International, Politique

Brexit : le mensonge et les promesses intenables des populistes anglais

Juin 2017, à la grande surprise générale, les Anglais annonçaient par référendum leur volonté de quitter l’Union européenne (UE). Ainsi, les partisans du Brexit (51,9%) avaient réussi à manipuler l’opinion publique en leur faisant croire que l’Angleterre pouvait du jour au lendemain quitter l’Union sans se soucier de ses engagements ni de ses dettes et financer le système de santé britannique par les sommes qu’elle versait à l’UE et mettre fin à l’immigration européenne.

Le vote pour le Brexit était composé d’un côté par les ultralibérales qui souhaitent transformer la Grande-Bretagne en un vaste paradis fiscal affranchi de toute réglementation et de l’autre par les populations défavorisées, victimes de l’ultralibéralisme à la britannique, qui ont cru que le retour du contrôle des frontières serait synonyme du retour de l’État protecteur face à Bruxelles qui leur imposait l’afflux de travailleurs de l’Europe de l’Est. Leur seul point commun était le « nationalisme anglais », que les brexiters ont exploité notamment autour du thème de l’immigration. 

Mais force est de constater que, deux ans après, aucun de ces problèmes n’est réglé. Comme le souligne Nicky Morgan, députée conservatrice pro-européenne, le « Brexit a semé une discorde dans le pays comme aucun autre sujet ne l’a fait depuis 1945 ». Ainsi, le traitement des maux de la société britannique, tels que l’augmentation des inégalités et la pénurie du logement, est remis à plus tard.  D’autant plus que, comme l’indique Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, « le Brexit se révèle aussi compliqué que de retirer un œuf d’une omelette ». Par ailleurs, les Anglais découvrent les liens indéfectibles tissés depuis 45 ans avec l’UE.

Rappelons que le « oui » emporté en faveur de Brexit avait également surpris ses fervents partisans qui trahissaient déjà leurs promesses de campagne. Dans un tweet, Iain Duncan-Smith, ancien ministre pro-Brexit, affirmait : « Nous ne nous sommes pas engagés. Nous avons seulement fait une série de promesses qui étaient des possibilités ». Les Anglais savent désormais que, contrairement aux promesses de campagne des partisans du Brexit, ce dernier ne financera pas le système de santé britannique tout comme il ne stoppera pas l’immigration.

Le 29 mars 2017, la procédure de retrait du Royaume-Uni de l’UE a été engagée par la Première ministre Theresa May au sein d’un gouvernement très divisé sur la question. Quant aux Vingt-Sept, ils restent déterminés à protéger à tout prix l’intégrité de leur marché intérieur alors que les Britanniques veulent éviter la réinstallation d’une frontière avec l’Irlande. Il y a eu ainsi des concessions de la part du Royaume-Uni face sur des points essentiels, à savoir : la sortie du marché unique européen et de l’union douanière, le rejet de la compétence des juridictions européennes et la libre circulation des personnes.

Theresa May était tiraillée entre les partisans du Brexit « dur » – ou d’un projet de « Grande-Bretagne mondiale » – incarné par MM. Johnson et Davis et les partisans du « Brexit soft », soit ceux qui désiraient une rupture « responsable et crédible ». La Première ministre déclarait vouloir « mettre en œuvre le Brexit pour lequel le peuple a voté et qui offre aux Britanniques un meilleur avenir ». Face aux réalités économiques (ralentissement des investissements et menaces de délocalisations), Madame May a finalement décidé de conserver le maximum de liens possibles avec l’UE. Le 6 juillet dernier, une ultime « solution », imposée par Thérésa May à son cabinet, a poussé MM. Davis et Johnson à démissionner, jugeant inadmissible le virage vers un Brexit en douceur. Ces départs permettent aujourd’hui au Royaume-Uni de clarifier comment il envisage de mener son Brexit.

Theresa May propose le maintien des liens avec l’UE, tout en s’affranchissant de la liberté de circulation des ressortissants de l’UE. Une option qui n’est pas gagnée, car les Vingt-Sept sont fermement opposés à l’idée d’une « Europe à la carte » qui dissocierait la liberté de circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. Ainsi, à neuf mois de l’échéance du Brexit (le 29 mars 2019), un accord entre les Vingt-Sept et le Royaume-Uni semble improbable.

L’exemple britannique montre à quel point les partis populistes peuvent manipuler l’opinion publique par des mensonges, mais aussi leurs incapacités à assumer leurs engagements. Bien qu’ils se déclarent toujours « défenseur du peuple », une fois arrivés au pouvoir, leurs choix prennent la direction inverse pour aller vers un plus grand libéralisme et la déréglementation. Donc : méfiance face à ses partis populistes et leurs discours mensongers qui rongent nos démocraties.

Mireille Sadège, rédactrice en chef

 

 

 

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