Art, Culture, International, Politique, Société

Bruno Foucher : « On ne peut pas se passer d’avoir des liens culturels avec un si grand pays comme la Turquie ! »

L’Ambassade de France à Ankara et l’Institut français ont signé avec la Turquie une convention afin de consolider et de promouvoir les échanges dans les domaines de la culture et de l’éducation.

L’accord a été signé mercredi 5 juillet au Palais de France, à Istanbul, par l’Ambassadeur français, S.E. Charles Fries, et le Président de l’Institut français, Bruno Foucher. Celui-ci vise à développer la coopération entre la Turquie et la France dans différents domaines notamment la langue, la culture et l’éducation.

Lors de la cérémonie de signature, l’Ambassadeur de France à Istanbul a déclaré que ce type de convention est considéré comme une première entre l’Institut et l’Ambassade française vis-à-vis d’un autre pays, ce qui prouve l’importance que porte l’Hexagone à la Turquie.

Présent au Palais de France lors de la cérémonie de signature, l’équipe du journal Aujourd’hui la Turquie a eu l’honneur et le plaisir de s’entretenir avec le Président de l’Institut français, M. Bruno Foucher. 

ALT : Vous venez de signer une convention qui est unique en son genre. Comment expliquez-vous ce choix ?

Il y a 39 pays inclus dans notre stratégie, et cela comprend les pays prescripteurs, à savoir les États-Unis, l’Italie et le Royaume-Uni. Avec notre équipe, nous avons pensé que compte tenu de la situation en Turquie, le pays avait besoin de recevoir des signaux positifs dans le domaine de la culture. À cet effet, il était nécessaire d’entamer cette tournée de signatures par un pays où la culture joue un rôle important et surtout avec un pays dont nous tenons à entretenir une relation culturelle forte comme elle l’a été par le passé. J’estime que c’était un symbole particulier de le faire ici, à Istanbul.

ALT : Que pensez-vous des liens culturels qui unissent la France et la Turquie ?

Les liens entre les deux pays sont anciens et denses. L’Ambassadeur a rappelé toutes les implantations culturelles nombreuses et actives qu’on a en Turquie. Nous avons la chance d’avoir sur le terrain des équipes qui sont extrêmement motivées et qui œuvrent à maintenir ces relations. Depuis que je suis en fonction, j’ai constaté que, si l’on n’entretient pas la relation avec un pays, la concurrence est telle qu’elle finit par s’estomper d’abord et disparaitre ensuite. De plus, la Turquie, du fait de sa position géographique, appartient directement au monde dans lequel nous baignons, à savoir la Méditerranée. J’estime qu’on ne peut pas se passer d’avoir des liens avec un si grand pays.

ALT : Les objectifs de la convention restent assez globaux. Pouvez-vous nous les expliquer davantage ?

Ils sont assez généraux parce que nous voulions laisser à la convention une grande liberté d’action. Néanmoins, vous trouverez dans les objectifs qui sont listés les grands sujets qui sont les nôtres à l’Institut français de Paris. Notre premier objectif est de développer la langue française. Nous nous battons beaucoup pour cette langue, car nous estimons que c’est la langue de demain. Nous voulons que la langue française ne soit pas perçue comme un accès ou une passerelle aux auteurs classiques qu’on peut lire à la bibliothèque, mais plutôt comme une langue qui s’impose dans le milieu professionnel.

La deuxième chose qui apparait dans ces objectifs, c’est le contact avec un nouveau public. En effet, l’offre culturelle se transforme partout, les goûts se transforment et de nouvelles tendances apparaissent. À l’Institut français de Paris, nous sommes très attentifs à ce changement, car nous tenons à garder un contact avec les jeunes créateurs, à donner de l’importance à cette jeunesse créative qui portera la relève.

Ensuite, il est indispensable de maintenir la relation avec la société civile qui fait vivre un pays, car la culture ne vit pas de l’institution, elle vit de ceux qui regardent et consomment ses œuvres. Si l’on n’est pas à l’écoute des besoins de la société civile et de leurs changements de goûts, on finit par promouvoir une culture qui est coupée de la réalité.

Finalement, la convention dresse une liste globale sur tous les domaines dans lesquels nous pourrions intervenir et il se trouve qu’en Turquie on peut tout faire : le cinéma, le théâtre, les expositions, etc. Le public est partout, la Turquie a une grande et très bonne réputation dans l’art contemporain. Nous nous sommes donc autorisés à avoir beaucoup d’ambition.

ALT : Est-ce que vous avez constaté une certaine « lenteur » dans l’achèvement du processus ?

Avec l’ensemble de notre équipe, nous avons surtout constaté un besoin. On nous a fortement souligné un besoin culturel, un besoin de la France et d’échanges. L’ambassadeur n’a pas manqué tout à l’heure à souligner que, pour des raisons politiques, un ensemble de circonstances particulières sont présentes et font qu’un ensemble de public de jeunes créateurs a besoin d’espace pour s’exprimer, mais aussi de s’appuyer sur des pays qui mènent une politique culturelle dans l’intérêt mutuel des deux pays.

ALT : En plus de l’expertise, est-il prévu dans l’accord une aide financière supplémentaire ?

Oui, tout à fait. Cette feuille de route s’accompagne de la possibilité de demander des subventions financières à l’Institut français que je préside. À paris, nous avons décidé que les pays prioritaires tels que la Turquie devraient à 70% avoir accès à notre aide lorsqu’ils voudront monter un spectacle ou promouvoir un évènement culturel qui correspond à nos attentes. 

ALT : Vous avez passé de nombreuses années en Iran. Pouvez-vous faire un parallèle entre l’action culturelle française en Iran et en Turquie ?

C’est différent, parce que l’Iran comme la Turquie sont des pays de grandes civilisations très attachés à leur patrimoine. En Iran, l’histoire récente – depuis 1979 – fait que l’influence étrangère n’y est pas évidente. Travailler dans le domaine culturel en Iran nécessite beaucoup d’énergie et beaucoup de convictions, mais on finit par y arriver ! Vous pouvez être en présence d’États conservateurs vis-à-vis de la culture, mais vous ne pouvez pas empêcher la divulgation de cette dernière. Aujourd’hui, les moyens de communication sont si puissants que vous ne pouvez pas vous enfermer dans un vase clos pour dialoguer uniquement avec vous-même.

ALT : Cette convention pourra-t-elle servir de modèle pour d’autres pays ?

Certainement. Elle servira de modèle pour d’autres nations. C’est la raison pour laquelle je concluais sur ce point. Je me suis appuyé sur le dynamisme des équipes et sur l’histoire de la relation culturelle entre les deux pays pour faire en sorte que cette convention, lorsqu’elle sera signée avec un pays avec lequel nous n’avons pas la même histoire, serve de modèle. Je suis persuadé que cela va marcher.

Dr. Hüseyin Latif et Sara Boudali

Photos : Aramis Kalay

 

Photos de l’évènement :

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *