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Bozkurt : entre paysages à foison, destination touristique et projet d’avenir

Une ville dynamique en bord de mer, où les villages côtoient les montagnes : Bozkurt. C’est une commune dont le territoire recouvre une superficie de 286 km2 au bord de la Mer noire, toute aussi singulière que la première. Aussi un district de la province de Kastamonu, cette commune compte plus de 8000 habitants, dont un tiers vit dans les villages qui lui sont rattachés. L’entretien avec Bozkurt Ekeş, maire de la ville depuis mars 2015, mais aussi les déplacements effectués dans le cadre de la journée sur le terrain par la rédaction, ont été intéressants à plusieurs titres. En plus d’illustrer une seconde fois la diversité des paysages propres à Kastamonu, la ville de Bozkurt évolue différemment. Ce faisant, le projet de l’université de Mimar Sinan s’y inscrit dans un cadre et une perspective autres.

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Bozkurt est une commune verte et montagnarde. Plus densément peuplée que certaines de ses voisines, elle regorge de panoramas variés, cela dans un cadre boisé. Les maisons valent également le détour, que ce soit pour leurs couleurs vives, leur emplacement parfois isolé ou encore, au détour de certaines rues, leur architecture riche et variée. Partout, des salons de thé et des restaurants permettent de prendre du bon temps dans la ville. Parfois sont visibles certains indices d’une autre époque. C’est notamment le cas avec l’ancienne église transformée en mosquée dans le village de Yakaören, ou encore avec le platane d’Orient âgé de 800 ans et toujours présent dans le village actuel de Beldeğirmeni. Ce dernier témoigne par ailleurs, lui aussi, de l’aspect forestier de la ville. Bozkurt, c’est la montagne au bord de la mer et la mer au bord de la montagne. A quelques minutes d’intervalle, il est possible d’avoir accès tant à la plage qu’aux hauteurs ; de passer de l’agitation – même si relative – de la ville, à l’isolement des villages.

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C’est d’ailleurs cette singularité qui en fait une destination de tourisme intérieur. Il y existe un hôtel, Konak Otel, à trois kilomètres du centre-ville. D’autant plus qu’au regard de l’environnement dans lequel prend place la commune, les températures locales n’y sont jamais pesantes. D’après Bozkurt Ekeş, maire de la ville, « le centre, où vivent 5500 personnes durant l’année, en accueille 25 000 lors de la saison estivale ». La plupart sont des gens originaires de la commune, mais que l’exode rural a contraint à construire leur vie ailleurs, souvent à Istanbul. Dans une certaine mesure, ce processus de retour estival évoque le parcours du maire qui, après avoir travaillé des années durant à Istanbul, s’est très récemment installé à Bozkurt, sa ville natale, afin d’y occuper ses fonctions et d’y porter son projet.

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Car à Bozkurt, en effet, le maire a une véritable ambition : l’éducation. Comment pourrions-nous imaginer un futur pour la ville, sans la jeunesse ni le savoir au cœur des priorités ? D’après Bozkurt Ekeş, un double objectif encadre cette vision éducative : « développer et créer ». Développer le potentiel et les perspectives d’avenir de la jeunesse locale, mais aussi créer un dynamisme et des structures permettant d’accueillir des individus de tous horizons. En plus des écoles, la ville souhaite aussi construire « un théâtre, un cinéma, des logements pour les étudiants, des lieux de socialisation… En somme, tout ce qui pourrait amener Bozkurt à être une ville étudiante accueillante et attractive ».

Le maire de Bozkurt souhaite ainsi développer le tourisme et faire de la commune un pole incontournable de la vie éducative. Dans ce cadre, il ambitionne une communication et une ouverture vers le reste de la Turquie. Deux raisons majeures permettent d’expliquer ces souhaits du maire de la ville.

