Automobile, Economie

Carlos Ghosn et son cadeau de Noël d’une valeur de six millions d’euros

Le PDG de Renault finit bien l’année. Grâce à ces achats d’actions, Carlos Ghosn pourrait toucher une plue-value de six millions d’euros. Une annonce qui fait polémique. DAVOS/SWITZERLAND, 25JAN13 - Carlos Ghosn (L),Chairman and Chief Executive Officer, Renault-Nissan Alliance, France; World Economic Forum Foundation Board Member speaks during the session 'Emerging Economies at a Crossroads' at the Annual Meeting 2013 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 25, 2013.  Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo Remy SteineggerAlors que les Français sont nombreux à avoir du mal à relier les deux bouts en fin de mois, Carlos Ghosn n’a pas à s’inquiéter pour son porte-monnaie.

Mardi 27 décembre, un document consulté par l’AFP a dévoilé un énième scandale : le dirigeant du groupe automobile français a acquis plus de 130 000 actions Renault (ou stock options) à un cours prédéfini et attribué à sa rémunération variable. Une acquisition juteuse qui pourrait lui permettre de toucher 6,36 millions d’euros.

Le 16 décembre, Carlos Ghosn a déclaré au « gendarme de la bourse » – l’Autorité des marchés financiers (AMF) – avoir acquis 132 720 actions de sa société au prix unitaire contractuel de 37,43 euros alors que l’action de Renault était le 27 décembre de 85,34 euros. D’où la somme exorbitante de 6,36 millions d’euros dont le dirigeant pourrait se remplir les poches s’il revendait ses titres au prix de la bourse comme l’ont révélé l’économiste Benoît Boussemart et le magazine Capital.

Suite à ces informations, le groupe Renault n’a bien entendu fait aucun commentaire. Il faut dire que la situation commence à franchement devenir gênante dans la mesure où cette nouvelle intervient après une année riche en scandales du même ordre pour l’entreprise.

En effet, ce n’est pas la première fois qu’on entend parler de M. Ghosn. Non pas pour la bonne gestion de son entreprise, mais en raison de sa santé financière personnelle.

Le 29 avril dernier, les détenteurs de titres du groupe automobile français avaient rejeté en assemblée générale une résolution à valeur consultative portant sur la rémunération de Carlos Ghosn pour 2015, à savoir : 7,251 millions d’euros au total. Les dénonciateurs du salaire de M. Ghosn n’avaient pas hésité à souligner le fait que ce dernier touchait de considérables rétributions – 9 millions d’euros au titre de l’exercice décalé 2015-2016 – en tant que PDG du constructeur japonais Nissan. Comme quoi ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier est une stratégie gagnante. Et le PDG français l’a bien compris puisque M.Ghosn a pris à la mi-décembre la tête du conseil d’administration d’un troisième constructeur, Mitsubishi, dont Nissan a acquis 34 %.

Si le conseil d’administration de Renault a désiré dans un premier temps maintenir la rémunération de leur leader, conscient que la situation peut nuire à l’image de marque de l’entreprise, mais surtout engendrer les foudres des actionnaires et nuire ainsi aux revenus de l’entreprise – l’argent, à défaut de l’éthique, est toujours une grande source de motivation -, ils avaient décidé de diminuer de 20% la part variable du salaire de M. Ghosn pour 2016 tout en maintenant la part de salaire fixe – n’en demandons pas trop – de ce dernier à 1,23 million d’euros – une somme inchangée depuis 2011. Mais, finalement, le paiement de la part variable, qui dépend des résultats du groupe, « reste effectué à hauteur de 25 % en numéraire et 75 % en actions, acquises à l’expiration d’une période de trois ans sous condition de présence », selon la même source.

Mais, comme n’a pas manqué de le souligner Carlos Ghosn, non sans cynisme, à la mi-septembre alors qu’il avait été critiqué sur son salaire lors d’un échange avec des étudiants : «  le talent, l’expérience acquise, l’unicité, se paie ».

Si cette fois-ci le groupe français et son PDG n’ont pas souhaité commenter cette nouvelle juteuse, la CGT ne s’en est quant à elle pas privée. Mardi 27 décembre, dans un communiqué, la CGT n’a pas hésité à qualifier la rémunération de Carlos Ghosn d’« indécente », d’autant plus que « la majorité des salariés du groupe Renault dont le pouvoir d’achat ne cesse de baisser au nom d’une ‘modération salariale nécessaire’ et qui sont considérés seulement comme des coûts à réduire ». Pour la CGT, qui dénonce les suppressions d’emploi qui ont engendré le départ de 9 200 salariés en trois ans pour seulement 3 000 embauches (dont une partie ne sera réalisée que l’année prochaine et compte de nombreux intérimaires), « Carlos Ghosn est ici récompensé de l’atteinte de ses objectifs contenus dans l’accord de compétitivité 2013-2016 ».

En revanche, plus personne ne semble être surpris que certains grands patrons puissent continuer à s’enrichir toujours davantage. Selon le dix-huitième rapport annuel de Proxinvest sur la rémunération des dirigeants de grandes entreprises, le montant de leur salaire ne fait que croitre. En seulement un an, leur rémunération a augmenté de près de 20% tandis que le salaire moyen des employés n’a augmenté que de 2,1% et que le chiffre d’affaires et les bénéfices continuent à plonger – de 3 % et de 11% respectivement. Et cela commence à irriter, non sans raison, les Français.

Les polémiques et les dénonciations, mais aussi les menaces de la classe politique ne cessent de se multiplier autour des salaires des grands patrons. Pourtant, rien ne change, bien au contraire.

Camille Saulas

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *