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La Bolivie souhaite ouvrir une ambassade en Turquie

Le 14 février dernier, la Turquie inaugurait son ambassade à La Paz, capitale de la Bolivie, et nommait son premier ambassadeur, Serap Özcoşkun. Lundi dernier, les autorités boliviennes ont exprimé leur souhait d’ouvrir une ambassade en Turquie.

En visite officielle en Turquie pour la cérémonie d’investiture du Président Erdoğan, à la suite de sa réélection le 24 juin, le ministre bolivien des Affaires étrangères, Fernando Huanacuni Mamani, a remis à son homologue turque, Mevlüt Çavuşoğlu, « une note officielle de demande d’ouverture d’une ambassade », selon des sources diplomatiques.

Mevlüt Çavuşoğlu, qui a gardé sa fonction dans le nouveau gouvernement d’Erdoğan, a assuré de son soutient tout au long du processus. Il a déclaré dans un tweet : « Nous sommes décidés à développer les relations Turquie-Bolivie dans tous les domaines. Nous avons ouvert notre ambassade à La Paz. Au cours de notre entretien avec mon homologue, Fernando Huanacuni Mamani, nous avons évalué les différentes pistes de coopérations. »

Le ministère des Affaires étrangères de Bolivie a expliqué dans un tweet que les deux ministres des Affaires étrangères ont coordonné la première réunion de la Commission économique mixte et reprendront le mécanisme des consultations politiques en septembre.

Avec l’ouverture de l’ambassade turque à La Paz, le pays totalise 14 représentations diplomatiques dans la région de l’Amérique latine et des caraïbes.

La présence de la Turquie en Amérique latine et dans les Caraïbes

Le site internet du ministère des Affaires étrangères de la République turque s’accorde à dire que la relation entre les deux pays «  est restée limitée jusqu’à présent en raison de la distance géographique et du nombre limité d’intérêts partagés ou conflictuels concernant les agendas régionaux et mondiaux des deux pays ».

Pourtant la Turquie est présente en Amérique latine depuis plusieurs années et ses intérêts y sont représentés dans plusieurs domaines. En témoigne son adhésion à l’Organisation des États américains (OEA) en tant que membre observateur, à la Communauté caribéenne (CARICOM), à l’Alliance du Pacifique, au Marché commun du Sud (MERCOSUR) et au Système d’intégration centraméricain (SICA).

La Turquie cultive son intérêt pour l’Amérique du Sud depuis 1998, date à laquelle elle a élaboré le Plan d’action pour l’Amérique latine. De plus, dans ce que l’on pourrait vulgairement appeler « une opération séduction », elle avait nommé l’année 2006 « Année de l’Amérique latine et des Caraïbes ». Après quoi, le sous-secrétariat turc au commerce extérieur avait mis en place une « Stratégie du développement commercial de la Turquie en direction des Amériques » dont six pays avaient été plus particulièrement ciblés : Argentine, Brésil, Chili, Cuba, Mexique et Venezuela. (source : Jean-Jacques Kourliansky, “ Amérique latine : nouvelle frontière des ambitions turques“, 2015)

En 2010, Recep Tayyip Erdoğan avait entamé sa tournée diplomatique au Brésil et au Chili en tant que Premier ministre, puis en tant que Président de la République en 2015 en Colombie, à Cuba, au Mexique et en 2016 au Chili, au Pérou et en Équateur. Suite à quoi, de nombreux accords avaient été signés dans différents domaines : économie, culture et surtout commerce. Cette région du monde permet à la Turquie de développer et diversifier ses partenaires commerciaux, en dehors des puissances européennes et américaines.

La Bolivie avait été laissée en marge de la tournée diplomatique d’Erdoğan ; entre les deux pays, une entente cordiale, mais timide – une consultation politique entre les deux ministères des Affaires étrangères, avec une première réunion le 5 mai 2000 et une seconde le 15 avril 2011 à Ankara, avait débouché sur la signature d’un accord de coopération économique et commerciale –  qui peut s’expliquer à cette époque par la politique « souverainiste » menée par le président Morales.

Les atouts de la Bolivie

Malgré les nombreux efforts du président turc, les échanges entre la Turquie et les pays de l’Amérique latine et des Caraïbes restent très faibles. Ils représentent environ 2% des exportations du pays et portent essentiellement sur l’équipement de transport et les matières premières ; secteurs fortement concurrencés par la Chine qui prévoit de s’y implanter davantage. Le 19 juin dernier, le président chinois, Xi Jinping, après la visite de son homologue bolivien, Juan Evo Morales Ayma, a déclaré vouloir développer une coopération dans le domaine des hydrocarbures et investir dans le secteur des infrastructures et de l’énergie en Bolivie.

Le sous-sol bolivien possède plusieurs atouts. Il détient les secondes réserves de gaz en Amérique du Sud, derrière le Venezuela, les premières réserves de lithium du monde et d’importantes ressources minières peu exploitées. Ce rapprochement diplomatique en vue d’un partenariat commercial permettrait à la Turquie de varier ses partenaires dans le domaine énergétique, dont elle est dépendante à près de 75%. Et surtout vis-vis de l’Iran dont l’avenir de l’accord nucléaire est encore incertain.

Enfin, et surtout, ce rapprochement diplomatique s’inscrit dans le projet 2023 du président qui souhaite développer des accords de libre-échange avec l’Amérique latine, avec pour objectif d’atteindre les 20 milliards de dollars dans cinq ans.

Marie Boyenval

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