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Brésil : La consécration de l’extrême droite

Sans surprise, l’élection présidentielle du 28 octobre a été remportée par Jair Bolsonaro, un ancien militaire nostalgique de la dictature, avec 55,13 % des voix. Une défaite cinglante pour son adversaire, Fernando Haddad (44,87 %), mais aussi pour ceux qui croient encore en la démocratie dans le plus grand pays d’Amérique latine. 

Le résultat est sans appel, le géant de l’Amérique latine a basculé à l’extrême droite. À l’annonce de la victoire écrasante de Jair Bolsonaro, les rues de Sao Paulo, de Rio de Janeiro et de la majorité des autres grandes villes du pays se sont embrasées des cris de liesse et des feux d’artifice qu’on fait éclater les partisans du candidat d’extrême droite.

Dans un pays divisé, en pleine crise économique, ravagé par la violence et la corruption, le chantre de la dictature militaire (1964-1985) est apparu comme un homme providentiel à même de sortir le pays du marasme à partir de janvier alors qu’il prendra officiellement ses fonctions de président pour quatre ans.

L’homme de 63 ans a misé sur les peurs, sur les fractures de la société brésilienne, sur les polémiques et la provocation. Ainsi, sans même faire campagne depuis qu’il a été l’objet d’un attentat à l’arme blanche en septembre dernier, sa stratégie a été on ne peut plus payante.

C’est sur Facebook Live que Jair Bolsonaro a réagi à sa victoire qui permettra de « changer le Brésil » en continuant à pointer du doigt ceux qui sont, selon l’ancien parachutiste qui porte aux nues les généraux de la dictature militaire, la source de tous les problèmes du Brésil : « Nous ne pouvons plus continuer à flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme de gauche ».

Malgré sa promesse de « défendre la Constitution, la démocratie, la liberté », les doutes et les craintes sont légitimes. Soutenu par les puissantes Églises évangélistes, le successeur de Michel Temer n’a eu de cesse de s’attaquer aux institutions démocratiques du pays tout en dévoilant un visage misogyne, raciste et homophobe, mais en se positionnant en homme de poigne capable de ramener l’ordre en libéralisant le port d’armes.

Face à cet ancien député, l’opposition est en morceau. Fernando Haddad a reconnu amèrement sa défaite, conscient des erreurs de son parti. Victime de la crise de confiance à l’égard de la classe politique, le Parti des Travailleurs (PT, gauche), au pouvoir de 2003 à 2016, n’a pu convaincre face à Jair Bolsonaro qui a su tirer profit des scandales de corruption qui ont touché le PT pour se positionner en chantre de l’anticorruption en faisant oublier qu’il a lui-même été membre de partis on ne peut plus corrompus !

Trente ans après le retour à la démocratie, le Brésil a de nouveau basculé.

Camille Saulas

 

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