Economie, Société

Censé être reconverti en musée, un terrain historique cède sa place à une villa privée avec piscine

Selon l’article d’Hazal Ocak du quotidien Cumhuriyet, Ahmet Nazif Zorlu a acheté un terrain appartenant au deuxième groupe des monuments historiques à Rumeli hisari pour le transformer en musée. Problème : il en a finalement fait une villa avec piscine pour lui-même et l’a même faite entourer de murs de deux mètres de haut.

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Après l’affaire de la villa « illégale » du sulfureux homme d’affaire turco-iranien Rıza Sarraf située à Kanlıca (au bord du Bosphore), c’est un scandale de plus qui vient d’éclater sur les rives du détroit. Ahmet Nazif Zorlu, le propriétaire du puissant groupe Zorlu, dont le nom a été cité à plusieurs reprises dans les affaires de corruption de décembre 2013, a obtenu de la municipalité d’Istanbul la permission de restaurer un terrain historique qui se trouve à Rumeli Hisarı, dans un espace vert qui a vu sur le Bosphore, en assurant qu’il allait « le transformer en musée ». Une promesse non tenue puisque l’homme y a entre-temps fait construire une villa personnelle avec piscine. Pire encore, des murs hauts de deux mètres, visibles d’ailleurs sur le logiciel Google Earth, ceinturent désormais le terrain.

Plusieurs parcelles de la zone sont pourtant déclarées comme des « sites naturels » par la Haute assemblée des monuments historiques. Selon le plan de construction « Nazim » accepté par le Comité de coordination du développement urbain du Bosphore, il était prévu d’aménager un musée et de restaurer les monuments historiques en place. Cependant, dès 2005, la direction du Comité de coordination du développement urbain du Bosphore avait fait appel auprès de la municipalité d’Istanbul pour modifier à sa guise les plans du projet.

L’Union turque des chambres des ingénieurs et des architectes (TMMOB) avait aussitôt intenté un procès dans le but de déjouer un projet accusé d’abîmer la beauté naturelle de la zone. En 2008, le 2ème tribunal administratif d’Istanbul avait finalement pris la décision d’interdire la construction en précisant que le changement de plan allait à l’encontre des principes d’urbanisme, des bases de la planification, et du droit. A la suite de cette décision du tribunal, la direction du Comité de coordination du développement urbain du Bosphore avait mis au point un nouveau plan qu’elle avait par la suite fait accepter auprès de l’assemblée de la municipalité d’Istanbul en 2011.

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Ahmet Nazif Zorlu, président de Zorlu.

Suite à cette décision du tribunal, Ahmet Nazif Zorlu avait changé de stratégie, formulant une demande auprès de la haute assemblée du Comité de coordination du développement urbain du Bosphore pour lui signaler la présence dans son jardin de monuments inscrits. L’assemble avait conclu qu’il s’agissait bien de monuments historiques inscrits.

Les notes rédigées sur les nouveaux plans attirent l’attention et exposent la faille exploitée par l’homme d’affaire ainsi que le Comité de coordination du développement urbain du Bosphore : « Avec la permission de la présidence de la municipalité, les monuments historiques à protéger qui sont sur les parcelles peuvent être utilisés comme club, musée, galerie d’art et autres usages publics similaires ; et ils peuvent être restaurés par les propriétaires. » C’est ainsi qu’en 2011, Ahmet Nazif Zorlu a commencé à faire construire une villa avec piscine sur ce terrain. La présence de murs de deux mètres tout autour du périmètre est également contraire aux normes en vigueur. Les différentes étapes du chantier de la villa, achevé la semaine dernière, pouvaient être suivis grâce à Google Earth.

Zehra Bozkurt

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