Une désertification l’hiver, et des limites à l’économie locale

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 En dépit de la beauté, du ressourcement et de la tranquillité qu’offrent cette commune, il semble que ces atouts ne lui soient bénéfiques qu’à l’été venu. Comme le dit le maire, « Bozkurt, c’est la station estivale des stambouliotes ». En fait, la commune dispose déjà d’une attractivité touristique effective, comme en témoigne le quintuplement de sa population entre le mois de juin et celui de septembre. Mais elle manque en revanche d’infrastructures susceptibles de faire tourner son économie le reste de l’année.

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Cette commune dispose en effet d’une modeste superficie, de montagnes et de verdures en grand nombre qui, d’après Bozkurt Ekes, « rendent difficile l’implantation d’industries. Il s’agit ainsi d’une ville de services, à destination d’une population essentiellement retraitée. » S’il fait bon vivre à Bozkurt, la commune souffre de l’exode rural qui la frappe depuis plusieurs d’années, et l’engouement vacancier seul ne suffit pas à contrer ce fléau démographique et économique.

Car le départ en masse des populations est effectivement tout à la fois la source et la conséquence des difficultés économiques que connaît la ville. Si beaucoup s’en sont allés, c’est en raison du manque d’emploi. Aujourd’hui, ils contribuent à l’économie de Kastamonu et notamment de Bozkurt, en y créant par exemple des hôtels, mais la grande partie de ces projets se fait toujours en « lien étroit avec des entreprises d’Istanbul, où la majorité sont installés ». Ainsi, si une contribution à l’économie locale est observée depuis quelques années, elle demeure largement insuffisante.

Le cadre environnemental dans lequel se trouve Bozkurt constitue lui aussi une limite à l’économie locale puisqu’il ne permet que la mise en place de services, ou bien de petits commerces, mais pas d’entreprises de taille et d’importance commerciale assez conséquente pour créer de l’emploi tout en enrichissant la ville. Il y a de la chasse, bien sûr, favorisée par la grande variété d’animaux vivant dans la région, mais elle ne suffit pas à créer une économie structurelle. Il en va de même des fruits, bien que naturels et très juteux.

Si cette ville dispose d’atouts, elle se voit limitée dans leur exploitation. Pourtant, une des particularités de Bozkurt pourrait lui permettre de développer davantage son économie locale. Il s’agit de l’artisanat du bois.

Le fait-main local au cœur du projet de Mimar Sinan

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Depuis une quarantaine d’années, un commerce local s’est imposé comme l’un des piliers et des symboles de la ville. Il s’agit de la firme Bozkurt Ahşap, spécialisée dans le travail du bois. Elle utilise le bois local, le travaille manuellement et en fait des chaises et des tables uniques et de qualité. L’artisan à l’origine de ce projet est un amoureux du bois, qui se distingue depuis des années par la sobriété de son œuvre. Ce choix est volontaire, puisqu’il consiste en la mise en valeur du matériel simple et brut, à travers un travail minutieux et distingué. Il regrette d’ailleurs que son travail, qui se fait de plus en plus rare, et ses produits, travaillés des heures durant, « n’aient pas davantage de popularité en Turquie ».

C’est pour cette raison que l’université Mimar Sinan s’y intéresse. Ce projet poursuit ainsi plusieurs finalités. D’après la coordinatrice du projet, la professeur Zeynep Aygen, il reste encore à déterminer si des professeurs se rendront sur le terrain cet été afin d’en dessiner les pourtours. Mais s’il n’est pour le moment qu’une ébauche, il vise à mettre en valeur le savoir-faire local. Cela démontrera que la question du cadre environnemental boisé, frein à l’implantation industrielle, peut constituer un atout lorsqu’il s’agit d’exploiter le bois. Par ailleurs, en établissant un projet autour de l’activité et du procédé choisis par cette firme, l’université pourrait contribuer à sa façon à donner un gain de popularité à la ville, et par là développer son économie locale. Combiné à la volonté d’attirer à court et moyen terme les étudiants de toute la Turquie, le maire verrait ainsi ses aspirations pour la ville se concrétiser : une ville dynamique, développée et forte de spécificités reconnues. Il se dit d’ailleurs « ravi de la collaboration avec l’Université » et est « profondément convaincu que le résultat et les perspectives seront bénéfiques à la commune ».

Kiymet Altan

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