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Brexit : la désillusion anglo-saxonne face à la question des immigrés

Argument phare des campagnes pour le Brexit, l’immigration – notamment l’immigration européenne – est devenue un élément toxique ayant mené les votants vers un mirage.

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L’immigration en chiffres

L’Angleterre est aujourd’hui le cinquième pays accueillant le plus d’immigrés au monde avec près de 8,5 millions d’étrangers recensés en 2015, contre 3,7 millions en 1990 selon Les Echos. Parmi les communautés les plus implantées, on y retrouve les Indiens, les Polonais ou encore les Pakistanais. Notons par ailleurs que les immigrés nés dans l’Union européenne comptent pour près d’un tiers de la population étrangère totale du pays. Si l’an passé, le Premier ministre britannique David Cameron prévoyait accueillir 100 000 nouveaux arrivants, le résultat a été tout autre : 300 000 nouveaux-venus sont passés outre-Manche.

« L’usine à emplois » de l’Europe

Il faut toutefois rappeler que, si l’Angleterre a une population d’immigrés aussi importante, c’est aussi par choix, du moins presque. Défini par Cameron comme « l’usine à emplois de l’Europe », le pays en pleine croissance économique a ouvert ses frontières aux travailleurs européens, généralement formés chez eux, par manque de main d’oeuvre nationale. Selon l’Office for National Statistiques (ONS), les immigrés européens sont ceux qui occupent le plus le marché du travail anglo-saxon.

Sauf que ces immigrés se sont retrouvés au mauvais endroit, au mauvais moment. Les effets de la crise de 2008 se sont fait ressentir, avec eux les pressions sur les finances et les services publics. La crise du logement a commencé à frapper directement la population, et d’un tour de passe-passe le gouvernement a rejeté la faute sur les immigrés.

Force est de rappeler que, si 78% des immigrés européens sont actifs sur le marché du travail anglais, ils ne touchent en parrallèle que 2,2% des allocations chômage. Interrogé par France 2, le directeur de l’institut In Facts, Hugo Dixon, témoigne : « Les migrants européens qui viennent ici ont déjà été formés dans leur pays d’origine. Et la plupart du temps, ils ne sont pas très vieux, donc ils ne passent pas beaucoup de temps dans notre système de santé. Ils sont donc bons pour notre économie et pas chers pour nos finances publiques.”

« Il est temps pour vous de partir »

Mais cela n’a pas empêché les partisants du Brexit – dont le parti eurosceptique Ukip – de jouer sur la peur de l’étranger, en s’appuyant entre autres sur les « transformations du paysage » engendrées par les communautés étrangères, en donnant l’exemple des boutiques où les inscriptions sont en polonais ou en hindi. Les grandes villes sont devenues, post-référendum, le théâtre de troubles racistes et xénophobes. Comme le rapportent nos confrères de Slate, les communautés polonaises et musulmanes ont été victimes d’intimidations et de menaces afin de quitter le pays. Sayeeda Warsi, ancienne présidente du parti conservateur a même annoncé, lors d’une interpellation dans la rue : « Ecoutez, on a voté Leave, alors il est temps pour vous de partir ».

Ces agitations restent minoritaires mais marquent les esprits : un lourd sentiment de peur sévit par endroits, notamment pour ceux qui soutiennent la cause des réfugiés. Tous connaissent d’ailleurs le sort de la député travailliste Jo Cox. 

Si l’Angleterre en vient à restreindre la main d’oeuvre étrangère, cela aurait des impacts négatifs non négligeables, sans compter le bourbier financier dans lequel le pays s’est enfoncé suite au Brexit. Depuis plusieurs années, le gouvernement souhaite durcir la législation vis-à-vis des travailleurs étrangers, mais il semble actuellement en mauvaise posture : le Royaume-Uni n’est plus membre de l’UE, et certains politiciens français demandent à renégocier les accords du Touquet.

Depuis le 24 juin dernier, il se murmure que le gouvernement exigerait des citoyens européens un visa afin de régulariser leur situation. Il ne reste plus qu’à observer ce que feront les anglo-saxons, désormais indépendants, face à la question.

Chirine Riaz

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