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Capitalisme, Finance, Société et Déviance

Au tournant des années 1990, les élans vers un capitalisme financier – stipulé efficient dans un système où le Marché se régulerait par soi-même d’une manière optimale – conduisaient Fukuyama à prévoir « la fin de l’histoire ». Force est de constater que l’effondrement du Marxisme en Chine corrélé à la chute de l’Union Soviétique ont laissé triompher un capitalisme apparemment sans alternatives. L’intelligence de ce dernier réside dans sa capacité de transformation au gré des périodes et du temps, capable de revêtir toutes sortes de mots et d’idées pour mieux rebondir jusqu’à devenir aujourd’hui ce capitalisme financier et actionnarial. Au seul regard des inégalités creusées et d’une pauvreté bien ancrée, ce seul modèle peut-il vraiment faire l’unanimité?

Une logique inévitable

Capitalisme, Finance

Capitalisme, Finance

L’histoire comme l’économie subissent et créent leur propre cycle, le détour productif du capital évoluant sans cesse entraîne inconsciemment un mode de production vers son point de saturation. Il est très compliqué de pouvoir réellement dater l’entrée du capitalisme financier au sein de nos nations, disons qu’elle se situe aux confins d’une société post-industrielle. En parallèle se développent une internationalisation du processus de production et l’arrivée d’une nouvelle ère mondialisée. C’est précisément dans l’ouverture aux frontières que les politiques nationales se retrouvent désuètes. Débute une concurrence fondée sur les taux de changes et une compétitivité sur la recherche de l’avantage comparatif. Le cadre macro-économique s’en voit bouleversé et l’interventionnisme étatique restreint afin de contenir une inflation perçue à juste titre comme néfaste au cœur d’un tel système. Dans cette logique et appuyé par les thèses de Milton Friedman, l’Europe tend à s’orienter vers un capitalisme de marché toujours plus libre et indépendant. Repoussant les normes, les contraintes et les règles, la désintermédiation et le décloisonnement bancaire s’associent dans un même mouvement à la dérégulation financière.

Satisfaire les exigences du Marché

Tel est le mot d’ordre, répondre aux attentes du marché, des actionnaires et des banques. Alors que les 30 Glorieuses se caractérisaient par une redistribution salariale conséquente et la formation d’une Demande omniprésente, le schéma présent s’oriente vers une course au profit redéfinissant tout un cadre social. L’entreprise ne se voit plus définie comme une institution mais telle une propriété dont les droits appartiennent aux détenteurs de capitaux. Logiquement, la part des salaires dans la valeur ajoutée n’a de cesse de diminuer tandis que les fonctions productrices des pays développés se concentrent sur l’avant et l’après-production, en somme, sur la recherche et la commercialisation. Si le capitalisme financier est formateur d’inégalités, il n’en est pas pour autant le seul responsable et on ne peut remettre la faute que sur lui. Il participe à cette convergence d’un œil à la fois autoritaire et impuissant quand les travailleurs du monde entier se retrouvent au sein d’un seul et même système mondialisé. Cependant, la conception de l’Europe-marché n’aide pas à l’amélioration de ces inégalités. Quand le dumping fiscal et social est de mise, l’enlisement se fait inertie automatique. Enlisement dès lors que l’Etat se retrouve lui-même inféodé aux exigences du marché et des agences de notation pour réduire une dette publique qui s’auto-entretient à l’acmé de ce cercle vicieux. Si l’Etat se faisait « éclaireur d’avenir » un tel rôle est désormais tenu par le Marché et la crédibilité d’un gouvernement s’en trouve déséquilibrée pour ne pas dire invisible.

Et si Keynes n’avait pas tort…

Les croyances en un libéralisme effréné guidant les intérêts de chacun vers le bonheur du plus grand nombre ne sont que de dangereuses utopies. A vouloir limiter l’intervention politique dans le cadre économique, on ne peut satisfaire les besoins d’un peuple qui vote et qui travaille, qui espère et soupire mais surtout qui croit en l’avenir. Quand les incertitudes sont de rigueur, parler d’austérité n’est qu’aveuglement trompeur. L’inflation qui fait tant peur n’est qu’une menace fantôme, menace pourtant prise au sérieux par une Europe qui s’aligne sur des conventions et des traités qui la contiennent. Le capitalisme financier n’est pas responsable de cette crise qui persiste, il n’est qu’un échelon visible et trop souvent pris pour cible au sein d’un modèle inefficace, celui d’un État aux mains liées. État n’étant ni en mesure de mener l’once d’une politique contra-cyclique, ni de stimuler l’offre et la demande en symbiose, par une croissance endogène qui exigerait un budget conséquent et pour l’instant inaccessible.

Le Capitalisme, entre contraintes et consentements

Spinoza et Marx

Spinoza et Marx

Le salariat est une invention, une création et le point d’ancrage du système capitaliste, par définition le salarié est asservi à son entreprise et à sa production mais il n’est pourtant pas contre car il en voit les avantages et des espérances. Le capitalisme se place comme le seul et unique moyen d’éradiquer la pauvreté tout en étant créateur d’inégalités. Rien que par sa forme, il instaure un modèle de domination et de prestige sous rapport de force là où avant, les différences et les rabaissements se trouvaient en dehors du travail. Pour autant, on ne pourrait parler de servitude ancrée mais plutôt de servitude volontaire car si le travailleur en a conscience, il peut alors la récuser et décider de la surpasser, de l’éliminer voire de l’inverser. On ne pourrait parler d’aliénation en ce que la puissance d’agir du salarié est omniprésente, pouvant à tous moments s’actualiser. Si Marx l’avait perçu, Spinoza lui en donnait les fondements. Les passions et les sentiments jouent et joueront pour toujours, espérons que le capitalisme sache une fois de plus, se transformer pour voler vers un énième progrès dont il a le secret.

Maxime Tettoni

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