premier éditorial de 2017, j’ai voulu revenir sur un sujet qui constitue l’un des axes fondamentaux d’Aujourd’hui la Turquie : les relations franco-turques. J’ai ainsi interrogé le Consul Général de France à Istanbul, Bertrand Buchwalter, en poste depuis septembre 2016. dsc_7846C’est un jeune et brillant diplomate qui parle couramment le turc et connait bien la Turquie ainsi que les enjeux des relations franco-turques. Récemment, lors d’un discours au Palais de France, il déclarait : « J’ai eu la chance de grandir en Turquie, cela laisse forcément une trace indélébile qui m’a accompagné partout où je suis allé ». Je l’ai rencontré dans son bureau, alors que 2016 était sur le point de s’achever, pour évoquer avec lui des moments marquants de cette année, mais aussi la Turquie et les relations franco-turques.

À quelques jours de la fin de l’année 2016, quels sont les événements qui vous ont le plus marqués ?

2016 a été une année très dense, et malheureusement une année qui a été marquée par de trop nombreuses tragédies. Je pense évidemment au drame qui se déroule aux frontières de la Turquie, en Syrie, qui a un impact considérable au-delà du territoire syrien, mais d’abord en Syrie avec une population martyrisée. Cela fait malheureusement plusieurs années que nous assistons à ce conflit sanglant, mais je crois que nous avons atteint des sommets d’horreur cette année. J’ai donc une pensée toute particulière pour la population civile, à Alep, mais aussi dans le reste de la Syrie.

Par ailleurs, l’année qui s’achève a été ponctuée par de multiples attentats, en France comme en Turquie.

Enfin, je ne peux omettre de mentionner le traumatisme que la Turquie a vécu dans la nuit du 15 au 16 juillet dernier avec cette tentative de coup d’État qui nous a surpris, car on pensait que ce genre d’évènements faisait partie du passé. Mais cette tentative putschiste a montré aussi la maturité démocratique du peuple turc ainsi que la force de ses institutions.

Et l’année 2016 pour l’Europe ?

En Europe, l’année 2016 a été marquée par la décision des Britanniques de quitter l’Union européenne (UE). Les Anglais ont beaucoup apporté au projet européen, nous ne pouvons que regretter cette décision. Mais l’enjeu pour l’UE est de se montrer plus forte et de ne pas se laisser dominer par les évènements. Elle doit prouver qu’elle est en mesure de s’adapter et de continuer tout en conservant les valeurs qui l’animent et la fondent. L’UE continuera à exister et à se renforcer.

Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de votre nomination au poste du Consul Général de France à Istanbul ?

Je dirais que c’est un rêve qui se réalisait, car je suis sentimentalement très lié à ce pays. J’y ai vécu lorsque j’étais enfant, puis adolescent, et j’y suis revenu faire mon service en coopération. C’était aussi le lieu de mon premier poste après mon entrée au ministère des Affaires étrangères. Donc, à chaque moment important de ma vie, je suis revenu en Turquie.

Vous connaissez la Turquie depuis longtemps. Qu’est-ce qui n’y a pas changé ?

dsc_7868Les Turcs n’ont pas changé. Leur générosité est toujours présente tout comme leur hospitalité et leur affection envers les enfants. Les Turcs sont toujours aussi fiers de leur pays et de leur histoire, et ils ont raison de l’être. La Turquie n’a donc pas changé, mais elle a évolué et s’est considérablement modernisée. Il suffit de voir Istanbul qui a pris une dimension incroyable dans tous les sens du terme. C’est devenu une véritable ville mondiale qui attire tous les talents, toutes les énergies. Istanbul est rempli d’énergies, que ce soit dans le domaine de la création, de l’art ou encore de l’entreprise comme l’illustre d’ailleurs l’essor économique du pays. La Turquie reste donc fidèle à elle-même, mais continue de se renouveler. C’est un pays qui regarde devant lui. Ceci s’explique notamment par cette foi qu’ont les Turcs en un avenir meilleur.  C’est la grande force de ce pays et de sa population.

Quels ont été vos projets une fois en poste ?

Je suis certes arrivé dans un pays que je connaissais, mais il fallait que j’aie un regard neuf. C’est dans cet esprit que j’ai pris mes fonctions au sein d’une équipe de qualité qui fonctionnait très bien grâce notamment au travail remarquable de ma prédecesseure, Muriel Domenach. Je m’intègre aussi dans un travail d’équipe conduit sous l’autorité de l’Ambassadeur Charles Fries aux côtés duquel je suis très heureux de travailler. Je suis par ailleurs très soucieux d’aller à la rencontre de tous les segments de la société et de continuer à organiser des évènements avec l’Ambassadeur, au Palais de France, afin de rassembler les gens et d’échanger. C’est dans ce cadre que nous avons récemment organisé une soirée pour les étudiants Erasmus. L’objectif de ce genre d’initiatives est de montrer que même si la période peut être difficile, les échanges continuent d’être très intenses notamment par l’intermédiaire des étudiants qui représentent l’avenir et dont il faut absolument se préoccuper.

Pensez-vous que la Turquie conservera son attrait sur le plan économique dans les années à venir ?

La Turquie est un État fort, stable, qui ne se laisse pas facilement désorienter. Il peut donc y avoir des périodes plus difficiles notamment en ce qui concerne l’économie du pays. Mais, le développement, la croissance, l’excellence de la main d’œuvre, l’effervescence culturelle, la capacité créatrice et plus généralement l’énergie de la Turquie vont perdurer et porter l’avenir du pays. Nous devons continuer à croire en la Turquie. C’est d’ailleurs l’opinion des entreprises qui connaissent l’environnement de ce pays et sont habituées à ces fluctuations. Elles sont conscientes du potentiel en Turquie, de tous les projets qu’il est possible d’y réaliser. Le 19 et 20 décembre, nous étions d’ailleurs avec l’Ambassadeur à Bursa où nous avons pu constater ce choix gagnant qu’ont fait beaucoup d’entreprises françaises, dont Renault, en s’implantant en Turquie. Il faut donc absolument que la Turquie continue d’envoyer ce message d’ouverture économique et politique aux investisseurs étrangers.

Quel accueil avez-vous reçu à votre arrivée à Istanbul ?

Un accueil fidèle à cette tradition d’hospitalité que cultivent les Turcs. Il est vrai que je parle turc, même si j’aimerais le perfectionner, ce qui s’avère être un véritable atout. D’ailleurs, même si je n’ai pas toujours aussi bien parlé le turc qu’aujourd’hui, j’ai toujours reçu autant de compliments pour faire l’effort de m’adresser aux gens dans leur langue maternelle. C’est très encourageant.

Comment voyez-vous la Turquie dans les années à venir ?

Je pense que la Turquie continuera à être portée par cette dynamique de changement et j’espère que cela se fera dans l’ouverture et le respect de chacun et des sensibilités de tous. La Turquie a une histoire très riche, belle et diverse, il faut qu’elle y reste fidèle.

Pensez-vous qu’il y ait suffisamment d’échanges culturels entre la France et la Turquie ?

dsc_7894Bien entendu, il pourrait y en avoir davantage, mais il y a eu toujours beaucoup d’échanges entre nos deux pays notamment avec beaucoup de peintres turcs qui sont passés par Paris. Les échanges sont aussi très nombreux dans le domaine de la littérature. N’oublions pas non plus les lycées francophones en Turquie, le milieu cinématographique avec par exemple la présence de cinéastes turcs qui ont beaucoup de succès en France notamment Nuri Bilge Ceylan. Il n’en reste pas moins que les rapports et la connaissance sont peut-être encore asymétriques puisque, selon moi, les Turcs connaissent mieux la France que les Français connaissent la Turquie. En revanche, il y a en France une curiosité et un intérêt grandissant pour la culture, la création, les auteurs et les artistes turcs.

Mireille Sadège,
Rédactrice en chef, Docteur en histoire des relations internationales

Photos : Aramis Kalay

9 Comments

  1. Guest Claude

    Très étonné de lire que le coup d’état à montré la maturité du peuple turc dont une partie est emprisonnée, torturée, Ce n’est pas un discours responsable mais une allégeance

    • de Goué

      ‘M’sieu le consul.Je « vas »quand même attendre avant d’y aller! Raton.

    • Alex

      Ouı

    • Pittaco

      C’est encore pire que ça.

  2. Un grand merci pour vos idees sur la turquie ..et sur les turcs …M le concul ..j aimerai bien prendre un cafee turc avec vous ..meilleur salutations

  3. aksunger

    mrs le consul bonjour actuellement je suis en attente de mon livret de famille depuis plus de 2 semaines actuellement ma femme et sans domicile et sans travail depuis le mois de mars j ai madame filiz qui s occupe de mon dossier malheureusement elle ne repond au mail quand ça lui convient le dernier mail que j ai reçu de ça part c est de me dire si vous continuer a m envoyez des mail je vous renvoi votre dossier a l adresse en france je pense que le citoyen français et dans c est droit et au téléphone c est la même chose il décroche jamais vus la situation difficile de ma femme en turquie pouvez slvp faire un geste pour que ca avance un peut plus vite financièrement ca devient tres compliquer de gérer des 2 côté merci mes sincères salutations distinguées

  4. Pittaco

    « Les Turcs n’ont pas changé. Leur générosité est toujours présente. » Vous avez gagné la prime de l’année sur les biens généreusement spoliés ?

  5. Pittaco

    Faites le point sur les spoliations.

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