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Can Çocuk : ouvrir l’esprit et faire rêver

Can Çocuk est l’une des plus importantes maisons d’édition spécialisées dans les livres pour enfants : elle apporte un très grand soin au choix de ses auteurs et de ses illustrateurs. Nous avons rencontré sa directrice Samiye Öz, sa responsable de communication Deniz Mete, l’auteur Delal Arya et l’illustrateur Sedat Girgin.

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Samiye Öz, directrice.

Samiye Öz, très investie dans sa maison d’édition Can Çocuk, est à l’origine de sa création et connaît donc son histoire sur le bout des doigts : « Notre maison a été fondée en 1981 sous le nom de Can Yayınları », explique-t-elle. « Nous avons commencé par publier une vingtaine de livres pour enfants puis nous avons continué avec des livres pour adultes. Et puis la maison a grandi, et on publiait toujours des livres pour enfants, mais à côté. En 2003, nous avons séparé les publications et fondé une seconde maison, Can Çocuk, qui s’occupait des livres jeunesse. Nous étions deux, une assistante et moi ; nous sommes arrivées à un nombre de livres important en peu de temps, avec des auteurs turcs ou bien traduits, mais toujours les meilleurs, c’était une chance. En 2005, nous avons opéré un grand changement, les couvertures ont changé de style. Nous avons aussi fait des divisions : classiques, livres actuels, biographies… » Si l’entreprise fonctionne aussi bien, c’est que les auteurs et illustrateurs y sont choyés et mis en valeur. Samiye raconte : « Pendant deux ans, nous avons fait tous les samedis des réunions auxquelles les enfants venaient, et où un acteur ou auteur venait lire aux enfants. Malheureusement, nous avons dû cesser mais nous allons toujours dans les écoles, nous organisons des ateliers durant lesquels les auteurs lisent des livres, les illustrateurs font des dessins au tableau… Notre dernier évènement était l’exposition au lycée français Saint Michel. Nous donnons énormément d’importance aux illustrateurs, tandis que dans certaines éditions, leur nom est à peine inscrit sur le livre… »

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Sedat Girgin, illustrateur.

Cette attention portée aux artistes est justifiée par la qualité de leur travail ; ils sont choisi méticuleusement par la maison, et ont des profils très différents. Sedat Girgin, illustrateur, a étudié le design industriel : « Le premier livre que j’ai illustré était celui de mon cousin, car il trouvait les illustrations d’origine très mauvaises. Il m’a dit ‘pourquoi ne le fais-tu pas ?’ J’ai essayé, et le livre a été publié. Après avoir commencé à illustrer, j’ai décidé de changer de métier ! J’ai su que c’était ce que je voulais faire ». « Quand j’ai vu son portfolio, je me suis dit que nous devions travailler avec lui », déclare Samiye. « Il travaille avec une loupe, son travail est très précis », souligne Delal Arya, auteur.

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Deniz Mete, responsable de communication.

Cette dernière s’est fait remarquer du fait de l’inventivité de son écriture. « J’ai publié six livres, quatre d’une série appelée Pera Günlükleri et illustrée par Sedat. Les intrigues se déroulent à Istanbul ; des jumeaux vivent dans le Pera Palace et découvrent les secrets de la ville, éclaircissent ses mystères. Mon autre série s’appelle Yedi Denizlerde (Dans les sept mers), et raconte l’histoire d’une fille de capitaine qui vit dans un navire et voyage autour du monde ; c’est un livre d’aventures. » Can Çocuk publie six livres par mois ; la moitié sont des traductions : la maison a déjà publié André Maurois, des extraits de Dostoïevski, Tistou les pouces verts de Maurice Druon, et publie Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny depuis 30 ans. Une autre des nombreuses cordes à l’arc de cette maison d’édition éclectique est sa communication, prise en charge par Deniz Mete. « Elle est très douée », affirme Samiye. « Elle a l’énergie et l’ouverture d’esprit nécessaires, elle sait comment nous faire grandir, elle a de beaux projets. »

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Lorsqu’on demande si la Turquie lit, la réponse est unanime : « Les enfants lisent, mais pas les adultes. Les familles veulent que les enfants lisent, ils leur achètent des livres », dit Sedat. « Les enfants turcs lisent parce qu’on le leur demande dans les écoles », ajoute Samiye. « S’ils ont de bons professeurs qui choisissent de bons livres, ils lisent. Il y a 13 millions d’enfants lecteurs dans les écoles. Ces dernières achètent 70% de nos livres. Quand ils grandissent et qu’on ne les y oblige plus, ils lisent de moins en moins. »

Une situation qui semble aussi provenir de manques : « J’aime lire des bandes dessinées. Il y en a beaucoup en France. Dans mon enfance, il y en avait en Turquie, mais maintenant plus tellement. J’ai déjà demandé à un éditeur pourquoi elles n’étaient pas publiées, et l’on m’a dit que ça ne se vendrait pas… » Sedat renchérit : « De plus, si les illustrateurs s’améliorent, ça n’est pas le cas des auteurs. »

Pour Delal, « trop d’auteurs écrivent sur le quartier d’à côté. Nous avons besoin d’auteurs qui soient capables d’ouvrir les esprits des enfants ». C’est la mission de Can Çocuk, qui s’y emploie depuis maintenant 34 ans, et avec succès.

Victoria Coste

 

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