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Bis repetita ! Le projet de construction compromettant le parc Gezi relancé

La décision prise récemment par le Conseil d’Etat va-t-elle remettre le feu aux poudres ? En déclarant nulle une précédente décision qui mettait fin aux projets immobiliers sur l’emplacement du parc Gezi, situé dans le centre d’Istanbul près de la place Taksim, le Conseil d’Etat vient de leur octroyer une seconde vie. Le début des travaux en mai 2013 avait alors rencontré l’opposition de militants écologistes et de riverains, attachés à cet espace vert au cœur de la mégapole turque, avant de muer en une contestation plus large de la politique gouvernementale. Le « mouvement du 28 mai » va-t-il refaire surface ?

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« N’y pensez même pas ! », titre le communiqué du collectif Solidarité Taksim, principal organe de coordination des manifestations des mois de mai et juin 2013, publié ce jeudi 16 juillet sur son site après l’annonce de la décision récente du Conseil d’Etat. Révélée par une enquête du quotidien d’opposition kémaliste Cumhuriyet mardi 14 juillet, la décision de la 6ème chambre du Conseil d’Etat d’autoriser à nouveau les projets d’aménagement du parc Gezi remonte en fait au 31 mars dernier. Invoquant la nécessité de conserver des marqueurs du patrimoine culturel turc, la plus haute cour administrative est revenue sur sa décision prise un an auparavant d’annuler les projets de piétonisation de la place Taksim et de construction de casernes ottomanes (Topçu Kışlası Projesi en turc) sur l’emplacement du parc Gezi. Ces casernes devaient d’ailleurs abriter un centre commercial.

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Initialement, les projets avaient été suspendus par un tribunal administratif d’Istanbul le 6 juin 2013, en plein cœur d’un large mouvement de contestation débuté à la fin du mois de mai. Des militants écologistes et des riverains entendaient empêcher la poursuite des travaux en s’asseyant dans le parc Gezi adjacent à la place Taksim, et en brandissant des pancartes vantant les bienfaits des espaces verts en milieu urbain. Les confrontations violentes qui s’en sont suivies avec les forces de police ont conduit de nombreux autres citoyens à se joindre au mouvement, et à se rassembler dans plusieurs autres villes du pays. Statuant sur l’appel interjeté le 29 avril 2014 par la municipalité d’Istanbul, le Conseil d’Etat avait alors confirmé les décrets d’annulations pris par le tribunal administratif.

Si la première étape de la piétonisation de Taksim avait abouti dès septembre 2013 avec l’ouverture du tunnel et de la plateforme de bus sous la place, les projets d’aménagement du centre d’Istanbul n’avaient donc pu être d’avantage approfondis jusque-là. Cette décision récente du Conseil d’Etat pourrait alors donner un nouveau souffle aux grands projets immobiliers prévus dans la ville, aux côtés de la construction d’un troisième aéroport, d’un troisième pont sur le Bosphore et d’un canal pour fluidifier le trafic maritime dans le détroit. Le président actuel Recep Tayyip Erdoğan, ancien maire d’Istanbul, tient à ces projets pour faire de la ville la vitrine de son pays. Incluant les projets d’aménagements du centre, il a ainsi rappelé le 13 juillet, à l’occasion d’une conférence de presse, que « toute négociation menée dans le cadre de la formation d’une nouvelle coalition gouvernementale qui viserait à suspendre les grands projets en Turquie me trouveront sur leur chemin ».

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Pourtant, de nombreux citoyens réagissant contre cette récente décision ont fait part de leur colère sur les réseaux sociaux autour du mot-clé « Nous ne vous laisserons pas détruire le parc Gezi » (#SanaGeziyiYıktırmayacağız). Le titre Cumhuriyet, auteur de la révélation de la décision de justice incriminée, met d’ailleurs en avant une possible manipulation de l’appareil judiciaire pour obtenir une décision favorable au parti au pouvoir. Un nombre important de magistrats aurait ainsi été nommé selon leur tendance politique, afin de produire la majorité requise pour faire pencher la balance lors des décisions prises par le Conseil d’Etat. Un tel remaniement des membres de la plus haute cour administrative, aurait été à l’œuvre dans le revirement récent sur les projets d’aménagement de Taksim et du parc Gezi.

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Le « mouvement du 28 mai » pourrait-il alors renaître pour s’opposer à de nouveaux travaux ? Pour l’heure, beaucoup d’anciens manifestants sont toujours englués dans la machine judiciaire pour obtenir des compensations et réclamer des sanctions contre des détentions prolongées et des actes de violence des forces de l’ordre. Récemment, une activiste franco-américaine a ainsi obtenu gain de cause. En revanche, 30 manifestants qui invoquaient des actes de torture viennent d’être déboutés par un tribunal d’Eskişehir. Les manifestations avaient fait 8 morts et près de 8 000 blessés.

Le « mouvement du 28 mai » n’a en fait pas disparu avec la fin des manifestations. Au contraire, il continue de surveiller l’actualité du pays (à l’image des communiqués publiés par le collectif Solidarité Taksim) et à structurer jusqu’à la composition du nouveau Parlement sorti des urnes le 7 juin dernier. Un comité d’experts a été missionné par le Conseil d’Etat au lendemain de sa décision du 31 mars pour analyser à nouveau les projets d’aménagement de la place Taksim et du parc Gezi. Il y a fort à parier que leur rapport sera minutieusement épluché par ces associations citoyennes et leurs représentants politiques.

Jean Lannes

1 Comment

  1. Je ne suis pas pro AKP.
    Dans votre article vous oubliez de dire que les émeutes (et non manifestations) ont couté à la Turquie la coquette somme de 140 millions de Lire soit 50 millions d’euros et ce après les émeutes en 2013. Les répercussions par la suite n’ont pas été calculés. 291 commerces et entreprises, 271 véhicules personnels, 116 véhicules de police et 41 ambulances ont été détruits. Sans compter les rues désossées de leurs pavés, les abris de bus, les panneaux routiers et j’en passe. In fine ce que vous appelez manifestations et dont vous occultez les répercussions financières et la violence sans précédent était une émeute qui pour un parc a couté énormément aux turcs. Surtout que la caserne en question existait à cet emplacement bien avant ce parc et il avait été rasé par un kémaliste dictateur Ismet Inönü qui voulait un jardin pour ses promenades perso d’où le nom Gezi = promenade.
    Sachez que les turcs en général ne veulent plus de ce parc symbole du kémalisme autoritaire et conservateur de la période dictatoriale et islamophobe. Que ce soit dit.
    Et sachez que les turcs n’ont jamais soutenus ces terroristes de rues qui utilisaient armes à feu, engins explosifs, cocktails molotofs, lance pierres et autres armes.

    Merci.

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